9/10Quand Tarantino visite le Far West, ça donne Django Unchained

/ Critique - écrit par Hugo Ruher, le 21/01/2013
Notre verdict : 9/10 - Le D est muet... (Ecrivez votre critique)

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Aah Tarantino… le cinéaste tellement prévisible qu’il en devient surprenant. Trois ans après Inglourious Basterds, il revient pour s’attaquer au Western dans Django Unchained. Donc comme on commence à un peu connaître le bonhomme on s’attend à des plans léchés à la Sergio Leone, des personnages badass qui prennent des poses sur de la musique cool et des guns dans tous les sens. Et c’est exactement ce qu’on a. Et pourtant, le tout est tellement maîtrisé, tellement travaillé, que jamais l’impression de déjà-vu ne se pointe, même durant les 2h45 du film. Voyons un peu pourquoi…

Un Western selon Tarantino, qu’est-ce que c’est ?

Parlons d’abord un peu du scénario, même si avec la tonne d’articles sur le sujet depuis presque deux ans on a un peu été mis au courant. L’histoire est celle de Django, un esclave noir enrôlé par un chasseur de primes allemand, le docteur Schultz, qui a besoin d'aide pour un contrat. Mais Django veut retrouver sa femme, également esclave, et le gentil docteur va finir par l’aider dans sa quête. Ceci qui va les mener chez l’impitoyable Candie, un riche exploitant particulièrement cruel qui possède la donzelle.

Oui je sais, on n’est pas loin du « Mario va sauver Peach dans le château de Bowser ». Cela dit, venant du type qui nous a fait un film à partir de « des truands sont dans un entrepôt », et deux autres sur « Uma Thurman veut buter David Carradine », pas trop de surprises de ce côté-là. En plus on retrouve un peu les mêmes problématiques que dans Inglourious Basterds, avec la thématique de la vengeance des opprimés, cette fois les Noirs pour remplacer les Juifs. Passons donc plutôt au cadre du Far West et son esthétique revue par notre Quentin.


Schultz enseigne les subtilités du métier à Django.

On pourrait craindre qu'en voulant se saisir du genre du Western, Tarantino ne nous noie sous des tonnes de références cinématographiques. C'était un peu la dérive dans Inglourious Basterds mais cette fois, il a l’air de s’être un peu calmé. On retrouve bien sûr des procédés clairement signés Sergio Leone, notamment sur l’utilisation des zooms et sur les transitions, ainsi qu’un peu de True Grit. Mais ce qui est louable de la part du réalisateur, c’est de savoir donner une identité et une esthétique propres à son film. Ceci le distingue d’ores et déjà de son prédécesseur et permet de vraiment regarder un film, et pas un catalogue pour cinéphiles.

Même dans la musique choisie, Tarantino arrive à sortir de l'hommage pour nous surprendre. On trouve bien sûr du Ennio Morricone mais aussi de la pop et même du rap. Et croyez-le ou non mais des cow-boys qui marchent en file indienne sur fond de soleil couchant sur du Tupac, ça en jette ! La musique est totalement au service de ce qui se joue à l’écran et elle n’est pas qu’un prétexte à sortir toujours plus de références.

Et pour quelques fous de plus

Au niveau de la réalisation, les plans sont bien sûr magnifiques et très maîtrisés, on sent que le réalisateur a su se poser. Oh, ne vous inquiétez pas, vous verrez quand même du ketchup, avec des explosions de boyaux démesurées. Mais ce genre de scènes se fait un peu plus rare et ce n’est pas tellement ce qu’on retient du film. Contrairement à ce qu'annonce le titre, Django n'est pas si déchaîné et justement, pendant une bonne partie du film, il se doit de se maîtriser, ce qui n'est facile ni pour lui, ni pour le réalisateur.


Django à Candyland, la propriété de Candie.

Finalement, le film aurait pu être tout aussi bon sans ce cadre, qui n’est qu’un prétexte à faire évoluer des personnages complexes et très développés. Pour commencer, évoquons un peu le rôle-titre incarné par Jamie Foxx. C’est assez rare pour être signalé dans un film de Tarantino : Django est un personnage moins bavard que ses compagnons. Il est obsédé par l’idée de retrouver sa femme, ce qui le rend assez agressif, mais toujours en retenue. C'est le personnage qui transmet le plus d’émotions, et, encore une fois, on n’est pas forcément habitué à ça chez ce cher Quentin.

Le personnage certainement le plus drôle est Christoph Waltz, dans le rôle de ce chasseur de primes distingué, qui n’hésite pas à se lancer dans de longues tirades au vocabulaire riche. Ce qui dénote un peu avec sa manie de dézinguer à tout va sans sourciller. Son caractère détendu et mondain contraste avec la rage silencieuse et l’aspect brut de Django, ce qui est la source de nombreuses scènes très drôles.

Il y a aussi bien sûr Leonardo DiCaprio, alias Calvin Candie, le riche propriétaire sadique, violent, inculte mais très doucereux et calme quand il le faut. Ça faisait longtemps qu’un méchant n’avait pas été aussi jouissif, le genre qui sait qu’il est méchant et qui aime ça. Si Django est l’émotion et Schultz le rire, Candie est définitivement la violence et le sadisme, indissociables de la filmographie de Tarantino.

Il faut aussi évoquer rapidement Samuel L. Jackson, dans le rôle secondaire de Stephen, l’esclave de Candie. Un des personnages les plus intéressants du film, par son aspect un peu inquiétant puis franchement effrayant.

Mais pour une fois, Tarantino n’a pas cherché à créer de longs dialogues sans intérêt et toutes les interactions entre ces personnages sont drôles, touchantes ou très fortes. Ce choix ne fait que renforcer leur complexité et donner au film une véritable identité, affranchie des œuvres desquelles il s’inspire.

 

Pour finir, on peut dire sans prendre trop de risques que Django Unchained est un des meilleurs Tarantino. Il arrive à susciter beaucoup de rires et d’émotions, tout en jouant sur un côté badass toujours aussi délirant. Le fait que de telles scènes soient plus rares qu’à l’accoutumée renforce d’ailleurs le plaisir qui en ressort. Pas seulement un détournement des clichés du Western, mais aussi un grand film comme on en fait peu.