3/10Le Transporteur 3

/ Critique - écrit par riffhifi, le 26/11/2008
Notre verdict : 3/10 - Vas-y Frankie, c’est long (Ecrivez votre critique)

Boire ou conduire, faut-il choisir ? En tout cas, après avoir vu Le transporteur 3, on a envie de boire. Beaucoup. Et pas de l'eau. Espérons que Luc Besson ne passe pas la quatrième sur cette franchise-là.

Parti tourner L'incroyable Hulk pour Marvel, Louis Leterrier abandonne la réalisation du troisième Transporteur à l'excité Olivier Megaton (un nom dur à porter pour les femmes de la famille), qui hérite du colosse Jason Statham, du flic décoratif François Berléand et du scénario signé des duettistes Luc Besson et La roulette russe, c'est moins drôle à deux
La roulette russe, c'est moins drôle à deux
Robert Mark Kamen. Youpi ?

L'intrigue-prétexte, d'habitude, affiche un semblant de cohérence qui permet de s'intéresser aux séquences d'action avec l'attention qu'elles méritent. Ici, sans doute à la suite d'un problème de délais, le script prend la forme d'un amas de lieux communs assemblés entre eux avec du gros scotch marron, masqués par la couverture du mystère que constitue la mission de Frank Martin (Jason Statham) : menacé par un vilain Américain (Robert Knepper), il doit conduire une bagnole avec une passagère dont il ne veut pas, pour transporter un colis inconnu à un endroit qu'il ne connaît pas. Pendant ce temps, un ministre russe (Jeroen Krabbe, tombé bien bas depuis les premiers films de Paul Verhoeven) se fait mettre la pression pour signer des contrats dégueu. A mesure que le jour se fait sur les rouages de l'histoire, on prend la mesure de sa bêtise phénoménale, le genre de bêtise qui donne envie de se cogner la tête contre un escalier en marbre, de s'arracher les yeux pour les bouffer avec du tabasco ou d'aller lacérer l'écran du cinéma pour envoyer les morceaux à Luc Besson en promettant le même sort à la peau de son dos. Pour supporter la vision du film, il convient donc de faire totalement abstraction de son scénario, ainsi que de ses dialogues empruntés aux pires romans de gare et aux derniers des torchons à l'eau de rose de la collection Harlequin, pour se concentrer exclusivement sur le tatanage. Après tout, c'est bien ce qu'on est venu voir : Jason Statham en costard qui marave de l'affreux sans jamais verser une goutte de sueur. On vous a recommandé de laisser tomber l'intrigue, donc vous ne remarquerez pas à quel point les scènes d'action tombent Cet homme peut casser des noix avec ses omoplates.
Cet homme peut casser
des noix avec ses omoplates.
dans le film comme une perruque dans un bouillon (en gros, les commanditaires de Frank passent leur temps à vouloir le dérouiller, sans logique apparente)... Les deux premières bastons remplissent leur contrat, le chorégraphe Cory Yuen ayant décidé de confier à son héros la maîtrise de la veste et de la chemise comme armes de poing : Statham en profite pour exhiber à qui veut les voir ses biscotos impressionnants et ses tablettes de chocolat que même chez Nestlé ils en ont pas d'aussi grosses. Problème : la fréquence des dites séquences d'action baisse à mesure que le film progresse (c'est pas l'inverse en principe ?). Après la scène de vélo marrante que promettait la bande-annonce, on n'a plus droit qu'à un interminable road-movie ponctué de musique ipope au cours de laquelle la mignonne Natalya Rudakova se débat dans un rôle insupportable qui donne plus envie de la tartiner de beignes que de confiture. Jason Statham, de son côté, n'a pas plus de bol avec son Frank Martin désespérant (pas de drogue, pas d'alcool, pas un mot plus haut que l'autre) et voit son charisme naturel complètement sous-exploité par le réalisateur.

A l'issue d'un dernier quart d'heure qui tente de sauver les meubles en réinjectant la fantaisie qui avait rendu les deux premiers opus supportables, le film s'éteint dans une scène bucolique qui ne permet pas d'oublier l'esthétique laborieusement clippesque du reste (Megaton vient du clip), ni surtout l'indigence d'une production qui marque les dix ans de forfait d'Europacorp dans le genre (Taxi, 1998).