En 1995, Sam Raimi n'est pas encore le réalisateur à succès de la trilogie Spider-man ; il n'est connu que d'un public assez spécialisé, qui l'idolâtre pour sa première trilogie : Evil dead, qui met en scène son pote d'enfance Bruce Campbell aux prises avec des zombies. Sharon Stone, quant à elle, voit déjà son étoile pâlir moins de quatre ans après le sulfureux Basic Instinct. Lorsqu'elle tombe sur le scénario de Mort ou vif, écrit par l'anglais Simon Moore, elle décide de le proposer à Sam Raimi, espérant faire entrer Raimi dans la cour des grands et relancer sa propre carrière. Ce western atypique sera un échec, sorte d'équivalent du Fantômes contre fantômes de Peter Jackson : une œuvre de cinéaste underground vendue comme un produit hollywoodien, film-pivot entre deux phases d'une carrière. Quelques années plus tard, on redécouvre avec plaisir une petite friandise aux multiples influences, qui constitue également le dernier film portant la patte visuelle caractéristique du Sam Raimi de la première heure (exception faite de quelques clins d'œil dans les Spider-man).
Lady (Sharon Stone) se rend dans la petite ville de Redemption, où un tournoi annuel de duels permet aux tireurs de la région d'essayer de faire main basse sur 123 000 dollars offerts par le maire de la ville, Herod (Gene Hackman). Celui-ci a d'ailleurs pris l'habitude de participer au tournoi, et de gagner...
Dès les premières images, on est en terrain connu : Mort ou vif est un western spaghetti. Bien que le seul Italien au générique soit le chef opérateur Dante Spinotti, le style visuel et le scénario renvoient directement aux classiques du 
Sharon Stone dans une ville
où ne poussent que les caillouxgenre, les citations les plus explicites étant Pour une poignée de dollars, Il était une fois dans l'Ouest et... L'homme des hautes plaines, qui est lui-même un hommage aux films de Sergio Leone. Dans le rôle de Clint Eastwood, on peut s'étonner de trouver la (vraie) blonde Sharon Stone, véritable cow-girl en opposition complète aux personnages de femmes habituellement vues dans les westerns. Cette condition de femme lui vaut d'être regardée de haut par ses adversaires, qui ne parviennent pas à l'imaginer autrement qu'en pute. Cette volonté de casser l'image qui colle à la peau d'un individu trouve un écho dans le personnage de Cort (Russell Crowe, cinq ans avant Gladiator), ancien bandit devenu prêtre, et dans celui du Kid (Leonardo DiCaprio, deux ans avant Titanic), fils d'Hérode qui veut prouver à son père qu'il n'est pas destiné à devenir fermier. Elle trouve aussi un écho naturel chez Sharon Stone, condamnée aux rôles de femme fatale et chez Sam Raimi, cantonné au cinéma fantastique.
Sam Raimi raconte : « Nous avons tourné Mort ou vif à Mescal en Arizona, un bled situé à une soixantaine de kilomètres de Tucson. Le décor, en partie du moins, existait déjà. Il s'est construit progressivement, au gré des films. Le premier, Monte Walsh en 1968, ne demandait qu'un poste de shérif. Le deuxième nécessita la construction d'une écurie, le troisième d'une maison, d'une épicerie. En arrivant, nous avions une ville complète, une ville à laquelle nous avons aussi apporté notre 
Gene Hackman tire sur son cigare
comme sur les ressources des habitantscontribution, un saloon, la demeure de Hérode... » * A l'image du décor, le film est construit sur plusieurs couches successives de l'histoire du western : le cinéma de John Ford, perverti par Sergio Leone, auquel Clint Eastwood emprunte ses bases, finit par accoucher d'un Mort ou vif nécessairement référentiel et bâtard, sur lequel vient se greffer la personnalité d'un réalisateur à l'univers visuel très fort. Le résultat est grisant, surchargé d'informations et sans doute difficile à avaler pour un public qui peine par moments à différencier l'hommage du plagiat, la parodie du fantastique. Raimi utilise les zooms hystériques du western spaghetti comme grammaire de son récit, conférant aux duels les plus épiques une dimension surréelle. Jonglant avec tous les clichés, déployant le même amour fétichiste des détails et des colts que Sergio Leone en son temps, le réalisateur parvient à raconter une demi-douzaine d'histoires l'air de rien, en ne perdant jamais de vue son sujet principal. On pourra reprocher au scénario de n'être qu'un patchwork de films existants, mais le divertissement qui en résulte est si jubilatoire qu'on pardonnera cette déclaration d'amour un peu candide à un sous-genre aujourd'hui disparu.
* Impact n°57 de juin 1995
riffhifi []

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