Si Saw premier du nom, sympathique, référentiel mais non dénué de défauts, fut survendu à outrance pour ce qu'il n'était pas, l'histoire ne s'est pas répétée pour son rejeton. Un petit scandale d'affiche par ci, les déclarations enthousiastes de James Wan et du producteur Gregg Hoffman par là -ce dernier est aujourd'hui décédé, paix à son âme-, mais rien qui ne puisse réchauffer l'atmosphère frileuse qui entourait ce Saw 2, décrié d'avance tant pour sa conception express que pour des raisons aussi farfelues que le patronyme de son réalisateur -Bousman, qu'est ce qu'on rigole-. D'une manière générale, disons tout net que Saw se suffisait largement à lui même et n'avait pas besoin d'une suite. Et d'une certaine façon, c'est peut être ce qui a sauvé ce Saw 2, le fait que personne ou presque ne l'attendait, le mettant d'emblée au niveau réel de son premier : une petite série B qui ne révolutionne pas grand chose mais qui quelque part, fait plaisir à voir.
Saw 2 se place dans la continuité de son aîné, en... oh j'oubliais, si vous n'avez pas vu le premier Saw, dirigez-vous vers le troisième paragraphe. Nouveau concept krinein : la critique dont vous êtes le héros ! Saw 2 donc, est dans la juste continuité de son prédécesseur, qu'il complète d'une manière pas plus bête qu'une autre. Eric Mason, divorcé, père problématique et accessoirement, inspecteur de police aux lourds états de service, retrouve son informateur la tête écrabouillée dans un de ces casque infernal façonné par le Tueur au Puzzle. Il finira par l'arrêter, au terme d'une courte enquête. Trop courte hélas : le Tueur, mourrant de son cancer, a réservé une petite surprise à l'inspecteur. Les écrans s'allument : dans une pièce, sept personnes sont là, hagardes, apeurées. L'une d'elle est le fils de l'inspecteur Mason...
La partie recommence. Ils ne sont plus deux, mais sept. Ils ne sont plus dans une salle de bain, mais dans une maison toute entière. La police n'est plus aux trousses du tueur, mais face à lui, entre quatre yeux. Saw 2 se présente sous la forme de deux faux huis clos qui s'entrelacent, l'un psychologique, mettant en scène l'inspecteur Mason cuisinant le Tueur au Puzzle, l'autre plus physique, suivant les déboires des prisonniers cloîtrés dans cette maison de tous les dangers. On a beaucoup parlé de "Fort Boyard meurtrier" à l'occasion de Saw, et il faut reconnaître que pour Saw 2, l'expression se vérifie tout à fait, avec cet échantillon humain, passant de salle en salle à la recherche d'un antidote ou tout simplement du moyen de sortir. Mais c'est toujours à Cube que l'on revient finalement, Cube, ses pièces piégées et ses personnages taillés à la serpe devenant leurs propres ennemis. Sans la même finesse, hélas. Un four, une cuve remplie de seringues -scène ignoble !-, des mécanismes tordus, Saw 2, beaucoup plus gore, méchant et sadique que son aîné, met un point d'honneur à faire mal dans les sévices infligés. Violent et graphiquement explicite, Saw 2 donne pourtant à ses personnages une tournure désespérante, enchaînant les comportements ballots, aucun n'ayant idée de se méfier de quoi que se soit ou de tirer des leçons des tragédies. De fait, l'ensemble devient relativement prévisible lorsqu'il ne se pare pas de second degré involontaire. Tiens, des trous, et si j'y mettais les mains ? Ah ben fallait pas...Un bémol qui s'ajoute à des fautes déjà présentes dans le premier Saw : un twist improbable et des scènes chocs filmées en dépit du bon sens. Darren Lynn Bousman, ancien clippeur, fait du sous-Tony Scott. Si ce style lui permet de gérer son double huis-clos de manière efficace -mieux que James Wan en son temps-, les mises à mort, déjà très graphiques en elles-mêmes, s'en trouvent désamorcées par trop plein d'esthétisme et d'images saccadées. Le film n'en reste pas moins éprouvant, mais quel moment de barbarie aurait pu être ce Saw 2 si plus brut ! Heureusement, nous retrouvons avec plaisir des aspect plus enthousiasmants, eux aussi hérités du premier Saw. Une absence de concessions, qui trouvera écho jusque dans le comportement politiquement incorrect de l'inspecteur Mason. Quelques légers clins d'oeil. Ainsi que cette figure intrigante qu'est le Tueur au Puzzle qui dévoilera toute sa face cachée. Invisible ou peu s'en fallait dans Saw, notre serial killer est ici en pleine lumière, évoquant son oeuvre et son passé de sa voix douce. En cela, Saw 2 est bel est bien pensé comme suite à une base existante, développant les matériaux premiers pour un spectateur avide d'en savoir plus.
Efficace bien que trop prévisible, violent bien que trop léché et intéressant bien qu'écrit un peu de travers, Saw 2 est au final un moment sympathique pour qui n'est pas révulsé par la saleté et l'hémoglobine. Bien rattaché au premier film, Saw 2 fait figure de suite honnête, sans doute dispensable, mais pas spécialement déshonorante. Certes, on aura vu mieux, et de loin, mais l'aspect frondeur, la qualité du casting -dont Beverly Mitchell, ex de 7 à la Maison- et le moins de 16 ans bien justifié font passer la pilule sans soucis. Et plus que tout, Saw 2, dénué de tout sillage si ce n'est négatif ou prudent, se regarde d'une façon vierge de toute attente. A défaut de décevoir, Saw 2 divertit agréablement.
Lestat []

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