6/10Diary of the Dead - Chronique des morts-vivants

/ Critique - écrit par Lestat, le 02/07/2008
Notre verdict : 6/10 - Youtube de l'été (Ecrivez votre critique)

Tags : film romero george vivants dead diary films

Romero s'empare du concept "à la Rec/Cloverfield" pour les besoins d'une invasion de zombies dont il a le secret. Le résultat est déconcertant à bien des égards.

Journal du 28 juin ; H-2.

Bref regard sur ma tour à DVD, dont le dernier étage s'apprête à céder sous le point du consumérisme. A la rangée "Romero", coincé entre le mal-aimé La Part des Ténèbres et un très fun film de zombie irlandais, Land of the Dead. Le film du retour. Le film de la discorde. Le film des débats. "c'est nul", "non", "si". Romero est mort ? J'avais aimé à sa sortie, ça n'a pas changé depuis. Petit tour sur les forums. Diary of the Dead, le nouveau Romero, qui a fait le tour de quelques festivals, a déjà ses admirateurs. Et ses détracteurs. Opportuniste, ridicule, VF épouvantable. Romero est mort derechef. Peu de monde peut se vanter d'avoir été enterré deux fois.

C'est l'heure de juger sur pièce. Gros multiplexe, petite salle pourrie, VF évidemment. Bande annonce, pub, pub, pub, pub, pub, bande annonce, pub, pub, bande annonce, pub. Film.

Journal du 28 juin ; H.

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Journal du 28 juin ; Après. A chaud.

Les lumières se rallument. Perplexité. Ai-je vu un Romero ? Sur la forme, non. Quand bien même le film épouse le point de vue d'une bande de cinéastes du dimanche, l'ensemble paraît tourné à l'arrache avec une ventouse à chiotte. Là où Land of the Dead était un pur Romero, Diary of the Dead est impersonnel. Dégringolade artistique ou... ? Ou. En 1972, soit entre la Nuit des Morts Vivants et Zombie, George Romero tournait Season of Witch. Un petit film en 16, assez expérimental, parfois filmé à l'épaule, au propos intimiste et ambigu. Assez moche et un peu longuet aussi. Dans la veine d'un certain cinéma d'auteur de ces années-là, en somme. Diary of the Dead est un peu son successeur des années 2000 : un film de zombies où l'on ne voit presque jamais les zombies, entièrement tourné vers un propos flou au détriment sans doute d'une mise en scène plus soignée ou identifiable. Le message, rien que le message. Romero s'interroge ici sur le pouvoir des images et de son utilisation dans l'information, brandissant comme un étendard une phrase-choc redondante : "ce qui n'est pas filmé n'existe pas". Les personnages de Diary of the Dead apparaissent désincarnés, visiblement tributaires des petites vidéos qu'ils produisent et dont ils s'abreuvent. Des vidéos qui se propagent de façon exponentielle, comme autant de morsures de zombies, contaminant peu à peu les protagonistes dont les caméras deviennent autant d'appendices naturels. Mise en garde ? Pamphlet contre la génération youtube ? Volonté de faire un [Rec] intelligent ? Internet comme nouveau terrain de guérilla ? Romero, dont la subtilité se réduit à mesure que sa filmographie se gonfle, n'a pas vraiment le mérite de la clarté.

Côté bons points, il y a un Amish dynamiteur (!) et ça saigne sévère. La tentative de crédibiliser l'ensemble est un peu vaseuse mais assez appréciable. On se prend au jeu.

Journal du 29 juin ; L'Apocalypse selon St George.

Une chose s’est mise à me turlupiner, ça ne m’est pas apparu tout de suite. Diary of the Dead est un constat : c'est la fin du monde. On va tous y passer. Et c'est bien fait pour nous. Froid, direct, amer et d'une lucidité qui fait froid dans le dos. Une ambiance de morgue, un désenchantement total renvoyant à des films comme Mondo Cane, qui en son temps sensibilisait à l'état de pourrissement avancé du monde. Ce n'est pas tant son ambiance de morgue qui rend Diary of the Dead étrange, c'est sa résignation à présenter un univers où tout est mort ou sur le point de le devenir. Jusqu'au cinéma lui-même, inhumé non sans cynisme dans un amusant hommage à la tradition gothique. L'humain trépasse, les institutions s'ébranlent, les valeurs s'effritent... rien que du très classique pour Romero, qui a toujours mis l'homme, son comportement et sa barbarie au centre de son oeuvre. Avait-il cependant déjà abordé la chose de façon aussi sinistre ? De tous ses films de morts-vivants actuels, Diary of the Dead est probablement son plus sombre.

Journal du 30 juin ; I'm Samuel, Hello.

Une chose saugrenue dans Diary of the Dead est son dernier acte. Dernier acte qui aurait pu être l'aboutissement de ce climat dépressif et qui apparaît comme beaucoup plus ludique. Romero s'amuse soudain, multiplie les points de vue, joue avec le montage. En somme, il reprend les rênes, après avoir laissé ses personnages dicter leur loi. Il est troublant de voir le réalisateur s'effacer de son propre film (s'effacer du genre ?) avant de remettre les pendules à l'heure dans un dernier sursaut. Troublant aussi de constater que le seul personnage qui intéresse un tantinet Romero soit une sorte de mentor stoïque observant les événements avec défaitisme avant de faire acte de bravoure sur la fin. La conclusion facile serait de placer Diary of the Dead en marge de la carrière de Romero, qui à lui seul forme la pierre angulaire d'un genre qui n'a désormais plus besoin de lui. Un film de survivant ? Qui sait...

Journal du 1er juillet ; Romero is (living) dead

Le problème avec Romero, c'est qu'on se prend toujours à chercher le sens caché de scènes qui n'en demandent sans doute pas tant. En bon élève, Diary of the Dead donne de quoi se ronger la tête. Trop sans doute. Le film est court, les interrogations vastes. Et en lui-même, qu'en dire ? Un problème de personnages indéniable, de l'humour qui tombe à plat, un réalisateur en mode automatique et c'est peut dire, par rapport aux [Rec] et autres Cloverfield, que l'on gagne en intellectualisation ce qu'on perd en efficacité. Reste le film, jamais aussi bon que quand il quitte son statut de donneur de leçon pour aborder l'horreur pure. On découvre alors quelques scènes tendues, une manière inédite (et salement gore) de tuer un zombie et un parfum de road-movie diablement enivrant. Une chose est sûre, si Diary of the Dead n'est pas un grand Romero, c'est probablement un de ses essais les plus singuliers, quelque part entre le ratage attachant à la Bruiser et l'hermétisme de ses films les plus confidentiels.

Merci de m’avoir lu. Fin de la transmission.