Batman sera-t-il bientôt considéré comme une franchise « à la James Bond », où se succèdent aussi bien les réalisateurs (prestigieux ou non), les acteurs (prestigieux ou non), et les potiches (prestigieuses ou non) ? Petite rétro. Le Batman contemporain naît au cinéma en 1989 par la vision monochrome de Tim Burton, se joignant les services de Michael Keaton, Kim Basinger et Jack Nicholson. Le succès est aussi bien public que critique, ce qui donnera lieu à une suite sobrement nommée Batman Returns, portant au rang d'ennemis légendaires les excellents Danny de Vito (le Pingouin) et Michelle Pfeiffer (Catwoman, et rien à voir avec celle de Pitof !). Après, les choses se corsent. 1995, Burton passe la main à Joel Schumacher, Keaton est écarté au profit de Val Kilmer, et Batman s'adjoint les services de Robin (Chris O'Donnell) dans le troisième opus de la série, Batman Forever. Si le film perd un peu de la folie macabre de Tim Burton, le casting sauve une partie des meubles (Nicole Kidman, Tommy Lee Jones et Jim Carrey), l'autre partie étant récupérée de justesse par la réalisation plus colorée de Schumacher. Ce qui nous mène à la grosse vautre de Batman & Robin, dont je ne me suis personnellement jamais remis, qui associe George Clooney (bien en Bruce Wayne, assez peu crédible en Batman), Uma Thurman (Poison Ivy), Arnold Schwarzenegger (Mr Freeze, blagues power) et Alicia Silverstone (Batgirl, un autre grand moment de rigolade) dans la lutte du bien contre le mal. Ce qui explique probablement ce qui le sépare de huit ans avec Batman Begins.
Saura-t-il relever la barre et faire oublier l'affligeante créativité des dialogues de son prédécesseur ? Nouveau Batman (Christian Bale), nouveau réalisateur (Christopher Nolan), nouvelle potiche (Katie Holmes), pour un retour aux sources radical qui va nous mener à la genèse de l'homme chauve-souris.
Le jeune Bruce assiste impuissant au meurtre de ses parents, perpétré par un anecdotique braqueur dans une ruelle sombre de Gotham City. A sa majorité, constatant que la justice n'est plus qu'un mot souffrant de trop nombreuses interprétations, Bruce (Christian Bale) s'enfuit de Gotham pour entamer un voyage à travers le monde, avec pour seul but de combattre l'injustice. Repéré par la Ligue des Ombres, des justiciers expéditifs, il sera formé par le mystérieux Ducard (Liam Neeson) pour devenir un de leurs soldats...
Qu'on en finisse avec ce pseudo suspense entretenu pendant mon introduction : Batman Begins est très très loin d'être une catastrophe, et j'ose même dire que sur certains points il peut avantageusement soutenir la comparaison avec ceux de Burton. Certainement pas sur le plan des effets spéciaux, comme on pourrait l'attendre, ni sur l'originalité du concept. Non, ici, tout est question de traitement. Christopher Nolan, à la fois scénariste et réalisateur, choisit pour son Batman la formule sans pétards et artifices, revenant à la genèse du héros et remettant du même coup les pendules à la bonne heure. Ceux qui prennent pour référence scénaristique les précédents opus seront forcément étonnés de constater que le Joker n'est pas le meurtrier de la famille Wayne (Batman 1) ou que Bruce découvre la future batcave bien avant cet assassinat (dans Batman Forever, il la déniche après l'enterrement de son père). En définitive, un petit recollement avec l'esprit d'origine du comics qui illustre le renouveau d'une série en perte de vitesse. Ce n'est pas pour rien que l'intégralité du casting s'offre une petite cure de jouvence, inscrivant du même coup trois énormes têtes d'affiche dans des rôles plus ou moins connus comme le commissaire Gordon (Gary Oldman) et Alfred (Michael Caine). Et pour finir de franchement se démarquer, Nolan choisit de pousser la crédibilité aussi loin qu'il le pourra. Ceux qui pensaient qu'Alfred creusait la batcave, construisait la batmobile, mettait au point tous les gadgets, tout en n'oubliant pas les tâches ménagères courantes du manoir, vont certainement frôler l'infarctus. Pour l'exemple, la célèbre automobile de l'homme chauve-souris, devenue au fil du temps l'objet des plus grands délires artistiques, se rabaisse à une espèce de tank utilisé pour le pontage. A la différence de celui de Burton, porté par des aspirations gothiques, et de celui de Schumacher, adepte de lumières flashys et de combinaisons high-tech, le Batman 2005 repose donc les pieds sur terre et s'inscrit directement dans une époque contemporaine, avec cependant quelques petits dérapages artistiques (des combats pas très compréhensibles) et scénaristiques qui vont amener notre célèbre Bruce Wayne à côtoyer des ninjas montagnards très troublants (car ninjas, car montagnards). Rien de très déroutant en somme, bien que certains passages puissent paraître bien longs. Une broutille compte tenu des 140 minutes qui passent comme un charme (mais il est vrai qu'après Last Days, les niveaux de référence sont légèrement décalés).
Un joli petit virage qui permet à Batman de reprendre un peu du poil de la chauve-souris, un exploit dû à un Christopher Nolan sobre et retenu, préférant la crédibilité à l'exubérance. Christian Bale incarne sans fausse note ce milliardaire envahi de chauves-souris, profitant du même coup de l'expérience de Liam Neeson (dans un rôle qui lui est à la fois classique et peu commun) et Michael Caine, tous deux impeccables. Pour leur part, Ken Watanabe fait de la figuration, et Katie Holmes mitraille à tout va de phrases chics et chocs, mais on n'en attendait pas moins d'eux...
Nicolas []

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