Predator 2, dernière partie. Danny Glover découvre dans une pyramide Predator quelques trophées...dont un crâne Alien. De là au Versus, il n'y avait qu'un pas. Ne restait qu'à attendre que ce concept vieux comme le cinéma ait à nouveau le vent en poupe.
Dracula Contre Frankenstein, Frankenstein contre le Loup Garou, Les Charlots contre Dracula, Freddy Contre Jason...même le Direct to Video y va de sa petite contribution, avec le saugrenu Boa Vs Python (qui sont chacun des Anacondas du pauvre). Aujourd'hui est un jour béni, mes frères, mes soeurs, car voici venu le moment de l'ultime combat entre deux monstres sacrés du cinéma de Science Fiction ! A ma droite, l'Alien, quatre films depuis le Huitième Passager en 1979, quasiment autant de réussites, une mythologie bien rodée et un grand moment de flippe spatiale. A ma gauche, tout sourire dehors, le Predator, qui lui n'a mis que deux films pour marquer l'Histoire du cinéma. Sa première apparition se fait en 1987 aux côté d'un Arnold Schwarzenegger que même une bombe atomique ne pourra abattre. Voir s'affronter ces deux créatures de légende, ayant chacune leurs caractéristiques propres, leurs forces et leurs faiblesses avait tout pour rassembler et réjouire le fan de base. Alien Vs Predator, de son petit nom AVP, conçu comme un blockbuster, aurait pu être tout à fait convenable. Il aurait pu être le fruit bâtard mais jouissif entre un Aliens le Retour et, disons, le premier Predator, un film bien furieux, violent, tout en noirceur et en tension. En un mot, en une phrase, quelque choses qui aurait pu, et aurait dû, se résumer en une seule et même clameur :
- 200 mètres ! 100 mètres ! 50 ! 30 !10....CONTAAAAAAAAAAAAAAAAAAACT !!!!
Hélas...
Disons le tout net, AVP sur la forme est un film de SF efficace et distrayant. Seulement il a contre lui de prétendre rassembler deux franchises mythiques aux codes bien précis. Cette critique ne s'intéressa donc pas à ce petit film de SF qui en lui même vaut à la louche dans les 6, 7 sur 10 en étant de bon poil, mais bien à ce qu'on prétend nous montrer. Et là, ça ne vaut presque plus rien. Pire, c'est un affront.
Passons sur le fait que la Saga Alien n'a jamais été conçue selon une logique blockbuster et que Paul Anderson n'est ni ce génie de James Cameron ni ce bourrin de John Mac Tiernan. Passons sur le fait que l'ensemble manque de créatures, que le versus n'a que rarement réellement lieux et qu'inclure des humains dans cette pseudo-boucherie fait planer l'ombre de Freddy Vs Jason et son inadmissible bande d'ados bavards. Passons enfin sur le côté tout public qui rend le film aussi inoffensif qu'un épisode de Stargate SG1. Qu'elles paraissent lointaines les féroces mutilations, les brûlures à l'acide, les éclosions en gros plans...Allez, encore un effort, fermons les yeux sur une histoire aussi prévisible qu'un Michael Youn montrant ses fesses, sacrilège pour des sagas à ce niveau plutôt béton. Que reste-t-il ? Ma foi, des combats filmés comme au Superbowl (donc illisibles), des Aliens qui font des triples saltos arrières au ralenti, des Predators transformés en bibendums et comble de tout, des Face-Hugger* qui se jettent hors de leurs oeufs en Bullet Time (!!!!!!!!!!!!). Et oui, tout l'aspect sec, nerveux, implacable, doublé de l'ambiance incertaine et mystérieuse qui caractérisaient les deux franchises passent ici à la trappe. Pas le moyen d'avoir peur, de s'émouvoir, d'avoir les nerfs en pelote. Au pire au laissera échapper quelques rires dans ce qui n'est qu'un combat de catch en Huis-clos bien pauvre.
