Trente ans après la sortie du premier opus, réalisé par John G. Avildsen et couronné à l'époque de l'Oscar du meilleur film, Sylvester Stallone conclut la saga qui l'a rendu célèbre avec un sixième épisode aussi spectaculaire qu'émouvant.
Rocky Balboa, le légendaire boxeur, a depuis longtemps quitté le ring. De ses succès, il ne reste plus que des histoires qu'il raconte aux clients de son restaurant. La mort de son épouse lui pèse chaque jour et son fils ne vient jamais le voir.
Le champion d'aujourd'hui s'appelle Mason Dixon, et tout le monde s'accorde à le définir comme un tueur sans élégance ni coeur. Alors que les promoteurs lui cherchent désespérément un adversaire à sa taille, la légende de Rocky refait surface. L'idée d'opposer deux écoles, deux époques et deux titans aussi différents enflamme tout le monde. Pour Balboa, c'est l'occasion de ranimer les braises d'une passion qui ne l'a jamais quitté. L'esprit d'un champion ne meurt jamais...
Rocky Stallone

En 2007, tandis que d'autres s'échinent à produire des suites (Pirates des Caraïbes III, Spider-Man III, Harry Potter V, ...), Rocky Balboa met un point final à tout un mythe. Rocky, comme chacun le sait, c'est avant tout l'histoire d'un homme de la rue, boxeur improvisé, qui connaît une ascension fulgurante, prend conscience de son potentiel, parvient à saisir une occasion inespérée et devient un champion hors pair, tout en restant fidèle à son entourage et à ses racines. Mais Rocky, c'est également la saga d'un homme de cinéma, qui a pris l'habitude de cumuler les mandats : réalisateur, acteur, producteur, scénariste. Celui-là même qui, venu de nulle part, avait su saisir sa chance en refusant de vendre son scénario s'il ne jouait pas le rôle principal de son film, alors promis à des stars de l'époque (James Caan, Ryan O'Neal, Burt Reynolds). Le destin du boxeur est, depuis, intimement lié à celui de son créateur, Sylvester Stallone, alias "Sly", alias "l'Etalon Italien". Lui qui, pour beaucoup, s'apparente ni plus ni moins à une montagne de muscles, élu par ses anciens camarades de classe comme le plus susceptible "de finir sur une chaise électrique", ni plus, ni moins !
Pour ce sixième opus, trente ans ont passé. Détenteur d'un palmarès unique en son genre, Rocky se retrouve seul comme à ses débuts. De la même manière, l'acteur connaît une période difficile et tente par le biais de ce film (et de Rambo IV, qui clôturera une autre saga) une sorte de retour à la case départ. Cela fait déjà quelques temps que les spécialistes s'accordent à dire qu'il n'est plus que l'ombre de lui-même, qu'il n'a plus rien du roi du box office qu'il fut aux alentours des années 80 (Rambo, Cobra, Haute Sécurité, Tango & Cash...). Jamais Stallone n'a autant habité son personnage (à moins que ce ne soit l'inverse...).
Candeur et autodérision

Vous l'aurez compris, ce dernier épisode lorgne incontestablement du côté du premier de la saga. Exit les entraînements à rallonge, et autres combats à répétition. Stallone compose une oeuvre plus personnelle, et place l'humain au coeur de l'histoire. La réalisation est à l'image du récit : sobre, anodine, sans travelling ni panoramique. La plupart des prises ont été effectuées caméra à l'épaule. Aucune des scènes situées à Philadelphie n'a été tournée en studio, ce qui permettra aux inconditionnels de reconnaître quelques-uns des hauts lieux de la saga, notamment du premier opus : la boutique d'animaux, l'église, la patinoire, sans oublier les célèbres marches du Philadelphia Museum of Art. Pour ce sixième acte, Stallone s'est à nouveau chargé de l'écriture du scénario. Un scénario sans surprise, cousu de fil blanc, dont les fragilités sont largement compensées par les dialogues, bourrés d'astuces, d'humour, de clins d'oeil. Sur cet opus planent les ombres d'Adrian et de Mickey, d'Apollo Creed, de Cluber Lang, d'Ivan Drago. Rocky, lui, n'a rien perdu de sa candeur, de sa sincérité, de sa bonté d'âme, de ce petit côté "héros très ordinaire" qui le rend si touchant. Question morale, rien de nouveau sous le soleil, la leçon de vie se poursuit avec un Balboa fidèle à ses idées, malgré la douleur qui l'accable : "rien n'est impossible pour celui qui croit", "il faut savoir saisir sa chance à tout prix, même si elle ne mène pas au succès", "l'important dans la vie n'est pas de taper le plus fort, mais de savoir encaisser les coups les plus durs"... Evidemment, les plus tatillons trouveront là matière à ironiser. Que penseront-ils de cette mièvrerie ambulante, alliée à toutes ces réparties à deux balles, ce sentimentalisme triomphant ? A vrai dire, pas grand-chose, puisque tout cela fait partie du personnage, qu'on le veuille ou non. L'imperfection, c'est précisément ce qui fait le charme d'un Rocky. Conscient des critiques dont il a toujours fait l'objet à ce sujet, Stallone s'en serait-il d'ailleurs amusé en forçant le trait ?
"Un boxeur, c'est fait pour boxer"

Stallone n'oublie pas pour autant d'offrir ce que les fans attendent impatiemment : un entraînement "à l'ancienne", pour le plus impressionnant des combats, dans une ambiance électrique et au final des plus spectaculaires. Sachant qu'au fil du tournage, il deviendrait difficile, par manque de temps, de concilier l'entraînement avec ses fonctions de réalisateur et d'acteur, Stallone a souhaité tourner les scènes de boxe en premier, profitant de la rencontre opposant Germaine Taylor à Bernard Hopkins pour filmer les spectateurs et résoudre ainsi la question des centaines de figurants. Sylvester Stallone se souvient : "Nous filmions quelques images liées à la rencontre Hopkins contre Taylor. Et dès qu'ils quittaient le ring, nous nous y précipitions pour réaliser notre combat et profiter des décors. C'était un véritable défi." Le résultat est une séquence d'une vingtaine de minutes à couper le souffle, d'un réalisme sans précédent. Un rendu sonore impeccable, des images qui parlent d'elles-mêmes. L'immersion est totale. Les fans de la première heure apprécieront, si bien qu'ils regretteront sans doute que le spectacle ne se prolonge pas davantage.
Alors bien sûr, le film n'est pas exempt de longueurs et des maladresses. Tout n'est pas parfait, loin de là. Stallone remporte néanmoins son pari, qui était loin d'être gagné d'avance, en offrant à sa saga un dénouement à la fois logique et habile, d'une mélancolie monstre, et d'une efficacité à toute épreuve. En prime, l'acteur délivre une performance d'acteur de tout premier ordre. Jamais l'Etalon Italien ne nous a paru si crédible, si touchant à l'écran. Chapeau, l'artiste !
Filipe []

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