Vicky et Cristina sont deux jeunes femmes à la recherche de la prochaine étape de leur vie. Avec l'été pour seul horizon, nos deux héroïnes s'envolent pour le passer à Barcelone. Alors que Vicky est à deux mois de son mariage et que Cristina cherche à savoir ce qu'elle ne désire pas dans la vie, elles rencontrent un jeune peintre récemment divorcé, Juan Antonio, qui leur propose de partir à Oviedo pour un weekend de passion. Le sang de Cristina ne fait qu'un tour tandis que Vicky essaye de la raisonner en vain, et les voilà embarquées dans un triangle amoureux des plus savoureux mêlant désir et raison. L'ex femme maudite de l'artiste ne tarde toutefois pas à apparaître et le champ de possibilités fusionnelles commence alors à multiplier les intersections d'ensembles...
Le Woody Allen nouvelle génération a appris à laisser parler ses personnages à sa place en racontant parfois une histoire emprunte de classicisme et de cynisme
comme dans Match Point ou une gentille enquête policière avec fantôme de poche à la manière de Scoop. Ici très tendre avec ses deux touristes américaines survolées par la passion tout autant qu'il est doux et léger avec Juan Antonio et l'explosive Maria Elena, sa capacité à créer ces personnages imparfaits et beaux sans les excuser pour leurs défauts est toujours aussi incroyable. On y retrouve toute cette étrange candeur qu'il sait donner en décalé par le biais d'un jeu de caméra toujours aussi magique. Les décors qu'il choisit pour exprimer son art sont à eux seuls de magnifiques personnages et reflètent en tous points les traits de caractère de ceux qui s'y promènent en chair et en os. Cette relation à l'environnement met en symbiose les différentes actions et histoires d'amour qui saupoudrent son récit autour d'une question aussi simple à énoncer que difficile à exploiter : les secrets de l'homme et de la femme.
Son décalage reste un peu pompeux sur la forme narrative bien que le tout soit emballé de manière assez agréable pour ne pas nous offrir la capacité de lui en vouloir une fois les crédits du générique de fin passés. Toutefois il est dommage de 
se rendre compte que l'action devient enfin délicieuse lorsque Penélope Cruz arrive enfin pour crever l'écran de sa lumière naturelle et de son tempérament de feu, un moment décisif quoi qu'un peu tardif. Elle ne fait toutefois pas office de cliché dans cette fable sur la vie au milieu des sentiments ou inversement. Bien au contraire, elle ressemble à l'élément modérateur d'un conte, celui qui exprime les sentiments cachés pédagogiquement entre les lignes et les croquis picturaux qui ornent le récit. La voix qui accompagne l'aventure visuelle qu'est Vicky Cristina Barcelona se fait un peu trop lancinante pour que les deux parties du film ne souffrent pas d'un déséquilibre légèrement ennuyeux. Ce problème de rythme à peine gênant est le majeure critique que l'on puisse faire au film.
Pour le reste on apprécie la légèreté lourde de sens du propos et l'acuité personnelle qui l'accompagne. Une fois de plus, le plus grand des petits 
réalisateurs New Yorkais se tâte tout en allant au but insidieusement. Il a plus que déterminé la distance nécessaire pour laisser le spectateur s'identifier avec émoi à chacun de ses acteurs fétiches dont la prestation est absolument parfaite même si la présence de chacun est toujours quelque peu discutable (probablement encore un élément dosé par cet acrobate du métier). La direction de Javier Bardem et Penélope Cruz est d'une rare précision tandis que Scarlett Johansson baigne d'une froideur expressive et d'une sensualité qu'on lui reconnaît bien les moindres plans dans lesquels elle apparaît. Bien sûr, la comédie reste présente mais disparaît légèrement sous tous ces bons sentiments et cet oubli perpétuel de but à travers le questionnement du réalisateur, transmis à la lentille qui lui en permet l'expression.
Il reste à la fin de l'expérience espagnole un arrière-goût de défaite savamment dosée, constructive et pourtant circulaire qui nous mènes à un équilibre humain entre les forces en action. Ce savant mélange est soulevé par une petite chanson volage qui sent elle aussi le bon sentiment et quelques passage de guitare andalouse qui servent le propos mais assez peu la forme au final. Un bijou qui parle beaucoup avec peu, joli mais seul, important malgré qu'il soit un peu lassant. A voir donc pour se faire plaisir sans réfléchir même si votre tête continuera de tourner autour de ces thèmes si récurrents et pour une fois rassurants. Peut-être un semblant de sérénité... à vous d'en juger.
knackimax []

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