En cette fin de décennie 2000, que sont devenus les héros d'action des années 80-90 ? Bruce Willis et Jean-Claude Van Damme tirent leurs dernières cartouches avant la retraite, le premier ayant eu la possibilité de se faire un nom plus ou moins respectable comme acteur à part entière ; Arnold Schwarzenegger s'est lancé dans la politique comme républicain modéré, et gouverne aujourd'hui la Californie en soutenant John McCain pour les présidentielles ; quant à Sylvester Stallone, après une traversée du désert de plusieurs années où il enchaîne seconds rôles discrets et cameos honteux (Taxi 3), il fait un retour fracassant devant et derrière la caméra à 60 ans avec Rocky Balboa, retour émouvant aux sources du personnage qui l'a rendu célèbre. Parti sur sa lancée, il revisite maintenant son deuxième rôle fétiche : Rambo. Le pari était encore plus risqué, et le résultat prête le flanc au débat. Mais le film ne laisse pas indifférent, et prouve une nouvelle fois que Stallone a atteint une maturité qui n'enlève rien à son énergie.
L'histoire est archétypale : John Rambo coule des jours paisibles en Thaïlande, où il capture de dangereux serpents pour un spectacle local. Un groupe d'idéalistes naïfs vient lui demander de les accompagner en Birmanie, où ils désirent apporter une aide médicale et religieuse (!) à la population maltraitée par un régime militaire dément. Rambo les accompagne en leur grommelant qu'ils font une erreur, et les évènements ne tardent pas à lui donner raison...
« When you're pushed, killing becomes as easy as breathing »
Oubliez tout ce que vous avez vu dans les précédents Rambo en terme de violence : celui-ci les surpasse allègrement, poussant aux limites du supportable 
Stallone mène sa
barque avec talentcertaines scènes de massacre où les membres s'éparpillent aux quatre coins de l'écran au son des hurlements de femmes et d'enfants exterminés sans raison par les joyeux militaires du coin. Le spectacle est d'autant plus insoutenable qu'on le sait représentatif d'une réalité malheureusement très actuelle. Mais sur la représentation de ces horreurs, un être de pure fiction vient faire le ménage et zigouiller les bad guys. Rambo se dresse, armé de son couteau et de sa... non, de son arc, et trucide les génocideurs avec un aplomb et une vigueur que ses soixante piges révolues n'entravent pas un seul instant. Très concrètement, la superposition de ces deux réalités, déjà présente dans les deux précédents opus de la série, apparaît ici à la limite de la décence : où est la frontière entre le spectacle et le voyeurisme, est-on dans l'information et la dénonciation ou dans l'exploitation choquante d'une guerre à des fins commerciales ? Dans la salle où je me trouvais, les gens criaient et applaudissaient à chaque morceau de bravoure, à chaque soudard dézingué par Rambo. Comme pendant un spectacle de Guignol, la même exaltation enfantine, le même défoulement. La stature mythique du personnage lui permet de susciter l'enthousiasme et l'adhésion du public, de lui procurer un moyen d'action facile sur des évènements hors de portée. On peut rapprocher cette démarche de celle des auteurs de comics des années 30-40, qui montraient Superman ou Captain America aux prises avec Hitler, avant même l'entrée en guerre des Etats-Unis. Du coup, faut-il voir dans ce John Rambo un appel à la guerre, un film de propagande pour attirer l'attention sur les problèmes existant en Birmanie ? Pas si sûr, car en fin de compte il ne semble dire qu'une chose : la violence appelle la violence, mais l'escalade ne résout rien. Pas de solution proposée, juste un constat un peu dégoûté sur la barbarie des hommes. Contrairement aux deux précédents opus, les victimes de cette barbarie ne sont pas seulement les petits blancs égarés dans le coin, mais surtout les populations locales, soumises aux tortures les plus perverses sans raison particulière.
« Live for nothing or die for something »
La réalisation, affichant le même type d'image aux teintes désaturées que Rocky Balboa, mène l'action à une cadence infernale, proposant une vaste boucherie 
"Moi, sous la pluie, je chante pas !"dont on se demande comment elle n'écope "que" d'une interdiction aux moins de 12 ans (là où des amuseries comme la série Saw héritent d'interdiction aux moins de 16, voire 18 ans !), laissant le spectateur sur une fin presque trop rapide, réussissant pourtant à boucler l'histoire du guerrier avec autant d'intelligence que celle du boxeur. Stallone réalisateur sait tirer le meilleur de Stallone acteur, et leurs talents joints donnent naissance à un film qu'on serait tenté de rapprocher d'Impitoyable pour la maturité avec laquelle son réalisateur-interprète utilise son image. D'ailleurs, La vision de Rambo enragé derrière une mitrailleuse n'est pas non plus sans rappeler celle de Clint Eastwood dans une des premières scènes de Josey Wales hors-la-loi. Et si Stallone était un Clint Eastwood un peu plus long à mûrir que son aîné ? On le saura probablement à la sortie de sa biographie de Edgar Allan Poe, annoncée depuis quelques années. Au rythme où il tourne désormais, on ne désespère pas de la voir en 2009...
riffhifi []

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