Et voilà, il est là. Des mois qu'on l'attendait, ce bêtement second volet du fameux Quatrième Film de Quentin Tarantino. Tarantino qui pour le compte oubliait le relativement foiré Four Rooms de toute manière resté inédit un peu partout.
Kill Bill Volume 1, c'était déjà quoi ? Un scénario-pretexte un peu confus mêlant Kung Fu, sang par hectolitres, clins d'oeil en pagaille, larmes et lames en veux-tu, en voilà. Un film en forme de catalogue où un réalisateur au fil des ans bombardé en génie ouvrait les vannes de sa culture vidéo-club/ciné de quartier. Un film où le cinéphile, médusé, se faisait accueillir par le logo de la défunte Shaw Brother pour voir soudain se croiser Uma Thurman et Sonny Chiba au détour d'une scène. Kill Bill Volume 1 fait partie de ces films improbables où ne compte que le plaisir du spectateur. Environ deux heures plus tard, l'écran s'éteint, chassé par un "à suivre" qui pour l'occasion n'a jamais autant été haï. Tarantino nous laisse dégoulinant d'hémoglobine avec deux idées fixes : s'acheter un jogging jaune et surtout, voir le Volume 2. Des images restent en tête : un duel au sabre, superbe, rythmé par le va et vient d'un puits. Un passage hallucinant où Uma Thurmann transforme en Chili Con Carne des tombereaux de mafieux, décapitant, démembrant et fouillant les tripes sur un rythme trépidant. Un manga sombre et violent qui s'incruste soudain, ponctué par une voix off dont on se sort pas indemne.
Mais rappelons les faits. Parce qu'on lui a volé son enfant, gâché son mariage et accessoirement logé une balle dans le crâne, la Mariée, alias Black Mamba, alias Uma Thurman, membre du Détachement International des Vipères Assassines, va faire le ménage chez ses ex-consoeurs, aimables amuse-gueules pour son véritable but : tuer son patron, ce gros bâtard de Bill. Après avoir réglé son compte à Vernita Green, découpé Sophie Fatale (en Français dans le texte) et offert une trépanation artisanale à O-Ren Ishii, reine du crime de Tokyo, La Mariée, de plus en plus sur les nerfs, poursuit son bonhomme de chemin sur les routes de la vengeance. Sur sa liste noire restent désormais Elle Driver (Daryl Hannah), Bud (le bon vieux Michael Madsen !) et le fameux Bill, soit cette vielle sale trogne de David Carradine. Autant dire que ça va barder.
Kill Bill Volume 2, donc. D'emblée, ça s'annonce différent. Alors que le premier écopait d'un -16 ans, cette seconde partie n'aura droit qu'à un sage -12. Interdiction qui dans un sens ou dans l'autre ne veut certes plus dire grand chose depuis l'ultraviolente Passion du Christ, je vous l'accorde. Et à l'écran, tout cela se confirme, c'est différent. Le premier Kill Bill était incontestablement un film "tarantinesque" : violence décomplexée et pour le coup complètement outrancière, personnages givrés et servis frappés, un penchant pour le mauvais goût... Tarantino retrouvait là quelques-uns de ses réflexes de Pulp Fiction, jusque dans l'infirmier violeur qui rappelle l'inénarrable Zed. Pour sa seconde partie, c'est une autre facette du réalisateur qui émerge. Le Tarantino de Jackie Brown, plus psychologique, plus bavard et sobre en coups de pétoires. Comme pour le troisième film de Quentin Tarantino, le second volet de son quatrième déconcerte. Finis les apocalyptiques combats à 88 contre une, exit les geysers de sang, envolés le jogging jaune et les coups de lattes aux câbles mal camouflés. Le volume 2 se construit dans la lenteur, prend ses marques et se révèle beaucoup plus posé et émotionnel que son prédécesseur. Là où Volume 1 s'imposait comme une grosse série B de luxe, Volume 2 se construit une ambiance et se dote finalement d'un très bel hommage aux films noirs. Le début notamment, reprenant des scènes typiques. Citer Uma Thurman qui parle face caméra dans sa décapotable est le moindre des exemples. Les partis pris du premier ne sont pourtant pas oubliés pour autant. Ici un flashback où la Mariée rencontre son Maître qui lui enseignera le Kung Fu, filmé à la vieille école HK (gros plans sur les yeux, mouvement de zoom... les fans complèteront), là un enterrement prématuré, permettant une jolie petite incursion dans le film d'horreur gothique (aurais-je vu un clin d'oeil au Frayeurs de Lucio Fulci ?). Contrairement au premier volet, deux ambiances se mélangent parfois, offrant ainsi un improbable combat au katana en plein désert du Névada. Surréaliste ? Bof, on n'est plus à ça près...
