J.K. Rowling l’avait écrit sur la paume de sa main: l’été 2007 sera celui d’Harry Potter. Outre la saga littéraire où le point final de l’écrivain a plus de valeur que le portefeuille de la reine d’Angleterre, les fans ont pu aller assouvir leurs pulsions en se ruant sur les grands écrans, avec la sortie de l’Ordre du Phénix.

L'armée de DumbledoreQuoi de neuf depuis La coupe de Feu ? Notre testostéroné Harry subit toujours les charriages de son cousin Dudley, mauvais garçon voué à devenir un délinquant de banlieue. Un quotidien qui va être perturbé par l’arrivée de deux Mange-Morts présents exprès à Privet Drive pour venir aspirer son âme. De justesse, Potter s’extirpe de ce mauvais pas en faisant appel à son Patronus cervidé. Mais l’incident fait du bruit au ministère de la Magie qui décide le renvoi imminent d'Harry Potter de Poudlard pour avoir commis la terrible infraction d’usage de sortilège en présence d'un Moldus. Notre héros post ado pourra cependant compter sur le soutien discret de Dumbledore pour le tirer de ce faux pas. Mais les rumeurs enflent : Voldemort serait-il de retour ? Le ministère ne peut accepter cette vérité. Commence alors pour Harry et ses amis une année scolaire particulière, où lutte des idées ira de pair avec la confrontation des clans.
Dans la saga cinématographique de Harry Potter, les cinéphiles ont pu découvrir trois phases : les deux premiers Harry Potter de Chris Colombus, très propices à la béatitude simplette tout en restant fidèle à la ligne près au roman d’origine, quitte à paraître niais. Vint ensuite Le prisonnier d’Azkaban qui décida de bien charrier le monde enchanté de Chris en mettant un terme aux prémices vestimentaires de Poudlard, tout en instaurant une atmosphère inquiétante rendant alors l’univers de notre sorcier à lunette plus intéressant. Vint ensuite la Coupe de Feu, hachurée sur le plan narratif mais où les acteurs laissaient enfin apparaître des facettes plus complexes de leur personnalité, à côté de la teneur des scènes d’actions.

Une petite nouvelle chez les Serdaigle,
Luna LovegoodHarry Potter et l’Ordre du Phénix n’avait rien à envier sur le plan littéraire à La Coupe de Feu. L’épaisseur du livre avait de quoi faire frémir le scénariste que les studios avaient désigné pour cette tâche ingrate : rester fidèle à l’intrigue tout en synthétisant de manière crédible le roman. Pour remplir cette mission à haut risque, la production Warner a fait appel cette fois-ci à Michael Goldenberg, scénariste ayant déjà travaillé récemment le dernier Peter Pan sorti en salle (mais si, celui où Ludivine Sagnier a pu donner une touche hexagonale grâce à ses grimaces). Ce dernier reste fidèle cinématographiquement aux interprétations de ses précédents confrères. Ainsi, nous avons enfin un juste équilibre entre les traditions anglo-saxonnes revues par Poudlard et le côté laxiste des ados. Sur le plan de l’intrigue, Harry Potter 5ème du nom souffre moins de cette impression de synthétisation du livre en bloc par rapport au volet précédent. Les épisodes quotidiens de notre sorcier paraissent ainsi plus fluides à suivre, et permettent au public de passer un bon moment lorsqu’ils visionneront le film. D’un côté, la sauce Rowling commence à se répéter : on torture les personnages et on ajoute un mort à la fin pour dramatiser le tout. De l’autre le réalisateur se focalise sur les personnages. Evanna Lynch, qui fait sa première apparition à l’écran, campe une Luna Lovegood assez mystique et sortant des stéréotypes, même si elle se révèle être un soutien tombé du ciel. La véritable révélation du film demeure Imelda Stauton campant une Dolorès Ombrage complexe, cachant sa folie sadique derrière son sourire angélique et ses goûts "grand mère sait faire un bon café". Seul regret chez les acteurs : le manque de mise en avant d’Alan Rickman, toujours aussi génial en Severus Rogue, mais restant en retrait par rapport à la place de choix qu’il avait dans le récit d’origine.
Niveau mise en scène, David Yates s’en sort plutôt bien. Très apprécié dans le milieu pour sa réalisation, l’homme parvient à conserver l’atmosphère inquiétante dans ce dernier opus. Ses plans soignés sont plus visibles au début du film avant de reprendre un cheminement classique laissant la place aux images de synthèse. Sur le plan esthétique, nous pouvons saluer les prouesses techniques pour renforcer l’aspect émotionnel des personnages fictifs. Creatture, dont la frêle silhouette ne vient pas perturber l’intrigue, fait pourtant des apparitions remarquées à l’écran. Il en va de même pour Graup, où les graphistes ont fait un travail remarquable pour humaniser au mieux le géant maladroit. Face à ces réussites, il faut cependant noter une certaine déception au niveau des décors représentant le ministère de la Magie au début du film, à la fois kitchs et gothiques, et certaines scènes d’action, réussies visuellement mais manquant peut-être de consistance.

Machiavélique Dolorès OmbrageBilan de ce dernier opus, Harry Potter et l’Ordre du Phénix demeure un blockbuster réussi pour ceux qui n’auront pas lu le livre (si, si, ça existe !) et confirmera le fait que notre sorcier devient de plus en plus intéressant au fil des épisodes relatés sur grand écran. Les fans invétérés connaitront sans doute certaines frustrations car ils scruteront les détails minutieux qui ont été jetés à la trappe. Mais même si on assimile volontiers la main de J.K. Rowling à celle de Dieu, notre déesse n’aura pas écrit sur ses tables de la loi que les adaptations cinématographiques feront de l’ombre aux récits littéraires d’origines. En attendant, Harry a bien exécuté sa formule magique pour que tout le monde vienne se ruer avec plaisir sur les écrans.
David Yates a signé une nouvelle fois pour se faire les doigts sur Le prince au sang mêlé, les trois bambins les plus riches d’Angleterre ont confirmé leur présence jusqu’à la fin de la saga. Des interrogations en moins sur les éventuelles boucheries que nous réserve l’avenir. Attendons la suite sereinement.
Guillaume []

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