Boyz in the hood est une oeuvre importante, marquante. C'est le tout premier film d'envergure sur le thème des ghettos noirs américains. L'impact du film est décuplé par le fait qu'il a été écrit et réalisé par un tout jeune réalisateur noir lui-même issu des quartiers pauvres, John Singleton, qui a rédigé le scénario du film alors qu'il était encore en école de cinéma. Tourné avec un budget de six millions de dollars, Boyz n the hood rapportera dix fois cette somme. Il s'agit alors du plus grand succès au box office pour un film réalisé par un auteur noir.
Contenus, brimés, les « afro-américains » comme on les appelle, avaient besoin de s'exprimer, et Boyz n the hood, suivi deux ans plus tard par Menace II Society d'Albert et Allen Hugues, va être un déclencheur. Aux états unis, la sortie du film provoque des émeutes dans les salles de cinéma. A l'étranger, la presse est positivement fédérée. En France, de Libération au Figaro, c'est un concert de louanges qui accompagne la sortie du film en salle. Lorsque l'on consulte aujourd'hui les photographies promotionnelles et jaquettes du film, on se dit qu'il a très certainement mal vieilli. Boyz n the hood, c'est aussi un témoignage des premiers temps fort du hip hop. Polos jaunes amples à la Will Smith et grosses casquettes rouges vissées à l'envers sur la tête. Mais le coté déjà kitsch du film ne l'handicape qu'à peine, tant les problèmes évoqués sont cruciaux et malheureusement encore bien ressentis. Le film s'ouvre sur une statistique : « Un homme noir américain sur vingt et un meurt assassiné. Ces crimes sont majoritairement commis par d'autres hommes noirs ». John Singleton, avec Boyz n the hood, parle de la souffrance noire américaine avec moins de cynisme et d'ambiguïté que l'a fait Spike Lee deux ans plus tôt avec son très troublant Do the right thing. L'auteur dénonce une ghettoïsation appuyée par une Amérique qui se frotte les mains de voir ses minorités s'entretuer. Singleton semble vouloir dicter sa pensée par la bouche de l'excellent acteur Laurence Fishburne (Morpheus dans Matrix), qui incarne Jason 'Furious' Styles, le père de Tré, personnage principal. A plusieurs moments du film, tel Malcom X, ce personnage charismatique tient un discours radical sur le ghetto. En répondant à la logique des gangs, à la surenchère de violences et de vengeances, les jeunes noirs ne font en fait que développer l'extinction de leur propre communauté.
Boyz n the hood développe des sentiments entre le spectateur et ses trois personnages principaux : Tré Styles, qui a la chance d'être bien cadré par son père, Darin et Ricky, deux frères. Darin (incarné par le rappeur Ice Cube) est un petit grassouillet qui tombe rapidement dans la délinquance et multiplie les séjours en prison. Ricky, préféré par sa mère, s'en sort grâce au sport et se bat pour devenir quelqu'un au travers du football. Le film commence par les suivre enfants, puis les retrouve des années plus tard, jeunes adultes. Si Singleton s'attache à faire de ces personnages des êtres familiers, c'est bien évidemment pour mieux prendre le spectateur par les sentiments ensuite. Le final va crescendo, démontrant l'escalade dramatique de la violence, et sera repris sous une forme plus ou moins similaire dans la plupart des films du genre. Le message est clair, Singleton condamne l'escalade violente et souffle à l'oreille de ses voisins de quartier de prendre conscience du massacre. Le film ne peut pas contenir sa rage, et dénonce en vrac les policiers brutaux, le gouvernement déserteur et les revendeurs d'armes et d'alcool. Les jeunes traînent en bande sur le pas de la porte du meneur. Le langage tenu est outrancier au possible. Singleton constate, pour autant, il ne tente pas réellement d'expliquer le pourquoi de l'explosivité des banlieues. A vrai dire, si beaucoup s'y sont essayés, aucun n'a jamais dévoilé de formule magique. Et sur un sujet aussi complexe et explosif que celui là, c'est bien normal.
Suivront d'autres films tout aussi remarqués, qui empruntent à peu près le même schéma scénaristique pour parler des ghettos, dans différents pays, comme La Haine de Matthieu Kassovitz ou encore Cidade de Deus de Fernando Meirelles. Un film à l'origine d'une lignée, d'une souffrance contenue qui a finalement percé au cinéma. Pour ce qui est du réalisateur Singleton, contrairement à des auteurs comme Spike Lee, il n'a pas confirmé son excellent départ dans le monde du cinéma. Un peu plus de dix ans après ce premier film, il réalisera 2 Fast 2 Furious.
iscarioth []

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