Il y a près de dix piges paraissait en Angleterre le premier volume des aventures d'Harry Potter. Aujourd'hui, la frénésie s'est un peu estompée mais reste très vivace alors que le sixième tome déboule sur les écrans de cinéma et que le septième et dernier est encore en cours de tournage. Soulignons que cet ultime opus sera scindé en deux parties qui sortiront à plus de six mois d'écart, un effort louable quand on connaît la complexité des intrigues imaginées par Rowling. Et peut-être aussi le petit espoir qu'il nous fallait pour attendre l'épisode sans être déçus par les raccourcis occasionnés par les scénaristes.

Car pratiquement depuis le début de l'aventure, nous ne pouvons que désespérer devant le traitement infligé par le scénario à l'histoire des livres. Certes, le charcutage est compréhensible dans la mesure où des films de quatre heures à répétitions pourront probablement ennuyer du monde et seront insupportables pour les moins de quinze ans, pourtant premiers fans du sorcier. Dans le Prince de Sang mêlé, le défaut se ressent à chaque instant, même si les éléments les plus importants y sont en bonne et due forme. Reste à savoir ce qui est important aux yeux des lecteurs, et ce qui l'est aux yeux de l'intrigue. Les histoires d'amours de ces adolescents déjà bien grands sont donc au centre des préoccupations, même si celles-ci demeurent survolées, prévisibles, et la plupart du temps ô combien malmenées par les acteurs, la « petite » Ginny en tête. Si bien qu'en fait, on range l'info dans un coin de notre tête sans y prêter d'attention sur le moment, et l'on y pensera plus tard, au moment du bilan.
Les amourettes, package assez important pour le spectateur adolescent, n'est qu'un petit exemple vis-à-vis d'un autre plus profond, ce fameux Prince de Sang-Mêlé qui donne son titre au film et dont on se fiche violemment. En trois-quatre scènes, l'évènement est résumé, compressé, inconsidéré, et jeté aux oubliettes de Poudlard. Limite, je parlerais d' « anecdote » que cela ne me choquerait pas. Et l'inévitable se produit dans les dernières minutes du film, la révélation de l‘identité du prince est un coup de baguette dans l'eau, un des ces évènements qui seront pointés du doigt au moment du bilan.
Tout ceci provoque un sentiment presque indissociable de la série filmique Harry Potter : la déception. On a beau rester assis pendant 150 minutes, il ne se passe vraisemblablement pas grand-chose d'important, même avec le twist final qui n'en sera évidemment pas un pour les lecteurs. Les affrontements baguettes aux poings sont rarissimes, mais plutôt dynamiques par rapport aux précédentes rixes. Même constat pour les quelques flashbacks nous apprenant un peu plus sur le passé commun de Voldemort et Dumbledore, les scènes sont fortes et intéressantes mais ne sont pas assez nombreuses pour relever la barre significativement au moment du bilan.

Pourtant, tout n'est pas noir dans ce film. Enfin si, mais pas dans le sens péjoratif. Car si beaucoup furent déçus de la prestation du réalisateur David Yates avec l'Ordre du Phénix, dans le Prince de Sang-Mêlé elle se positionne comme le principal attrait. La mise en scène est plus technique, plus imaginative, plus rythmée, elle parvient à nous scotcher à l'écran pendant presque toute la durée. Elle parvient à se centrer sur Harry Potter et son crew tout faisant systématiquement allusion aux forces du mal, à travers le jeune Drago Malefoy. Virevoltante, la caméra traverse Poudlard sans arrêt pour retrouver les protagonistes et nous offrir les somptueux panoramas de l'équipe des effets spéciaux, qui ne pourront qu'être félicités au moment du bilan.
La photographie est également un point à apporter au crédit du film. La saga se plonge dans les couleurs sombres, un peu baroques, dépressives même dans les moments de lumières. Il y a du Voldemort là-dessous, c'est certain, l'école se montre bien éloignée de ce qu'elle était dans les premiers volets. Peut-être parce qu'il n'y a pas pratiquement plus de cours de magie ? En tout cas, le film s'enfonce dans les ténèbres à l'image de l'intrigue, qui atteindra un point culminant de noirceur dans les dernières minutes et qui augurent de bonnes choses pour le second volet, en admettant que le bilan de celui-ci soit positif.
Et consacrons maintenant un paragraphe à Tom Felton, alias Drago Malefoy, qui gagne enfin le rôle qu'il mérite. Très présent, même si c'est en filigrane, il aborde son background avec humilité et retenue, tout en cultivant un aspect inquiétant. Quelle est cette mystérieuse mission dont il se croit investie ? Personne ne semble y prêter attention, et pourtant la douleur s'affiche clairement sur le visage de l'acteur, tiraillé entre deux sentiments contradictoires. Son opposition avec Harry Potter est plus psychologique, tandis que le petit gars à lunettes s'inquiète du quidditch et de ses sentiments amoureux, Drago parcourt les couloirs du château en dessinant son plan virtuel. Passons au bilan.
Bilan, donc. D'un point de vue technique, Le Prince de Sang Mêlé assure sans conteste : réalisation au poil, effets spéciaux très réussis, photographie léchée, et rythme très abordable. Le film pêche surtout sur le fond, la faute toujours à des coupures énormes dans le jambon du livre, à quelques acteurs pas très inspirés, à une sentimentalité bien mal traitée. Du coup, on en ressort convaincu d'avoir regardé le meilleur épisode de la saga, tout en n'ayant rien retenu de ce foutoir pratiquement dénué de pics d'intérêt scénaristiques.
Nicolas []

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