La principale occupation de William Munny est de trier les cochons. Séparer ceux qui ont de la fièvre des autres qui sont sains est un problème sérieux dans l'ouest américain de la fin du dix-neuvième siècle. Mais il n'en a pas toujours été ainsi. Avant Will Munny était un tueur sans scrupule qui accordait aussi peu d'importance à la vie des autres qu'au salut de son âme. Sa défunte femme a-t-elle vraiment réussi à le changer ? Des prostituées, dont une de leurs consoeurs s'est fait défigurer par un client violent, se liguent pour offrir une récompense alléchante à qui le tuera. Will Munny se laisse embarquer « pour une dernière fois » avec deux compagnons : le kid de Schofield, un jeune fou furieux, et un autre « retraité » de la gâchette.
Avec Impitoyable, Clint Eastwood règle des comptes avec son passé. Will Munny pourrait très bien être le Blondin de Le bon, la brute et le truand , un personnage qui avec l'âge a pris conscience (ou en tout cas fait comme si) de ce qu'il était. C'est un homme à la recherche de la rédemption qui veut se convaincre qu'il a changé et qu'il n'est plus l'homme sans coeur qu'il fut. La confrontation entre la désillusion d'un vieux pistolero fatigué et l'impatience brouillonne du jeune excité qui ne cherche qu'à impressionner son idole est parfois un peu téléphonée mais elle est aussi souvent réussie. Clint Eastwood en profite pour détruire l'un après l'autre tous les clichés des westerns traditionnels. Non le quotidien d'un roi de la gâchette n'est pas fait de duels où, dans une rue déserte, il met bravement sa vie en jeu. Il s'agit plutôt de tirer dans le dos, en étant complètement saoul de préférence pour se donner du courage, ou d'abattre un homme désarmé dans les toilettes. L'honneur, le mérite n'ont rien à faire là-dedans. Il s'agit juste d'être imperturbable. C'est là que Clint Eastwood, le metteur en scène, est fort. Même dans sa quête d'une vie meilleure on sent bien que rien ne touche Will Munny. Il se raccroche à l'amour qu'il semblait vouer à sa femme mais ça sonne faux même si c'est peut-être le seul sentiment qu'il ait jamais ressenti au cours de son existence. Il traverse la vie sans rien retenir. C'est sa malédiction, elle lui colle à la peau, et au fond de lui il sait qu'il ne peut s'en débarrasser. A noter aussi le rôle de Beauchamps (Saul Rubinek parfait en carpette dégoulinante de veulerie) : un écrivain qui recueille et enjolive les récits des tueurs pour en faire de véritables héros romantiques. Un clin d'oeil particulièrement vicieux adressé aux autres westerns...
C'est surtout la fin qui donne toute sa dimension au film. Le passé de Will Munny finit par le rattraper et fait tomber les masques. Ce qui est particulièrement impressionnant est le mélange entre la violence, Munny tue littéralement tout ce qui bouge, et le calme mêlé à un sentiment d'inéluctabilité avec lequel tout cela se passe. Pas un instant le spectateur ne peut douter de ce qui va se passer. Comme il le dit lui-même « j'ai tué des femmes, des enfants, j'ai tué tout ce qui rampe ou qui marche un moment ou un autre, et je suis là pour te tuer ». Sortie du contexte cette citation est grandiloquente, et il est vrai que c'est une des limites de ce film : nombre de dialogues sont un peu « too much ». Néanmoins quand Munny dit « J'ai eu de la chance dans l'ordre, mais pour ce qui est de tuer j'ai toujours de la chance » en réponse à Beauchamp qui lui fait remarquer qu'il a tué le tireur le plus expérimenté en premier confirmant sa théorie, on n'a pas vraiment envie de rire.
Impitoyable est un western magistral qui offre un regard décalé et beaucoup plus pernicieux qu'il ne le laisse croire à la première vision. Après l'avoir vu vous ne verrez plus les cowboys du même oeil. On regrettera cependant le côté trop ouvertement politiquement correct : un bon noir, les prostituées sont des personnes fantastiques, une petite apparition d'une indienne-caution, le couplet sur les travailleurs chinois exploités... Etait-ce vraiment la peine d'en faire tant ? La trame romanesque suffisait amplement, et à trop vouloir charger la mule en lançant des attaques tous azimuts Clint Eastwood se disperse inutilement. Mais je ne bouderais pas mon plaisir. Unforgiven (littéralement « Impardonné », ce qui change un peu l'approche qu'on peut avoir du film) mérite amplement ses 4 Oscars : meilleur film, meilleur second rôle (Gene Hackman), meilleure mise en scène et meilleur montage. Ce western fait date dans l'histoire du cinéma, rien de moins !
Kassad []

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