8/10Inglourious Basterds

/ Critique - écrit par riffhifi, le 21/08/2009
Notre verdict : 8/10 - Kill Fritz (Ecrivez votre critique)

Tags : film tarantino basterds cinema inglourious guerre quentin

Tarantino dézingue du nazi au kilomètre, sur fond d'Ennio Morricone et de cinéphilie enjouée. Allergiques s'abstenir, mais les amateurs de Kill Bill seront comblés.

S'il y a un point commun entre Quentin Tarantino et John Carpenter, c'est de porter un amour immodéré au western sans jamais avoir osé s'atteler directement à en réaliser un seul. Dans le cas de Tarantino, c'est de western spaghetti qu'il s'agit, et Inglourious Basterds est à ce jour l'hommage le plus direct qu'il ait payé au genre. Il ne faut donc pas s'attendre à une fresque historique retraçant avec sérieux et précision la Seconde Guerre Mondiale, mais bien à une tarantinade ultra-référencée, sans queue ni tête et totalement décomplexée, qui ravira les fans
de ses autres films (bien que Boulevard de la mort divise les tarantifans, on ne reviendra pas là-dessus) et fera s'évanouir les historiens.

Bâtard m'a tuer

Les deux intrigues du film restent parfaitement parallèles en ceci qu'elles vont dans la même direction sans se croiser : d'un côté le lieutenant Aldo Raine (Brad Pitt) et son commmando d'inglorieux bâtards multiplient les raids anti-nazis, de l'autre la jeune Shosanna Dreyfus (Mélanie Laurent) fait le deuil du massacre de sa famille par le colonel Hans Landa (Christoph Waltz), en ruminant sa vengeance...

L'ombre de Sergio Leone plane de toute évidence sur la réalisation (et la bande originale, sorte de "best of Ennio Morricone"), à tel point que QT pensait un moment intituler son film Il était une fois dans la France occupée. Il optera finalement pour Inglourious Basterds, une reprise à l'orthographe violentée du film d'Enzo G. Castellari The Inglorious Bastards (1978), sorti chez nous sous le titre Une poignée de salopards. Des "salopards" qui évoquent évidemment les douze de Robert Aldrich, auxquels Tarantino se réfère également. On perdrait donc une bonne demi-journée à vouloir lister toutes les références, explicites ou implicites, de cette nouvelle livraison d'un réalisateur partisan d'un cinéma autophage et ponctué de gimmicks personnels (longs dialogues, fétichisme des pieds). Les J'ai eu du Boll
J'ai eu du Boll
protagonistes sont tous cinéphiles, mais leur culture s'arrête aux années 40 dans le cas précis, ce qui permet d'évoquer Henri-Georges Clouzot ou la cinéaste propagandiste Leni Riefenstahl plutôt que le cinéma d'exploitation des années 70.

Sorte de croisement entre Il était une fois la révolution et Astérix (les Basterds collectionnent les scalps de nazis comme Obélix les casques de Romains !), le film est une collection de scènes (chapitrées) où la gourmandise du cinéaste passe au premier plan, bien avant le souci de raconter une histoire globale. C'est du plaisir instantané, de la tension immédiate, de l'exutoire qui se fout des conventions, comme en témoignent le final dément et la dernière scène limite je-m'en-foutiste. Pas de discours sous-jacent, à part peut-être une évocation du pouvoir absolu du dieu Cinéma, exprimée de façon encore plus claire que dans le reste de la filmographie de Tarantino.

Le casting international fonctionne à merveille malgré sa composition faite de bric et de broc : Brad Pitt en moustachu braillard (sorte d'équivalent militaire du Clooney de O'Brother), Til Schweiger (vu chez Uwe Boll, ainsi qu'en Lucky Luke dans les Dalton d'Eric et Ramzy !), Diane Kruger en actrice allemande fictive, Eli Roth (réalisateur des Hostel), Mélanie Laurent (qui devrait désormais s'exporter aussi bien que Marion Cotillard, c'est du moins ce qu'on lui souhaite), Mike Myers méconnaissable dans un rôle sérieux d'officier britannique... Les deux plus J'emmerde Magritte.
J'emmerde Magritte.
grosses surprises sont à chercher du côté allemand : Christoph Waltz, récompensé pour son rôle au Festival de Cannes, campe un officier sadique et doucereux qui rappelle aussi bien le personnage de Samuel L. Jackson dans Jackie Brown que celui de Lee Van Cleef dans Le bon, la brute, le truand ; et le Daniel Brühl de Good bye Lenin, dont le rôle de jeune nazi enamouré constitue la seule subtilité d'une galerie de personnages assumant pour la plupart leur aspect hénaurmément stéréotypé.

Dans la lignée des autres films du cinéaste, Inglourious Basterds lâche les vannes de l'humour et de l'action jubilatoire, tout en proposant un parcours de santé dans la cinéphilie d'un type qui aime mettre du dialogue dans la bouche de ses acteurs, en anglais, en allemand ou en français.