Les super-héros ont parcouru la deuxième moitié du vingtième siècle cinématographique à pas de velours, ne laissant derrière eux qu'une pincée de films majeurs (pour faire court : le Superman de Richard Donner et les deux Batman de Tim Burton). Depuis l'an 2000, le phénomène a pris une ampleur considérable avec l'arrivée sur les grands écrans du catalogue Marvel, véritable caverne d'Ali Baba qui n'attendait que le perfectionnement des effets spéciaux pour connaître la gloire sur celluloïd. Pourtant, force est de constater que la plupart des adaptations proposées jusqu'ici laissaient au mieux un goût d'imperfection (les Spider-man de Sam Raimi), au pire un sentiment de gâchis rageant (Les 4 Fantastiques, Ghost Rider). En cette fin de décennie, on voyait la source se tarir à vue d'œil, et c'est avec une certaine circonspection qu'on pouvait attendre un film basé sur le personnage du massif Iron Man, l'un des seuls de la smala à n'avoir pas même bénéficié d'une tentative d'adaptation live avant les années 2000. Sauf que. Sauf que Jon Favreau est un acteur qui ne demandait qu'à faire ses preuves de réalisateur après quelques essais de commandes. Sauf qu'en lieu et place d'un Peter Parker à peine pubère, on contemple un Tony Stark quadragénaire tourmenté. Sauf que le casting est composé de Robert Downey Jr., Gwyneth Paltrow et Jeff Bridges. Et le résultat est là, éblouissant, électrisant : Iron Man est un grand film. Pas de ceux qui remportent l'Oscar, mais de ceux qui imposent une vision, un discours, un univers, et qui font plaisir au public. Favreau n'était pas forcément attendu sur ce terrain, mais il se pourrait bien qu'il plante sa tente dans la cour des grands.
Stark est une flèche
Tony Stark (Robert Downey Jr.) est un riche héritier qui n'a pas d'occupation plus constructive que d'acheter des peintures hors de prix qu'il ne regarde pas, de 
"Tony, enlève ta main."ranger dans son lit des bimbos décolorées et de siroter des cocktails dans son jet privé. Il faut dire que la boîte de feu papa est particulièrement lucrative puisque Stark Industries est le premier fabriquant d'armes du monde. Tony est lui-même un constructeur de génie, doué d'un talent naturel pour concevoir les armes les plus mortelles. Le côté business, il le laisse à son père spirituel Obadiah Stane (Jeff Bridges) qui l'a recueilli sous son aile il y a une poignée d'années. Stane représente sa seule famille, tandis que son seul ami est le militaire James Rhodes (Terrence Howard), qui se désespère de voir Stark passer à côté de sa vie. Quant à Pepper Potts (Gwyneth Paltrow), son assistante, elle se demande en secret si son patron dessaoulera un jour suffisamment pour remarquer sa présence. Tout basculera le jour où, venu présenter un nouveau missile aux troupes américaines en Afghanistan, Tony Stark sera victime d'un groupe de mercenaires qui l'enlèvent et le somment de travailler pour eux. Gravement blessé par un de ses propres obus, le playboy insouciant commence à se demander si, par hasard, ses actions n'auraient pas quelques conséquences...
Stark est ironique man
Ce n'est pas une nouveauté : les bandes dessinées bénéficient aujourd'hui d'un traitement beaucoup plus respectueux que par le passé. La genèse d'Iron Man telle qu'elle était décrite dès 1963 par Stan Lee et Don Heck est donc reproduite à la lettre, transposée de nos jours et à peine enjolivée pour la rendre plus crédible. 
"Tony, mets ta main."Les références pleuvent, on ne les détaillera pas ici : que les fans se contentent de savoir qu'ils auront du boulot pour repérer tous les clins d'œil glissés adroitement dans le film (sans pour autant gêner le néophyte, on n'est pas dans la private joke extra-large). Pourtant, ce qui distingue Iron Man de ses prédécesseurs récents, c'est son côté rentre-dedans, son courage réjouissant qui consiste à vouloir proposer une histoire à part entière plutôt que de servir simplement la soupe aux amateurs de comics. L'histoire en question, c'est celle d'un homme confronté à sa vanité, à ses démons et à sa propre dangerosité. La confrontation avec la figure du père, presque indispensable (voir à ce titre les deux premiers Spider-man, le Hulk de Ang Lee et Batman begins) s'efface finalement devant le combat interne que se livre Tony Stark. Un combat qui est loin d'être terminé au dernier plan du film, puisque l'ambivalence du personnage est préservée jusqu'au bout par cette thématique insoluble : lorsqu'on crée une arme pour se défendre, on crée une arme. Jetée à la face de l'Amérique et du monde (mais surtout de l'Amérique), l'interrogation fait mouche et amène à la question plus vaste de la responsabilité de l'homme moderne. Où s'arrête-t-elle, où commence la responsabilité de la société ? Le citoyen scrupuleux qui jette ses papiers d'emballage dans la poubelle jaune ne va-t-il pas se ruer sur sa voiture bien polluante pour aller chercher du pain au bout de la rue ? Sans pousser aussi loin l'extrapolation, on appréciera l'humanité du personnage campé par Robert Downey Jr., dont l'humour contrebalance la gravité. Vulnérable, attachant, le Tony Stark qu'il interprète se révèle pourtant un monstre d'inconséquence et d'égoïsme, incapable de canaliser le pouvoir qu'il tient entre ses mains. Un homme incapable d'assumer sa propre identité, obligé de se construire une armure intégrale dès lors qu'il cesse de se camoufler derrière un verre d'alcool et des lunettes aux verres fumés.

"Plus personne ne veut ma main de velours
depuis que je l'ai mise dans un gant de fer"Pour ceux qui se contrefoutent de la fidélité à la bande dessinée comme de l'intelligence du scénario, il reste un divertissement d'action à l'ancienne avec de vrais morceaux de sadisme, des effets spéciaux galvanisants avec un usage parcimonieux des images de synthèse, une bande originale pleine de rock qui fait du bien (AC/DC, Black Sabbath), un trio d'acteurs savoureux (on écartera Terrence Howard du podium, engoncé qu'il est dans un rôle de pote coincé et moralisateur) et un humour omniprésent (le héros se fait vanner par son ordinateur, c'est quand même pas banal). Ce qui mérite déjà le déplacement, en attendant la suite d'ores et déjà programmée. On ne sait s'il faut saliver ou trembler à cette annonce, mais si Jon Favreau reprend les rênes (et développe son rôle de Happy Hogan, aperçu brièvement dans cet opus), on peut supposer qu'il saura où emmener sa barque.
PS : Restez jusqu'au bout du générique de fin, vous ne le regretterez pas.
riffhifi []

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