3/10La personne aux deux personnes

/ Critique - écrit par riffhifi, le 19/06/2008
Notre verdict : 3/10 - Chabat pas du tout (Ecrivez votre critique)

Nicolas & Bruno sont deux personnes. Daniel Auteuil aussi. Mais un concept ne fait pas un film, et le recyclage d'idées et de tics venus d'Outre-Atlantique ne suffit pas à lui insuffler la personnalité voulue.

Jean-Christian Ranu (Daniel Auteuil) est comptable à la COGIP. Il travaille à la Défense (le veinard), a 39 ans mais en paraît plus de 50, et n'ose pas aborder sa chef Muriel (Marina Foïs) dont il est amoureux en secret. Un jour, il est percuté par la voiture de l'ex-star de la chanson Gilles Gabriel (Alain Chabat), qui meurt et se retrouve... projetée dans le cerveau de Ranu. Obligés de cohabiter, les deux hommes vont avoir du mal à concilier leurs modes de vie et leurs ambitions bien différents.

L'idée est amusante ; malheureusement, les quelques lignes précédentes racontent bien malgré elles la quasi-totalité du film, qui ne parvient jamais à décoller véritablement de son pitch. Mal écrit (pas écrit ?) et reposant avec trop de nonchalance sur ses acteurs (à qui on ne peut pas demander de miracle), il se promène sur les traces de quelques films américains estimables, mais imparfaitement copiés. Nicolas & Bruno, connus pour avoir francisé la série
"Je vous donne l'adresse de l'opticien
qui m'a fait ces lunettes géniales."
britannique The office (ils en ont logiquement fait Le bureau avec François Berléand) et pour avoir coécrit l'adaptation de 99F, ont des références mais pas d'univers propre. Le film commence par faire penser à la première collaboration Spike Jonze / Charlie Kaufman : Dans la peau de John Malkovich (1999). Même environnement grisouillant, même concept foldingo de pénétration d'un esprit... Les mauvais esprits penseront également au film du même nom (Mauvais esprit, donc), dans lequel Michel Muller entrait dans le cerveau du bébé de Thierry Lhermitte. Mais au bout de quelques minutes, il devient évident que le scénario s'inspire massivement d'un troisième film, plus ancien : un mec super-cool qui se retrouve piégé dans le corps d'un loser apathique et décide de lui secouer les puces, ça ne vous rappelle rien ? Mais si, parfaitement, La personne aux deux personnes est un remake de L'aventure intérieure de Joe Dante. Mais depuis 1987, on a fait des progrès : en lieu et place du décorum « action, espionnage et science-fiction », on a droit désormais au plus excitant « comptabilité et séminaires d'entreprise ». Et là où l'histoire d'amour tournait au triolisme entre Dennis Quaid, Martin Short et Meg Ryan, celle de Daniel Auteuil et Marina Foïs n'implique pas le visiteur intérieur, joué par la voix d'Alain Chabat (l'acteur est physiquement absent du film, à l'exception de quelques très rares scènes - notamment un rêve très réussi mais déjà vu cent fois).


"Aaah non, pas une suite !"
Malgré tout, le film est un échec qui fait de la peine. On sent une volonté de bien faire, de sortir des sentiers battus de la comédie française ; même au-delà du final (lamentable), on perçoit dans l'épilogue (nul) une ambition tournée vers les scénarios de David Cronenberg. Mais derrière cette démarche, derrière ces efforts, on ne sent aucune âme, aucun désir de communiquer quoi que ce soit, ni même de faire rire. Les personnages ne suscitent pas d'empathie, on n'a aucune envie de ressembler à cet ahuri de Ranu, ni au début ni à la fin du film, et pour rien au monde on ne voudrait s'approcher de la pintade revêche qui le fait fantasmer. Gilles Gabriel est un has been qui n'a jamais été sympathique, et son éventuel come-back n'intéresse pas plus le spectateur que les personnages du film. Les seuls rires à en tirer sont issus de photocopies fatiguées des gags de L'aventure intérieure, à base de quiproquos lorsque Daniel Auteuil parle à son ami invisible. Même le rebondissement astucieux qui intervient dans le dernier quart d'heure ne sert à rien dans la narration. On se consolera, en admettant qu'on soit d'humeur, avec le petit côté « nostalgie des années 80 » véhiculé de façon pataude. Mais tant qu'à faire, autant rester chez soi à revoir une VHS de l'époque...