Tant que c’est bon (= que ça rapporte), pourquoi ne pas continuer ? Orlando Bloom et Keira Knightley ont fait voiles ailleurs, Gore Verbinski a décidé de changer de bateau, mais par bonheur, Johnny Depp était d’accord pour rempiler. Il ne restait qu’à obtenir un gros chèque, et le quatrième Pirates des Caraïbes verrait le jour. Le reste n’était que détails : trouver un réalisateur (Rob Marshall, habitué à plus de délicatesse), un nouveau vilain (Ian McShane, la barbe noircie pour l’occasion), et un prétexte solide pour envoyer tout le monde sur les flots.

DR.« Prétexte », voilà un mot qui pourrait pratiquement devenir un pléonasme lorsque l’on discutera à l’avenir de ce Pirates des Caraïbes. Car à l’image de l’épisode précédent, chaque scène semble avoir été écrite indépendamment des autres puis reliée par un fil conducteur que l’on imagine bien plutôt mince. Il n’y a qu’à voir comment sont considérés les personnages de Gibbs et de Barbossa, rendus importants par quelques ronds de jambes discutables mais qui pourraient tout aussi bien être remplacés par n’importe qui d’autre. Quant à la présence de Pénélope Cruz – est-elle vraiment censée être l’alter égo féminin de Sparrow ? -, elle se révèle vite être le prétexte (ah, j’y reviens) qui va permettre à Jack de ne pas s’amuser tout seul dans son coin et de se confronter à l’inévitable Barbe-Noire. Ce dernier laisse d’ailleurs une impression assez mitigée, impose son charisme dès la première scène pour finalement perdre toute sa superbe au fur et à mesure des péripéties. Pourquoi le sous-utiliser ? Barbossa et Davy Jones n’étaient certes pas le « pirate que tous les pirates redoutent », mais leur statut de super-vilain était déjà nettement moins discutable ! Reste Jack et son esprit cabotin, celui-ci étant porté à son paroxysme. Le personnage, déjà pilier central de la trilogie, devient l’unique support du film après le rejet des personnages de Will et d’Elizabeth. On se bouffe du Sparrow un peu à toutes les sauces, non sans déplaisir, certes, mais il est regrettable de constater que chaque personnage n’existe quasiment que par son interaction avec le corsaire aux dreadlocks.

DR.La succession d’évènements n’est peut-être qu’un prétexte (ah, encore), mais on suit l’histoire avec un certain plaisir. Bien sûr, on pourra trouver que certaines scènes trainent en longueur, n’apportent pas grand-chose à l’intrigue, ou font dans la surenchère inutile. Mais l’on retrouve un peu partout la patte et le dépaysement apportés par la saga, à travers de magnifiques décors, des costumes d’une grande précision, et des effets visuels toujours au top. Il manque néanmoins un climax, une scène mémorable qui aurait permis à cet épisode de se confronter à armes égales avec ses prédécesseurs, alors que ces derniers en regorgent. Que peut-on opposer au duel entre Sparrow et Barbossa à la fin de la Malédiction du Black Pearl, à l’attaque du Kraken dans le Secret du coffre maudit, ou encore à la tempête de Jusqu’au bout du monde ? Pas grand-chose bien malheureusement, même la scène finale se révèle en fin de compte assez décevante. Il vaut donc mieux éviter de comparer et prendre l’épisode comme un stand-alone d’une qualité très correcte, mais qui a souffert au final d’un certain manque d’ambition, toutes proportions gardées. Peut-être la mise aux commandes de Marshall a-t-elle eu son rôle à jouer, même si le réalisateur ne démérite pas vraiment. Mais sa composition manque de souffle, d’épique, à l’image de la bande-son qui peine à se renouveler – et cela, en dépit du fait que l’on prend toujours autant de pied à écouter les élans héroïques des notes de Hans Zimmer.

DR.On demeure néanmoins sceptique en découvrant la stratégie marketing imposée par Disney, qui gratifie le territoire européen d’une sortie DVD et Blu-ray anticipée par rapport aux États-Unis (ceux-ci ne le découvriront qu’à partir du 18 octobre). A noter que le film va également sortir en version 3D avec une jaquette un peu plus attirante que celles des versions DVD simple et Blu-ray + DVD. Nous entrons alors dans une logique classique : le DVD est sérieux, joli à regarder, avec une bande-sonore bien spatialisée, et l’on s’attend à ce que le Blu-ray réponde d’une qualité technique significativement plus élevée. Le gros point noir, c’est que la galette bleue ne contient guère davantage de contenu que le DVD, ce dernier étant déjà restreint à un bêtisier parfaitement dispensable. Les amateurs de haute définition ne découvriront en sus qu’un commentaire audio a priori même pas sous-titrée, ce qui laisse un goût amer en bouche pour un film aussi plébiscité (un milliard de dollars de recette).
La franchise demeure une source de divertissement bienvenue malgré la baisse de qualité de cet épisode. Les amateurs de Jack Sparrow en auront pour leur argent, le personnage étant davantage mis en avant pour combler les faiblesses des nouveaux personnages au relief hésitant, des anciens personnages mal considérés, et d’un scénario un peu trop fourre-tout et sans âme. Le spectacle est néanmoins au rendez-vous, et comblera les lecteurs DVD et Blu-ray avides de blockbusters à grosse tirelire du moment qu’ils ne sont pas trop regardants sur la liste des bonus.
Nicolas []

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