6/10Soyez sympas, rembobinez

/ Critique - écrit par riffhifi, le 06/03/2008
Notre verdict : 6/10 - Hypogondry (Ecrivez votre critique)

Tags : film michel cinema films gondry sympas soyez

Ni suffisamment fou ni soigneusement écrit, Soyez sympas rembobinez est une relative déception pour les fans de Michel Gondry comme pour ceux de Jack Black.

Jack Black est une tornade comique : que ce soit pour son groupe de rock Tenacious D ou comme vedette de comédies telles que Rock Academy ou Super Nacho, Black a la mimique qui tue et la frénésie de la couillonnade. Michel Gondry, quant à lui, est un génial bricoleur d'univers ultra-personnels, rôdé à l'école du clip et de la pub mais ayant prouvé sa capacité à s'exprimer pleinement dans le long métrage grâce à ces perles de poésie que sont Eternal Sunshine of the Spotless Mind et La science des rêves. Du coup, on attendait beaucoup de la réunion des deux sur un concept aussi rigolo que le remakage sauvage des classiques de vidéo club... Dommage que la tambouille ne prenne pas.

Jerry (Jack Black) aime zoner dans le vidéo club pourri où Mike (Mos Def) travaille. Le jour où Jerry efface accidentellement toutes les cassettes, les deux hommes décident de filmer eux-mêmes des remakes à l'arrache des films qu'on leur demande. SOS fantômes, Rush hour 2, Miss Daisy et son chauffeur... Le plus dingue n'est pas qu'ils le fassent, mais que les clients soient satisfaits !

A travers l'activité novatrice de ce vidéo club improbable qui ne propose au quidam de 2008 que des VHS de films datant majoritairement des années 80, Grobocop
Grobocop
Michel Gondry évoque une vérité incontestable : la pratique du cinéma est désormais à la portée de tous. N'importe qui peut attraper sa caméra vidéo et tourner n'importe quel film pour une somme dérisoire, et le partager avec le monde entier sur Internet. Sauf que dans la vraie vie, le film amateur de 20 minutes tourné en une après-midi par deux ahuris enthousiastes mais incompétents n'a quasiment aucune chance de surnager dans l'océan que constitue Youtube. En admettant qu'il y surnage, il ne risque pas d'apporter à leurs auteurs autre chose qu'une reconnaissance venant d'un public de geeks. Et si jamais ils venaient effectivement à gagner du pognon avec de telles productions, la presse se saisirait de l'affaire bien avant qu'un procès leur soit intenté pour plagiat. Autant dire que le scénario Soyez sympas rembobinez ne s'encombre pas de la moindre crédibilité... Sans parler du fait que tourner un film de 20 minutes (qui soit regardable sans donner envie de se jeter par la fenêtre) en une après-midi est tout simplement impossible, même en admettant que tous les plans soient "réussis" dès la première prise et que le montage soit (!) inutile.

On objectera que Gondry construit là un univers décalé, surréaliste, sans prises avec la vraie vie ; mais il y a une différence entre surréalisme et irréalisme, et si le premier traversait allègrement les films précédents du réalisateur, c'est le deuxième qui Tenacious D Z
Tenacious D Z
afflige celui-ci d'une mécanique interne mal fichue, et empêche de s'intéresser réellement à l'histoire ou aux personnages. Ce qui ne serait pas forcément dramatique si le but était de laisser les acteurs en roue libre dans un kaléidoscope de remakes "suédés" hilarants. Sauf que de ce côté-là, c'est la (relative) déception : la plupart des remakes sont contenus dans la bande-annonce, ainsi que 90% des gags du film, et le reste ne sert qu'à dérouler une intrigue bien trop faible (et trop hollywoodienne, un comble pour un auteur aussi atypique que Gondry) pour emporter l'adhésion. On se consolera avec l'inépuisable inventivité visuelle du réalisateur (ah, ce plan-séquence incroyable qui voyage d'un remake à l'autre !) et un beau casting où les deux héros sont entourés de Danny Glover, Mia Farrow ou encore Sigourney Weaver.