
DR.S’il y a une chose sur laquelle Wes Craven a mis tout le monde d’accord, c’est bien son film Scream. Tacle ravageur envers tous les pseudos films d’horreur qui ont pu circuler dans les salles depuis son cultissime The Last House on the Left (enfin, si vous ne l’avez pas encore vu, comprenez bien qu’il ne s’agit clairement pas d’un sacrilège cinéphilique, la faute à une puissance filmique perdue depuis belle lurette tant il est solidement ancré dans les années 70), le long-métrage mettant en scène Ghostface avait la particularité de proposer deux visions. On pouvait donc le prendre comme un simple slasher de base (ce qui, entre nous, serait relativement dommageable) ou bien, et c’était clairement plus intéressant, comme un renouvellement du genre souffreteux et asthmatique depuis quelques temps. Suite au succès prévisible de Scream premier du nom, deux suites ont été mises en chantier. Si l’opus original vaut le détour, ses séquelles, quant à elles, peuvent facilement être snobées. Onze ans, quasiment jour pour jour, après la sortie du troisième volet dans les salles françaises, l’improbable quatrième aventure pointe le bout de son nez. Impossible de ne pas avoir eu peur à l’annonce de ce Scream 4 tant il sentait à des kilomètres le film de commande en décomposition depuis un certain temps dans les cartons de la production. Et pourtant, quand on sort de la salle après 1h40 de projection, la peur s’est dissipée, se transformant alors en un soupir de soulagement.
DR.D’ailleurs, il faut seulement dix petites minutes à Wes Craven pour totalement nous rassurer sur la tournure qu’a adoptée le film. En effet, l’introduction, à elle seule, vaut l’achat du ticket de cinéma. Cinglante critique envers les remakes et les suites à répétition, cette dernière, en basant son humour sur le comique de répétition, touche du doigt un point sensible, voire tabou du cinéma actuel : l’appât du gain et l’argent facile. Sans vouloir polémiquer, le but n’est absolument pas là, le cinéma d’horreur ou d’épouvante est sans doute celui où s’enchaîne le plus de séquelles, de préquelles et/ou de reboots (tout est permis pour tirer au maximum sur le filon). Si certains s'en tirent à merveille (comme Dennis Iliadis avec sa relecture réussie de La Dernière maison sur la gauche), d'autres sont plus aptes à nous diviser (comme Marcus Nispel avec son très bon Massacre à la tronçonneuse version 2003 et son médiocre Vendredi 13 version 2009) et confirment, par la même occasion, le fait qu'un remake n'est pas forcément une bonne idée. Même si cela peut paraître un peu donneur de leçon de la part de Craven, voire un peu hypocrite quand on sait que la plupart de ses films ont été "remakés" (il est la plupart du temps producteur qui plus est), il n’empêche que la réalisateur tape dans le mille. Bref, dès le début, nous sentons que nous allons assister à un excellent spectacle.
DR.D’autant plus que les critiques ne s’arrêtent pas là. Non content de taper sur le cinéma de genre complètement asséché, le bougre s’en prend aux nouvelles technologies, notamment, comme le scande l’affiche "Nouvelle décennie. Nouvelles règles.", le besoin d’être quelque chose. Le besoin d’être reconnu du monde. Le besoin de célébrité. Donc même si l’on n’est pas particulièrement fan de ce genre de film, l’idée de fond est intéressante quoi que pas très originale puisque repris assez souvent dans le cinéma tout court. Mais regarder la critique de Wes Craven reste fondamentalement intéressant, peu importe ce que l’on pense de son talent de réalisateur, tant le personnage reste un des emblèmes forts du film d’horreur. Surestimé ou pas, le débat n’a pas lieu d’être ici. Tout ce qu’il faut voir dans Scream 4, à mon sens, c’est que le père n’a pas forcément dit son dernier mot et arrive à supporter la pression là où bon nombre s’étaient cassé les dents (George A. Romero en tête avec ses immondes Diary of the Dead et Survival of the Dead, insultes à la mythique trilogie qu’il avait lui-même créée).
DR.Le crime est-il parfait pour autant ? Non. Et loin s’en faut. Tout d’abord, on peut reprocher un rythme complètement saturé. Il peut ne rien se passer durant dix bonnes minutes (l’encéphalogramme plat, à la limite de l’ennui) et d’un coup, le cœur redémarre de plus belle. A la rigueur, on peut facilement pardonner cette instabilité tant il est difficile dans ce genre de film de garder un tempo effréné du début à la fin, mais ce qui passe vraiment moins bien, ce sont les ficelles utilisées. A ce niveau-là, nous n’avons pas le droit d’utiliser des systèmes et des gimmicks vieux comme le monde, à plus forte raison lorsque l’on critique négativement ce genre de procédé. De fait, Scream 4 n’est pas un film d’épouvante, loin de là. Aucun sursaut, aucun frisson. Que du prévisible. D’autant plus que les scènes de meurtres ne sont pas des plus originales. Mais, au final, était-ce vraiment le but de sieur Craven ? C'est une question légitime à laquelle on ne peut répondre qu'après avoir vu le film.
Dans un second temps, on peut aussi reprocher des acteurs inégaux dans leur interprétation. Si certains s’en tirent avec les honneurs, d’autres ont sans doute été traînés de force dans le tournage, sans en avoir trop envie, et cela se ressent grandement devant l’écran malheureusement. N’ayons pas peur de citer un nom : Neve Campbell. On sent, et elle nous le fait comprendre, qu’elle ne voulait pas de ce film. D'ailleurs, de mémoire, elle avait juré qu'elle ne jouerait jamais plus dans un Scream. Mais bon, il faut bien manger comme dirait l’autre. En revanche, David Arquette est surprenant. Toujours juste dans le rôle du flic un peu benêt, il se laisse suivre en évitant dans faire des tonnes. Les autres sont tellement transparents qu’aucun d’entre eux ne ressort réellement.
Pour conclure, on peut donc dire que Scream 4 est globalement réussi et maîtrisé. Bien qu’il fût réalisé, à mon avis, sans trop de conviction, les quatrièmes aventures de Ghostface se laissent néanmoins suivre durant l’heure quarante qu’elles demandent de notre temps. Tristement vrai dans le fond (la critique du cinéma et de la célébrité est extrêmement bien menée), il pèche cruellement dans sa forme à cause, notamment, de ficelles usées jusqu’à la corde et des acteurs monolithiques. Ceci étant dit, on revient dans le patelin de Woodsboro avec plaisir et, à l’image de l’épisode originel, il y a deux lectures possibles. Soit vous y allez en espérant voir un bon divertissement horrifique (ce qu’il est), soit vous allez le voir en espérant retrouver les sensations du premier (ce qui est à vous de juger). Sans se hisser à la hauteur du premier, il parvient néanmoins à faire oublier Scream 2 et l'horrible purge que fut Scream 3 sans souci. Et ça, c’est déjà une bonne chose de faite.
enihprom []

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