8/10Saw III

/ Critique - écrit par Lestat, le 26/11/2006
Notre verdict : 8/10 - Mondo cane (Ecrivez votre critique)

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Mondo cane

Le cinéma d'horreur, on l'oublie parfois, est l'un des nombreux miroirs d'un temps ou d'une société donné. Chaque époque a ses monstres, ses plaies, ses peurs, que les images vont symboliser pour les montrer du doigt ou au contraire les exorciser. Aujourd'hui, en 2006, alors que les médias n'en finissent plus d'aligner des événements plus dramatiques les uns que les autres, il n'est pas surprenant de voir arriver sur les écrans un film aussi nihiliste et désespéré que Saw 3.

La critique qui suit est celle de la suite directe de Saw 1 et 2. Des éléments relatifs à l'un et l'autre y seront donc dévoilés.

Comme le disait fort à propos Wes Craven dans Scream 3, le troisième volet d'une trilogie est celui où tout peut arriver. S'il est encore trop tôt pour dire si la franchise Saw connaîtra un nouveau chapitre, Saw 3 est indéniablement celui qui boucle la boucle. C'est le film des révélations, des éclaircissements, le dernier morceau du puzzle, remontant jusqu'au contestable coup de théâtre du premier opus qui trouve là une légitimité bienvenue. Cette cascade d'explications, c'est la récompense qui trône au bout d'un jeu de l'oie pervers, piégeant le spectateur dans un spectacle funèbre, où l'incroyable interdiction du film aux mineurs trouve sa justification dans une atmosphère étouffante et sordide. Que cela soit dit, nonobstant la surenchère gore plus ou moins dérangeante (oscillant entre grand-guignol et scènes à fractures particulièrement dures à regarder), on sort de Saw 3 plus sale qu'en y entrant.

Saw 3 est un univers de cri, de douleur et de maladie, où évoluent des personnages recherchant péniblement la reconnaissance ou la rédemption, face à un monde qui préfère les ignorer. Le Tueur au Puzzle, que sa tumeur au cerveau n'en finit plus de tuer. Amanda, désormais son bras armé, qui trouva dans cet homme fascinant le point de chute qu'elle recherchait. Voilà pour les chasseurs. Les gibiers, c'est un médecin accroc aux "cachets", dont le mariage bas de l'aile. Et Jeff, un père cherchant à se venger du meurtrier involontaire de son fils. Ils ont tous un poids en eux, un poids qui ne demande qu'à sortir et qui ne trouve de palliatif que dans le meurtre ou les drogues. Si calvaire de Jeff, contraint à pardonner et à oublier son enfant décédé pour sortir lui même de ce cauchemar, est suffisamment sinistre et dérangeant pour porter le film, son intérêt n'est pourtant pas là. Plus question de se cacher, de brouiller les pistes ou de se lancer vainement derrière des paumés en quête d'un dernier acte héroïque pour se racheter une conscience. Dans Saw 3, ces survivants de la vie n'existent plus, tout le monde est intérieurement mort, personne n'a rien à perdre. Place donc à Amanda et John, l'une au chevet de l'autre, dans un huis-clos tour à tour touchant et cruel. Touchant, le mot est lâché. Vaguement amorcée dans Saw 2, l'étrange relation maître-disciple d'Amanda et John Cramer connaîtra ici tout son développement. Car là où Saw 2 était l'épisode du Tueur au Puzzle, Saw 3 est bien celui d'Amanda. Amanda qui s'automutile pour oublier les narcotiques. Amanda, tombée presque par amour dans la folie meurtrière, qui défaille face à son mentor agonisant. Eprouvant et audacieux, Saw 3 devient ainsi d'une force étonnante, renforcée par une réalisation moins clip qu'à l'accoutumée (bien que quelques rechutes subsistent) et un visuel soigné. Pour tout cela, et ne serait-ce que pour cela, Saw 3 enterre sans problèmes ses deux aînés.

Mais il y a autre chose. Saw 3 est en effet très différents de ses prédécesseurs, qui n'étaient que des films d'exploitation plus ou moins réussis. "Regarde-moi", hurle John Cramer dans les rongements de son cancer. Sous ses débordements d'hémoglobine crapoteuses, Saw 3 est également un film profondément déprimant, nous obligeant à regarder la mort en face, à l'accepter, même la plus injuste ou la plus horrible, sans mettre du vernis dessus parce que c'est laid ou déplacé. Saw et Saw 2 divertissent. Saw 3 fait mal...