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Cinéma Critique
Indiana Jones et le Cadran de la destinée

Indiana Jones et le Cadran de la destinée : la relique de trop

Le cadran de la sieste

Note des lecteurs · 3,2 (18 votes)

Fiche technique →

Un scénario qui part dans tous les sens, une émotion qui tombe à plat, une aventure qui n'en finit pas : le retour du plus célèbre des archéologues avait tout du rendez-vous manqué. Heureusement, il reste une filleule espiègle et un vieux héros qui a gardé sa dignité. Assez pour justifier le voyage ?

Je l'ai vu à la télé, un soir, et j'ai bien failli ne pas aller au bout. Si j'avais été seul devant mon poste, la télécommande aurait arrêté tout cela bien avant le générique. Autant le dire tout de suite : ce cinquième Indiana Jones m'a ennuyé, franchement, deux heures et demie durant.

Le Cadran de la destinée, donc. Le titre promet le vertige, la mécanique du temps et les grands rendez-vous de l'Histoire, et il tient à moitié sa promesse. Il y a bien un cadran, celui d'Archimède, censé repérer les failles temporelles. C'est justement là que tout se gâte.

  1. Indy (Harrison Ford) est un vieux professeur aigri que l'Amérique s'apprête à ranger au placard, pendant qu'elle fête ses astronautes de retour de la Lune. Débarque sa filleule Helena (Phoebe Waller-Bridge), aventurière et un peu arnaqueuse, décidée à revendre le fameux cadran au plus offrant. Un ancien nazi recyclé par la NASA le convoite aussi. Et tout le monde court après les deux moitiés de l'objet, de New York à Tanger, de la mer Égée jusqu'à…la Syracuse de 212 avant Jésus-Christ. Oui : l'avion traverse une faille et se pose en pleine antiquité, où Indy finit par serrer la main d'Archimède en personne. Et c'est là que le film se saborde. Indiana Jones a toujours frayé avec un certain merveilleux : l'arche d'alliance, le Graal. Du mythe entrevu, du sacré qu'on ne montre qu'à demi. Le voyage dans le temps assumé plein cadre, lui, fait basculer la saga dans le fourre-tout, ce magma d'idées jetées en vrac qu'on nous sert par dizaines dans les séries les plus paresseuses. On n'est plus chez Indy. On est n'importe où.

Heureusement, il reste Helena. Phoebe Waller-Bridge est bien la seule à apporter un peu de vitalité et d'espièglerie dans ce cortège fatigué. Elle joue, elle blague, elle chaparde, elle existe. Sans elle, il n'y aurait plus grand-chose à quoi se raccrocher.

Car Ford, lui, fait le job, et c'est bien le drame : le film le trahit. À plus de quatre-vingts ans, l'acteur porte encore le chapeau et le fouet avec une dignité qui force le respect, et la caméra s'attarde volontiers sur son visage fatigué, à raison. Le rajeunissement numérique du long prologue, cette séquence de train où on lui refait le teint de ses trente ans, m'a même laissé de marbre : ni bluffé, ni gêné, passé inaperçu, ce qui est peut-être le pire. Le gâchis est ailleurs, dans un scénario qui ne sait plus quoi faire de son héros.

On voudrait aussi nous émouvoir : un fils tué au Vietnam, un couple brisé, une Marion qui réapparaît à la dernière minute. Ça m'a laissé froid, du service après-vente nostalgique qui appuie sur les potards sans que rien ne monte. Et pendant ce temps les poursuites défilent, à peu près interchangeables, au point qu'on aurait pu monter la bobine dans le désordre sans y perdre grand-chose. On ne tremble jamais pour un homme dont on sait trop bien qu'il s'en sortira.

Finalement, ce Cadran, c'est une belle idée de départ, un héros crépusculaire dans un monde qui ne veut plus de lui, aussitôt noyée sous une aventure à laquelle on ne croit pas. Reste la vraie question : fallait-il réveiller ce souvenir-là ? La recette Indiana Jones date des années 80, elle sentait bon son époque, et on ne la remet pas si facilement au goût du jour. Mieux vaudrait parfois laisser dormir les plus beaux souvenirs et inventer autre chose, de nouveaux héros, de nouvelles héroïnes. Ça se noie sous les Star Wars et les Marvel, presque personne n'y arrive. Il faudrait quand même s'accrocher un peu.

En attendant, si vous y tenez vraiment : un dimanche pluvieux, à la télé, la télécommande à portée de main. Vous pourriez en avoir besoin.


DR.

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