Après Kill Bill Volume 1, je m'attendais à tout, sauf à une suite sobre et calme. Pour Jackie Brown, qui reste pour beaucoup son meilleur film, Tarantino avait tourné la page Pulp Fiction, quitte à perdre de vue ses spectateurs fans de gros guns turgescents. Pour son Volume 2, Tarantino balaie d'un bon revers de main tout ce qu'il avait construit pour un film qui parle plus qu'il ne tape. Et tout ce blabla mis à part, Kill ou Killera pas Bill ? Pas de pub mensongère, La Mariée aura sa revanche. Mais elle sera à l'image de ce qui précèdera et c'est là que l'on comprend vraiment ce qu'a voulu faire Tarantino. Disons le tout net, ceux qui fantasmaient sur un ultime mano à mano entre Uma Thurman et David Carradine seront bien déçus. L'affaire proprement dite est emballée en dix secondes. L'important, que je ne vous révèlerai pas, est ce qui précède ces dix secondes, et ce qui les suit. Kill Bill tout entier n'est pas un traditionnel film de vengeance comme on en voit par kilo, mais finalement, un film sur l'amour, la rédemption, les sentiments, la maternité... Une série B d'action ? Non, le père Quentin nous a bien entubés. Kill Bill sous ses oripaux de film de fan est au final bel et bien un drame. Violent, noir et dôté d'une très belle fin, inatendue et touchante. Car la star de ce volet est indéniablement Bill, qui dévoile des atouts de personnalités assez troublantes et reste finalement assez ambigu sur son véritable statut : tantôt paternaliste, tantôt véritable ordure... Sous-exploité dans le Volume 1, vous aurez ici l'occasion de contempler Bill sous toutes les coutures, même les plus insoupçonnées. Sans parler de David Carradine qui dégouline de charisme et tient toujours la distance sans peine. C'est bien simple, on croirait qu'il n'a arrêté la série Kung Fu qu'hier...
Les rumeurs allaient bon train sur le Volume 2. De l'approche western tant pronostiquée, il n'y a finalement que peu de choses. Une musique, une situation, des décors, des gros plans sur les yeux. Finalement dans ce genre, il n'y aurait qu'un film qui se distinguerait clairement dans la masse des influences : Impitoyable, de Clint Eastwood. Un film où la vengeance a un prix et où tuer est un acte irréversible.
Plus psychologique, Kill Bill Volume 2 devient par truchement d'une violence spectaculaire. Ce qui est rare n'en devient que plus fort : les révolvers crachent leurs pruneaux dans un vacarme épouvantable, la souffrance est décuplée, le sang et la crasse abondent. La violence est ici beaucoup moins insouciante, plus réaliste, plus morbide. Sorte de "sur-femme" dans le premier, si vous me passez cette expression arrangée, La Mariée est ici littéralement sur les rotules. Visiblement à bout de force, elle paraît pour ce qu'elle est : une mère abusée et traquée autant qu'elle traque. Une belle performance pour une héroïne qui redevient humaine.
Parfois fun, souvent triste, Kill Bill Volume 2 n'est pas le film que j'attendais et montre que Tarantino a encore des cartes à jouer. Il n'a pas refait deux fois Pulp Fiction, il n'a pas refait deux fois son Volume 1. Finalement, ce n'est peut-être pas forcément un mal que le film soit coupé en deux, l'effet de surprise n'est est que plus grand. Kill Bill, d'un bloc, est un film complètement fou, allant du Bis outrancier au drame le plus sensible dont il y aurait tant à dire. Tiendrait-on avec ces pratiquement quatre heures de pellicules inclassables le meilleur Tarantino ? L'avenir nous le dira...
Lestat []

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