5/10Harry Potter et le prisonnier d'Azkaban

/ Critique - écrit par Kassad, le 03/06/2004
Notre verdict : 5/10 - Prisonnier d'une formule (Ecrivez votre critique)

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Prisonnier d'une formule

Prisonnier d'un canevas

On le sait, la principale force de la saga Potterienne est aussi sa principale faiblesse. Une fois assis dans votre fauteil il vous est possible de prévoir à la seconde près le déroulement du scénario. Comme tous les ans Potter passe l'été chez ses horribles oncle et tante, il prend ensuite le train direction Poudlard pour une nouvelle année d'aventures (monstres, match de Quiddich etc.) en compagnie de Ron et Hermione. Drago Malfoy est toujours aussi gentil, merci pour lui, et Dumbeldore en fait des tonnes dans le rôle du vieux patriarche sympa... Bref ce n'est pas sous l'angle de la nouveauté que se poursuivent les tribulations de nos jeunes sorciers. Cela ravira sûrement les fans et finira d'achever les autres. Pour le troisième opus sachez simplement qu'un sinistre sorcier du nom de Sirius Black vient de s'échapper d'Azkaban et qu'il semblerait être à la poursuite d'Harry pour le tuer...

Un épisode de transition ?

La nouveauté la plus frappante se situe derrière la caméra. C'est Alfonso Cuaron qui est aux commandes en lieu et place de Chris Columbus qui avait dirigé les deux premiers. Est-ce que cela se sent ? La réponse est claire, oui la différence avec les deux premiers opus est sensible du point de vue du montage et de la mise en scène, mais la réponse est aussi que cela ne va pas forcément dans le bon sens. Peut-être est-ce dû à la répétition mais je l'ai trouvé nettement moins bon que les précédents. Un peu à la manière dont Mission Impossible 2 se compare au premier Mission Impossible. C'est à dire que le contrat n'est pas vraiment rempli. Comme je le disais ce qui peut énerver chez Harry Potter c'est cette répétition inlassable du même schéma. Cependant cette répétition a tout de même des intérêts : en introduisant de subtiles différences JK Rowling arrive à faire grandir son personnage de manière crédible (même si dans le tome 5, Harry Potter et l'Ordre du Phénix la machine s'est un peu enrayée). Or Alfonso Cuaron, péché d'orgueil, a carrément charcuté les poncifs Potteriens. Ainsi dans ce tome 3 on ne parle plus des collègues d'Harry (Hermione et Ron sont les seuls rescapés avec une mini apparition de Neville), ni des compétitions entre les différentes maisons et c'est à peine si les méchants syndicaux (Malefoy et ses comparses) apparaissent. Les traditionnels cours de magie sont eux aussi passés sous les fourches caudines. Je ne parle même pas du traditionnel match de Quiddich expédié en moins d'une minute trente. On pourrait multiplier les exemples. Malheureusement Cuaron ne fait rien des libertés qu'il se donne. Il se cantonne au récit des différentes aventures tout en perdant tout ce qui faisait la saveur, l'atmosphère de la vie à Poudlard. On peut à la limite apercevoir un début de "gothisation" avec des influences Burtoniennes rentrées (je pense notamment au saule cogneur, une référence en provenance directe de Sleepy Hollow), malgré tout très insuffisant.

Désespérement correct

Les écoliers de Poudlard sont à l'âge ingrat. Pas encore des adultes mais plus vraiment des enfants. Pas facile de rendre cette période de la vie sans être caricatural. Si nos trois héros ont troqué leurs petites tenues d'écoliers britanniques pour jeans et vestes de survêtement tendance, ils restent quand même bien gentils, voire gentillets. Jamais une grossièreté ne sort de leurs bouches. Ils sont asexués : pas d'allusions aux affaires de coeur. Ils en finissent par apparaître un peu benêts. De plus la psychologie des personnages secondaires, c'est à dire de tous excepté Harry, tient plus du dernier roman Arlequin que d'autre chose. C'est à peine si la "bonne élève" par excellence se fait remarquer. Quand à Ron j'ai bien peur que sa carrière d'acteur ne soit irrémédiablement compromise par sa non-performance et son insignifiance à l'écran.

Un film pour les petits et... les petits

Mais il ne faudrait pas se montrer trop méchant. Les 2h20 se passent rapidement et quelques scènes ne manqueront pas de vous enchanter (ne serait-ce que le vol d'Harry sur l'hypogriphe : un pur moment de glisse). Il paraît clair que le public visé est bien plus jeune que celui auquel les deux premiers s'adressaient. L'intrigue est simplifiée et tout est fait pour faciliter l'identification des enfants aux héros. Pour les plus grands les ficelles sont un peu grosses pour être oubliées et ils devront attendre le prochain opus qui promet un Harry en pleine crise d'adolescence, l'arrivée d'aventures plus complexes... et un nouveau réalisateur Mike Newell : rendez-vous en 2005 !