Les cheveux en pétard, le regard enivrant, le look débraillé, Romain Duris ressemble encore beaucoup à Tomasi, le jeune effronté qu'il incarnait avec brio face au Péril Jeune, il y a bien dix ans. Le film de Cédric Klapisch est devenu celui d'une génération, qui dit "merde" à tout, tout en apprenant à faire ses premiers pas en société. Comme le temps passe vite. La notion du vieillissement, c'est un truc qu'on n'a pas jusqu'à vingt ans. Ensuite, les choses se gâtent. On oublie tout. Romain Duris aussi a grandi. Quelques bandes magnétiques sont là pour le prouver. Il a vieilli en même temps que n'importe qui, et il faut bien avouer que les choses ont plutôt bien tourné pour lui. A trente et un ans, il peut se targuer d'avoir donné la réplique à Isabelle Adjani et Kristin Scott Thomas. A l'écran, on l'a même vu incarner le père de Jean-Paul Belmondo, c'est dire. Lorsque, pour Cédric Klapisch, il accepte de se glisser dans la peau de Xavier, un jeune homme de vingt-cinq ans, qui part à Barcelone pour terminer ses études en économie et apprendre l'espagnol, il n'a pas idée du bouleversement que ce tout petit film, à tout petit budget et réalisé en un rien de temps, suscitera à sa sortie.
S'il continue ensuite d'être à l'affiche de premiers films audacieux, tels Osmose de Raphael Fejtö ou Exils de Tony Gatlif, plus récemment, il accepte aussi d'incarner l'insatiable Arsène Lupin pour le compte de Jean-Paul Salomé et fait battre le coeur du grand Jacques Audiard, autrefois réalisateur d'Un Héros très discret et Sur mes lèvres. A trente et un ans, Romain Duris se tourne alors de nouveau vers Cédric Klapisch, histoire de donner l'occasion à Xavier, l'ex-étudiant Erasmus, de connaître à son tour les joies de la trentaine. Tel un Antoine Doisnel face au miroitant François Truffaut, Duris a pu affiner son caractère et aiguiser son jeu à son rythme, tout en profitant des conseils personnalisés d'un réalisateur de talent. Il n'est plus le jeune espoir français, que l'on pressentait. Le temps a semble-t-il confirmé nos présomptions. Klapisch ne s'y est pas trompé. Il ne tarit pas d'éloges pour son acteur fétiche, qui a désormais compris qu'il y a une sensation de liberté à créer un personnage.
Xavier a trente ans. Il a réalisé son rêve d'enfance, en devenant écrivain, mais ne tutoie pas encore le bonheur. Il a de plus en plus de mal à convaincre sa banquière de la solvabilité de ses perspectives d'avenir. Il écrit un feuilleton sans intérêt pour la télévision et s'improvise biographe de stars. Il enchaîne les incartades amoureuses sans lendemain, traquant la compagne idéale à travers toutes celles qu'il aime, en se demandant à chaque fois si c'est bien elle la dernière. Puis vient le jour où Xavier doit se rendre à Londres, puis à Saint-Pétersbourg, pour son travail. Ces nouveaux voyages lui permettront peut-être de trouver le moyen de concilier travail et amour, une bonne fois pour toutes...
Le ton est indéniablement plus grave, et le rythme, bien plus mélancolique. Ce qui me fait dire qu'il ne s'agit là en aucun cas d'une suite, mais bien d'un film à part entière, comportant son lot d'émotions. Ce qui va totalement à l'encontre de la communication faite autour du film au travers des médias. Ce qui n'empêche pas la mise en scène d'être toujours aussi virevoltante et inventive, et les dialogues, toujours aussi percutants. Et que dire du casting haut de gamme, si ce n'est qu'il offre de belles perspectives au cinéma de ces prochaines années. Kelly Reilly, Audrey Tautou, Cécile De France, Evguenya Obraztsova, Aïssa Maiga : toutes plus belles les unes que les autres. De façon générale, le jeu des acteurs est d'une légèreté, qui ne sombre jamais dans la vulgarité. Bien au contraire, puisqu'on rit souvent de bon coeur aux facéties de chacun. Quelques scènes sont déjà presque cultes, à l'instar de cette rue de St Petersbourg (et de cette femme) aux proportions idéales, ou bien de cette rencontre entre Cécile de France, alias Isabelle, et le grand-père de Xavier, autrement dit Pierre Gérald. Imaginez le choc des cultures, qu'elle suscite... J'ajoute une mention spéciale à l'accompagnement musical du film, qui n'est jamais le fruit du hasard, que l'action de situe à Londres, St Petersbourg ou en plein Paris.
Et pourtant, je ne trouve pas que cette comédie soit particulièrement dans l'air du temps. Etant donné la longueur de ses bobines, le film souffre incontestablement de nombreux temps morts, qui portent atteinte à son intérêt global. Une bonne comédie de deux heures, ça n'existe plus aujourd'hui. En a-t-on d'ailleurs déjà vu ? On peut reprocher au film de pêcher par excès : trop de personnages, trop de rebondissements, trop de bavardages. Et pour couronner le tout, tout nous est livré en vrac. Normal, puisque le montage du film se veut l'illustration du mal-être de son personnage principal (et des personnages secondaires dans une moindre mesure). Je regrette cet amoncellement de clichés, sur lesquels reposent certaines scènes clés du film (au sujet des parents, des grands parents, des femmes, j'en passe et des moins bons) et qui sont censés résumer la vie du trentenaire célibataire moyen. J'ai eu un peu de mal à appréhender ce Xavier nouveau, qui est devenu cet homme à femmes, mais qui ressemble encore beaucoup trop à l'adolescent que l'on avait découvert trois ans auparavant. Cette suite n'est pas si intelligente, et n'est pas plus profonde qu'il n'y paraît. Il n'y a rien de bien transcendant. On passe notre temps à chercher ce qui nous manque, sans vraiment savoir ce que c'est... L'amour ne se trouve que suite à un long cheminement... Le bonheur ne se trouve pas dans la perfection mais dans l'acceptation des imperfections des autres... La cause est entendue. Tout semble si prévisible et éprouvé. Et cette deuxième heure qui n'en finit pas. Il n'y a rien de bien sérieux là-dedans.
Ces Poupées russes ne représentent rien de plus qu'un simple divertissement estival. Le film ne plaira pas à tous les amoureux de l'Auberge espagnole, mais bien à ceux qui se reconnaîtront en tous ces personnages encombrés. La quarantaine, c'est la phase des bilans, de choix profonds. Cinquante ans : les troubles sexuels. Soixante : la crise existentielle. A soixante-dix ans, on commence à évoquer l'après faucheuse... Allez, Romain, Cédric, au boulot. Reste à choisir le pays...
Filipe []

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