Paul Anderson a réalisé Mortal Kombat, Resident Evil et Alien vs. Predator ; mais il a également réalisé Boogie Nights, Magnolia et Punch-Drunk Love. Comment une filmographie aussi éclectique est-elle possible ? C'est simple, il y a deux Paul Anderson. Si le premier avait réalisé un film titré There will be blood, on y aurait trouvé une meute de vampires déchaînés déferlant sur Los Angeles aux accents d'une quelconque musique hard rock, mais c'est de Paul Thomas Anderson qu'il s'agit ici, et l'histoire est adaptée (lointainement, paraît-il) d'un roman sobrement titré Oil, écrit en 1927 par un certain Upton Sinclair. On est plutôt dans le drame humain de 2h38, option Histoire des Etats-Unis. Ne craignez pas pour autant le pensum rébarbatif, car si le pétrole coule ici plus que le sang, il n'en est pas moins le moteur d'un passionnant récit porté par une poignée d'acteurs formidables.
Daniel Plainview (Daniel Day-Lewis) est un exploitant pétrolier, un self-made-man qui place la réussite de son entreprise avant tout. Lorsqu'un de ses employés est mort dans un accident durant une extraction de pétrole, Daniel a recueilli son bébé et l'a fait passer pour le sien, sans révéler la vérité à personne.
Dix ans plus tard, il sillonne l'Amérique avec ce faux fils qu'il présente comme son partenaire, et recherche avec avidité les terrains les plus intéressants à exploiter. Il trouvera son bonheur à Little Boston, où seul le jeune prédicateur local Eli Sunday (Paul Dano, l'adolescent mutique de Little Miss Sunshine) ose se dresser face à la personnalité en acier de Daniel.
Le rêve américain et l'esprit typiquement protestant qui a toujours animé les entrepreneurs les plus énergiques du Nouveau Monde ont inspiré des livres et des films au discours généralement assez tranché : on admire la réussite de l'homme 
C'est MA chaise.qui parvient au sommet à la force du poignet, ou bien on dénonce la course au profit qui fait perdre de vue l'importance des relations humaines. There will be blood, s'il s'inscrit plutôt dans la deuxième catégorie, a le bon goût de ne pas centrer son propos autour de cette problématique : le personnage incarné par Daniel Day-Lewis, bien que pas réellement attachant, est animé d'un tel feu sacré qu'on ne peut que le suivre dans sa quête de pouvoir et de richesse, au détriment du bien-être de ceux qui l'entourent. La nature paradoxale du personnage est évidente : Plainview cherche à développer la civilisation mais n'aspire qu'à la solitude pour fuir une humanité qu'il méprise ; il enrichit la ville mais ne vise que son propre enrichissement ; il adopte un enfant et l'initie à son métier, mais ne tolère pas l'idée qu'un autre que lui puisse l'exercer. De ces contradictions naît la puissance de cette figure représentative de l'Amérique, pays de la libre entreprise et de l'enrichissement comme fin en soi. Interventionniste et manipulateur, Plainview promet beaucoup mais ne tient que ce qui l'arrange, et ne rencontre que rarement face à son attitude l'opposition d'un Eli Sunday.
Si Day-Lewis, dont le talent n'est plus à démontrer, incarne avec brio le personnage principal, on n'oubliera pas pour autant de sitôt celle de Paul Dano en prêtre illuminé au caractère tumultueux, trop faible pour constituer un véritable 
C'est MON fils.obstacle sur le chemin du bulldozer Plainview, mais suffisant pour ébranler celui-ci à plusieurs reprises. Le reste de la distribution est d'une égale solidité, jusqu'à l'interprète du jeune fils de Daniel (Dillon Freasier) dont c'est le premier rôle, et jusqu'aux figurants, non-professionnels choisis pour leur allure naturellement texane !
La mise en scène privilégie les plans longs pour offrir aux acteurs un espace d'expression optimal, propice à l'improvisation et à la montée en puissance des émotions ; Daniel Day-Lewis tire le maximum de ce mode opératoire, choisi par un réalisateur malin qui sait que plans longs ne rime pas forcément avec film lent. L'autre joyeuse bonne idée a consisté à confier la composition de la musique à Jonny Greenwood, guitariste de Radiohead. Mélange de classicisme et d'expérimental, le score est un parfait accompagnement du film, ménageant comme lui des moments de percée sonore saisissants, comme cette note récurrente aux accents de sirène d'alarme, annonciatrice des dangers que provoque la folie des hommes...
Magnifiquement filmé et interprété, There will be blood résonne comme un double désabusé des sagas à l'américaine, des success stories trop enthousiastes sur leurs personnages ; le pouvoir et le succès, lorsqu'ils sont des fins en soi, isolent irrémédiablement l'homme qui les recherche. Et le pétrole, ça tache.
riffhifi []

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