Et ce n'est pas le pire, car ceci serait encore passable. Car finalement, on attend la baston et on en a, de la baston, aussi aseptisée soit-elle. Mais c'est sans compter la volonté d'AVP de s'imposer en une sorte de préquelle qu'il n'est pas. Le principe de base est plutôt bien fichu d'ailleurs, puisque mettant en scène la découverte d'une étrange pyramide par un pionnier de la robotique du nom de Bishop, joué par l'émacié Lance Henriksen. Petit clin d'oeil alienique fort agréable, phagocytant tant bien que mal l'univers predatorien. Mais autrement, le scénario part clairement en queue de poisson. On y apprend que les Predators sont de gros balèzes qui tout les cent ans viennent sur Terre massacrer quelques troupeaux d'Aliens, sorte de rite de passage pour symboliser sa valeur de guerrier. Au milieu de cette guerre, Les humains sont selon la race concernée, du bétail ou des mères porteuses. Ma foi pourquoi pas, mais la saga Predator en prend un coup : pourquoi le guerrier du premier film se donne tant de mal à exterminer du simple bétail ? Pourquoi dans Predator 2, notre E.T. rasta visite-t-il les quartiers chauds de Los Angeles ? Sans parler que la logique de ces deux films faisait de l'humain sa proie la plus digne. Et l'on croit halluciner lorsque, hérésie suprême, l'héroïne fait tout bonnement ami-ami avec un gros Predator pourtant pas très commode ! La saga Alien n'est pas plus à la fête : temps de gestation raccourci à sa plus simples expression, plus de crachats d'acide, des Face-Hugger en bullet time (ah non j'ai déjà dit ça)...On retiendra le combat final entre la Reine Alien et un Predator qui ne manque pas de charme, dont l'issue remettra hélas en cause un point du film de Jean-Pierre Jeunet (Alien Résurrection).
Pourtant, il y a du bon, comme on dit, c'est sur le fumier que poussent les roses. Les séquences de flashbacks expliquant le pourquoi du comment sont réellement superbes et montrent que l'on est pas passé loin d'un résultat à hauteur des ambitions. Quelques scènes pas piquées des hannetons viennent rehausser l'intérêt, comme la très belle arrivée du vaisseau Prédator en début de film ou la découverte du village de pêcheurs. Des passages dans l'Antarctique glacée où The Thing n'ai jamais très loin. Sans oublier que dans la grande tradition des Aliens, le personnage central de l'histoire est bien féminin. Ce n'est pas Elen Ripley, faute à des répliques "viriles" bien ridicules, mais ça permet à AVP de se raccrocher aux branches. Enfin Paul Anderson a le bon goût de ne pas se sacrifier au tout virtuel et de nous offrir des bestioles mécaniques à l'ancienne qui font plaisir. D'ailleurs pour l'anecdote, la maquette de la Reine est la même que celle utilisée dans Aliens.
Du reste, rien de très enthousiasmant. Un film assez mou à la licence très mal exploitée. Il déçoit terriblement et c'est sans doute la pire de ses tares. Sans parler d'un manque flagrant d'audace qui met l'hybride que tout le monde attend, ultime attraction qui aurait fait considérablement monter la sauce, tout juste dans le dernier plan final.
Voila pour AVP : un début prometteur, des bagarres pas extraordinaires, un final complètement à côté de la plaque. "Whoever Wins, we loose" nous disait-on. Tout juste : on se moque bien de qui va gagner et l'humain perd 7. C'est pas terrible, pas trop ennuyeux, pas palpitant non plus. Pas d'odeur, pas de saveur, si ce n'est un goût amer. C'est tout le contraire de ce que l'on était en droit d'attendre d'un Alien Versus Predator...
Bon maintenant Paul Anderson tu arrêtes de sourire bêtement, tu revends ta Playstation et tu nous refait un Event Horizon.
* Les Face-Hugger, ce sont donc ces petites choses ressemblant vaguement à une araignée, qui sautent au visage pour transmetre le parasite Alien.
Lestat []

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