6.5/10Indiana Jones et le royaume du crâne de cristal

/ Critique - écrit par Nicolas, le 22/05/2008
Notre verdict : 6.5/10 - Piège de cristal (Ecrivez votre critique)

Tags : jones indiana film crane cristal royaume spielberg

1957, en pleine guerre froide. Capturé par les Russes, Indiana Jones (Harrison Ford) n'a d'autre choix que de les mettre sur la piste d'un mystérieux artefact dissimulé par le gouvernement américain. S'échappant de justesse, Indy retourne à son foyer, découvre qu'il est surveillé par le FBI et le KGB, et que sa récente mésaventure lui vaudra d'être licencié du Marshall College. C'est dans ces moments troublés qu'il rencontre Mutt Williams (Shia LaBeouf), un jeune motard un peu perdu lui apprenant que son ami le professeur Oxley (John Hurt) a disparu en recherchant le crâne de cristal...


"Mazette... Vous avez vu la queue pour Iron Man ?"
Indiana Jones sera une déception. Dit comme ça, cela paraît un peu sec comme annonce, mais c'est pourtant une évidence lorsque l'on parle du retour d'un grand personnage des années 80 soutenu par une armada de fans parfois très extrémistes. Indiana Jones sera donc une déception, il était possible de l'affirmer avant même que les premières images, que les premières bribes de scénario, que même le casting, ne soient connus. Et le film nous donne maintenant raison. C'est moche à dire, mais Spielberg et Lucas ont peut-être voulu trop en faire, voulu trop satisfaire tout le monde, voulu concilier le passé et le présent avec ce que cela implique. En cela, Le royaume du crâne de cristal est un film hybride, mariant le cinéma d'aventures des années 80 à l'exubérance spectaculaire du vingt-et-unième siècle. Peut-être est-ce ce qui coince, à l'image d'Harrison Ford à la fois "Indiana" et à la fois "pas Indiana". L'acteur donne pourtant de sa personne, parfois (souvent ?) remplacé par une doublure cascade apparemment plus solide physiquement, mais il lui manque le petit côté "mauvais garçon" que l'on avait connu dans les premiers volets. Le charme de la quarantaine remplacé par le charme de la soixantaine, l'archéologue peine à restaurer le charisme qui avait fait merveille au début des années 80, bien qu'on ne puisse imaginer Indiana sans Harrison ; le premier problème auquel a du faire face le tandem Spielberg / Lucas, et qui a dû forcément influencer le scénario. Celui-ci fait un bond de près de quinze ans en avant (depuis la Dernière croisade), alors que l'Allemagne nazie s'est résignée à abandonner à la guerre, et que la guerre froide oppose maintenant la Russie et les Etats-Unis. Face aux Russes, Indy devra mettre la main sur le crâne de cristal et décrypter ses secrets, un enjeu bien en retrait face aux grandes références bibliques que sont l'Arche d'Alliance et le Saint-Graal, mais une façon comme une autre de retrouver le cocktail aventure / mysticisme qui avait fait le charme de la trilogie originelle. Il est d'ailleurs assez consternant de découvrir que ce "mysticisme" assumé tient davantage de la science-fiction, et inflige un sérieux coup de pied au derrière de la cohérence. Etait-il nécessaire de pratiquer la surenchère pour lutter contre la concurrence ? La question est posée, mais le résultat est déjà connue : Indiana Jones devient comme n'importe quel blockbuster, gavé de scènes techniquement impressionnantes mais d'une inutilité et d'une "non-crédibilité" assez gênante.
"(Hum... Comment vais-je
faire pour descendre
en gardant la classe ...?)"
Je ne spoilerai pas le film, je me contenterai de citer les mots "bombe", "singes", et "fourmis acrobates" afin que les spectateurs ayant déjà visionné le film puissent coller l'image au texte. Pourtant, si l'on se décolle du mythe, l'histoire ne serait pas mauvaise, bien que traitée sur un rythme assez mollasson et pas mal bavard, et répondant d'un certain conventionnalisme. Sommes-nous conditionnés par le passé, comme nous le fûmes certainement pour Star Wars ? Indy ne peut-il être autrement aujourd'hui ? Difficile à dire, surtout en découvrant ce que les autres personnages ont à nous offrir. Shia LaBeouf ne nous étonne guère, ni dans ce qu'il fait, ni dans ce qu'il révèle, et Karen Allen interprète merveilleusement bien la potiche de service. Les retrouvailles avec Indy ne sont que quelques secondes de bonheur dans un océan de non-dits plutôt frustrants, après vingt ans de séparation. Reconnaissons à Spielberg de ne pas bâcler sa réalisation et de s'efforcer à retrouver le look forties des épisodes précédents, et à Williams de rester sur ses acquis et de ne pas fournir d'étrangetés musicales, même s'il ne cherche vraiment pas à renouveler ses thèmes comme il l'avait fait pour Star Wars

Isolé du mythe, Indiana Jones et le royaume du crâne de cristal est un bon film d'aventures spectaculaire peut-être un peu trop fantasque et assez lent. Comparé aux autres épisodes de la série, le voilà généreux dans la surenchère, peu surprenant (ou dans le mauvais sens), et présentant un Indiana Jones un peu en retrait. Le royaume du crâne de cristal n'apporte rien à la saga, si ce n'est quelques bases un peu branlantes susceptibles de donner matière à des suites. Pourquoi pas une autre trilogie ?