Pierre est un jeune homme qui habite Paris. Il est danseur et il vient d'apprendre qu'il a un problème au cœur. Il ne lui reste plus beaucoup de temps à vivre au milieu du tumulte qu'il aime tant. Il le magnifie donc du regard en observant un monde qui lui semble être maintenant interdit. Sous ses fenêtres, les gens s'aiment et se disputent, la boulangère sourit et les éboueurs s'exécutent. Le ballet est réglé comme une horloge, l'agenda clair, la phase terminale est proche sauf pour les autres. Il appelle donc sa sœur pour lui faire part de la nouvelle. Celle-ci s'installe chez lui avec ses trois enfants pour passer les derniers mois à ses côtés. Mais en écrivant ces quelques lignes et à la suite d'un grand débat intérieur, je dois vous avouer que l'histoire en question est superflue. Le cœur de Pierre n'est qu'un prétexte pour le chassé-croisé de la fresque de ce grand habitué de l'exercice qu'est Cédric Klapisch. Tout prétexte qu'elle soit l'interprétation de Romain Duris est à saluer. Elle est d'autant plus louable que le réalisateur et l'acteur forment un duo de plus en plus efficace qu'on aurait voulu être encore plus exploité dans le film en question. Là où cela touche particulièrement, c'est que l'on retrouve dans les albums photos du personnage de Pierre des clichés d'un Thomasi dans Le péril jeune ou de Xavier dans L'auberge espagnole.
C'est également la première grosse critique que l'on peut faire de ce film malheureusement. En effet, sa construction, qui donne envie au départ de s'attacher aux personnages, rappelle tour à tour les différents films qui ont pu nous marquer dans la filmographie de Klapisch. Ses acteurs ressemblent souvent aux rôles qu'ils ont déjà eus. On retrouve un peu de Chacun cherche son chat, un peu des Poupées russes et des bribes de Péril jeune. Rajoutons à cela que la bande-annonce ressemble au film et que le film ressemble à la bande-annonce et l'impression globale est une succession de flashbacks. Le corps du film, bien que dispersé pour cause d'intention scénaristique à tendance multiplicative, reste bien fait et plutôt équilibré donc non gênant. Toutefois les situations sont assez convenues et le suspense est plutôt ramolli. Cela confirme que l'histoire n'est pas importante et le film sans but si ce n'est celui de lancer un message d'amour à la vie sous toutes ses formes, derrière chaque inconnu au coin d'une rue. Une fois ce parti pris et connaissant le personnage non corrosif qu'est ce réalisateur de la comédie humaine, le débat se porte assez facilement ailleurs et on ne s'inquiète pas de ce manque d'intention qui n'est pas pour autant un défaut.
En parallèle de ces critiques presque assassines, soyez conscients de mon admiration des très bonnes performances d'acteurs qui peuplent le film et le rendent humainement génial. Le nombre d'acteurs français d'exception est assez incroyable pour être noté et vaut à lui seul le déplacement. De plus certains emplois sont d'une acuité poignante. Outre Romain Duris et sa domination des sentiments, la prestation de Juliette Binoche aux mille sourires oscillant de l'inquiétude au charme est sublime ainsi que celle d'un Fabrice Luchini survolté de douceur et à peine théâtral. Mélanie Laurent campe elle aussi un rôle sur mesure et confirme les qualités déjà exposées dans Je vais bien ne t'en fais pas. Rajoutez à cela une superbe interprétation du rôle de la boulangère par Karin Viard. Ces acteurs nous donnent à réfléchir sur la notion de talent. L'affiche est une combinaison gagnante de compétences très bien dirigés.
D'autres sont par contre sous-exploités et un peu fades en comparatifs des plus colorés. Pensons notamment à Gilles Lellouche bien en-dessous de ses capacités ainsi qu'Albert Dupontel dont le personnage un peu creux est presque anecdotique en comparatif de ses collègues. Lançons aussi une petite dédicace à Renée dont la constance au rôle de la petite vieille infatigable qui dit des conneries est admirable.
Il faut insister sur l'excellence du scénario et des dialogues qui nous permettent de passer un excellent moment en compagnie des inconnus qui peuplent l'univers parisien de Cédric Klapisch. Cela nous permet de nous laisser porter en appréciant la vie des autres et en émettant un léger parallèle avec nos petits états d'âmes de Parisiens. Les moments de franche rigolade sont innombrables et la justesse de l'humour de certaines situations est un travail qui doit s'applaudir dans les formes. Au moins Cédric a le mérite de ne pas avoir fait un film moralisateur ou commercial. Il n'en reste pas moins un patchwork posé en vitrine, et le plaisir des yeux n'est pas tout malheureusement. C'est bien dommage de ne pas avoir eu plus d'ambition sur ce projet avec le nombre d'ingrédients miracles à disposition. On n'en sort toutefois pas déçu car la douceur est très agréable malgré une légère tendance à la longueur.
Un bon spectacle donc avec un léger souffle au cœur.
knackimax []

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