6.5/10Le rêve de Cassandre

/ Critique - écrit par riffhifi, le 05/11/2007
Notre verdict : 6.5/10 - Dreams are my reality... (Ecrivez votre critique)

Un nouvel essai dans la direction de Match point, moins intéressant mais soutenu par deux acteurs de talent.

Woody Allen semble avoir définitivement quitté les rues de New York. Après Match point et Scoop, Le rêve de Cassandre est son troisième film tourné en Angleterre, en attendant Vicky Cristina Barcelona tourné... en Espagne. Quant au ton de cet Allen nouveau, est-il plutôt Match point ou plutôt Scoop ? Réponse 1, jugez plutôt :

Ian (Ewan McGregor) et Terry (Colin Farrell) sont deux frères à la vie mollassonne : le premier aide son père à gérer les comptes d'un restaurant qui marche mal, tandis que le deuxième travaille dans un garage et passe son temps libre à gagner et perdre de l'argent au jeu. Tous deux ont une idole : leur oncle Howard (Tom Wilkinson), businessman plein aux as qu'ils ne voient que rarement. Ils profitent donc de l'un de ses passages en Angleterre pour lui réclamer de l'argent ; mais c'est à lui de leur demander un service, de ceux qui ne s'accordent pas à la légère...

Colin n'est pas un poisson, Ewan n'est pas tout puissant
Colin n'est pas un poisson,
Ewan n'est pas tout puissant
Un Écossais et un Irlandais sont dans un bateau. Ce bateau s'appelle le rêve de Cassandre, c'est celui que les deux frères s'achètent au début du film. Très rapidement pourtant, ils oublient qu'ils ont ce bien commun, cette planche de salut vers un havre de tranquillité simple. Ils se laissent enfermer dans une logique absconse qui les pousse à accepter un marché inhumain sans en évaluer réellement les conséquences. On est loin de l'arriviste cynique et immoral de Match point : ici, les deux jeunes gens sont victimes de leur manque de recul et de jugement, malgré l'intelligence supposée du personnage de Ewan McGregor. Emportés tous deux dans le tourbillon de leurs soucis immédiats (payer ses dettes pour Terry, garder sa somptueuse nana pour Ian), ils se jettent à corps perdus dans un projet que la plupart des gens auraient simplement refusé à leur place...


"Puisqu'on est quatre on pourrait
peut-être... jouer au bridge ?.."
Si Woody Allen se devine derrière la caméra, notamment par de longs master shots qu'on suppose en partie improvisés, on ne reconnaît de lui ni les bons mots new-yorkais, ni même la noirceur et l'originalité d'un Match point qui restera sans doute un cas à part dans sa filmographie. Car si ce film-ci s'en rapproche par le ton et la volonté de livrer une petite fable sur les rouages de l'être humain, il finit par n'user que des codes les plus convenus du film noir. Restent l'interprétation remarquable et toute en retenue des deux interprètes principaux, Colin Farrell réussissant le tour de force de faire oublier ses sourcils d'habitude si envahissants, qui laissent parfois à penser qu'il a piqué la moustache de Magnum pour se la coller au-dessus des yeux.

Le rêve de Cassandre, s'il ne brille pas dans la filmographie de Woody Allen, permet de supposer que depuis Melinda et Melinda (2004), un film (raté) mi-comédie mi-tragédie, il a décidé d'alterner régulièrement les comédies et les drames. A raison d'un film par an, on est prêt à voir le résultat... Rendez-vous l'an prochain pour une comédie !