Cinéma et jeux vidéo. « Je t'aime, moi non plus. » Si l'univers du jeu vidéo a su emprunter de manière heureuse certains codes du septième art, pour améliorer l'esthétisme et l'architecture ambiante de ses dignes représentants, le constat est nettement plus négatif dès que l'on parle d'adaptations - que ce soit dans un sens ou dans l'autre. Chaque blockbuster cinématographique se retrouve pixellisé dans des échecs systématiques et retentissants, tandis que le cinéma devient peu à peu une terre ravagée par les excentricités de Uwe Boll et les transpositions médiocres des hits vidéo-ludiques. Dans le haut de la pyramide, on peut se satisfaire d'un Mortal Kombat (le premier, oubliez le second) primaire mais pas si mal adapté, ou d'un Silent Hill carrément dans les clous ; et si l'on regarde en bas, au pied de la pyramide, au fond du gouffre qui le borde, on se tordra de douleur en apercevant l'atrocité d'un Super Mario Bros, ou le n'importe quoi (assumé ?) d'un Street Fighter version Jean-Claude Van Damme.
Depuis le début du millénaire, les adaptations se multiplient comme des petits pains, et leur annonce est souvent précurseur d'un vent d'espoir chez les fans. C'est ce qui est arrivé à Prince of Persia : déclaré en 2007, soutenu par le pognon de Bruckheimer et le talent de Jake Gyllenhaal, le film pouvait faire la différence, et enfin dissiper les rumeurs d'une malédiction planant sur les jeux vidéo.
Pour prouver sa valeur aux yeux du roi Sharaman, son père adoptif, Dastan mène avec succès une mission d'infiltration dans la cité d'Alamut, assurant la victoire de l'armée de Perse. Au milieu de la bataille, il récupère une mystérieuse dague, qui semble être au centre des préoccupations de la princesse d'Alamut, Tamina. Pendant les festivités de la victoire, le roi Sharaman est assassiné, et Dastan est accusé de meurtre. Il est contraint de prendre la fuite, emmenant avec lui la princesse Tamina. Au fil du temps, il découvrira que la dague n'est pas une arme comme les autres, et que son pouvoir pourrait provoquer la chute de l'empire, entre de mauvaises mains...

Il est facile de comprendre pourquoi l'histoire du jeu vidéo (Les Sables du Temps, celui qui donne son titre au film) n'a pas été respectée à la lettre, et finalement, le dommage est vraiment minime. Il est certes dommage de ne pas retrouver la dynamique prince / vizir que l'on essuyait dans chaque jeu, mais il s'agit davantage d'une aigreur de fan que d'un véritable contre-argumentaire. Et puis, surtout, les deux caractéristiques principales du jeu que l'on attendait de retrouver dans le film sont bel et bien présentes.
Ainsi, on se retrouve avec un prince de Perse. Il n'en a peut-être pas la tronche, ni l'accent, mais il en possède les spécificités - tout du moins, celles définies par Jordan Mechner, le concepteur du personnage originel. Dastan est un athlète accompli adepte de Parkour, cette discipline impressionnante imaginée par le français David Belle (consultant sur le film) et mis en « valeur » par les Banlieue 13 d'Europacorp. Le prince bondit, marche un peu sur les murs, fait des salto, saute de toit en toit, et se suspend à tout et n'importe quoi. Une véritable petite bête de cirque. Le personnage en lui-même n'a rien d'exceptionnel culturellement parlant - 50% charmeur, 50% guerrier, 100% héros - mais il ressemble néanmoins à l'image que l'on s'en faisait. Sa classe est totale.
Et puis, on se retrouve avec la dague du temps. En appuyant sur le bouton de son manche, Dastan libère un peu de sable du temps et revient quelques secondes en arrière, dans un effet visuel de la plus belle conception. Pas un rembobinage pur et simple, non. Dastan s'extrait de son corps, devient mi-humain mi-sable numérique, et assiste d'un point de vue externe à la scène en sens inverse, avant de réintégrer sa chair. On ne peut pas dire que le film soit généreux sur le procédé, ou qu'il l'utilise tout le temps de manière pertinente, mais il parvient à obtenir notre validation : mise en image réussie.

Mike Newell n'est pas un réalisateur de film d'action. Manque de bol, il en fallait précisément un dans ce cas-là. C'est bête à dire, mais un virtuose de la trempe de Verbinski ou de Del Toro aurait été nettement plus adapté. Mais non. Le réalisateur de 4 Mariages & 1 Enterrement se retrouve complètement à la rue, agitant sa caméra comme un dingue pendant les scènes de combat et les séances de Parkour pour essayer de transfuser aux scènes un petit effet inside. Et c'est raté, inapproprié, limite frustrant de se dire qu'ils se sont entraînés à faire de la cascade pendant des mois et que le résultat à l'écran se montre à peine. Car, pour tout gâcher, le montage enfonce le clou un peu plus loin en découpant les plans n'importe comment, ajoutant au joyeux capharnaüm de Newell quelques degrés de plus dans l'illisibilité.
Un montage qui semble d'ailleurs avoir dû faire des concessions sur toute la longueur du film. Comme si celui-ci durait trois heures, et que le monteur avait pour tâche de réduire le tout d'une heure. Tout est extrêmement superficiel, va à l'essentiel, le film enchaîne les scènes avec une furieuse cadence sans regarder si le spectateur suit toujours. En moins de deux minutes, Dastan peut retrouver son père, le voir mourir, se faire accuser, s'échapper avec la princesse, et se lamenter le soir au coin du feu. Ne sommes-nous pas en droit d'exiger un peu de retenue, d'exposition ? Surtout que le rythme très enlevé, qui a beau se maintenir à vitesse constante, ne nous empêche pas de nous poser certaines questions et de relever des incohérences.
Le scénario en pâtit, forcément. Pas très originale, la quasi-totalité des rebondissements ne fonctionne pas et est devinée dès la première demi-heure. Heureusement que les personnages disposent d'un esprit de déduction et de décision à la pointe de l'efficacité, et ne perdent pas trop de temps avec.

Quelque chose qui fonctionne bien : le prince et la princesse. Au travers d'échanges verbaux parfois un peu musclés, Dastan et Tamina apprennent à se connaître et à exister en tant que binôme. Leur conflit a beau être inconsistant, il confère une petite dynamique aux héros qui leur permet d'être sympathiques à longueur de bobines, malgré des personnages sans aucune profondeur, monomaniaques au possible. Logique que les deux interprètes (Jake Gyllenhaal et Gemma Arterton) se prélassent donc dans des stéréotypes, mais on en attendait mieux. Même constat pour Ben Kingsley, pas grand chose à se mettre sous la dague. Il n'y a bien qu'Alfred Molina pour éprouver un plaisir manifeste à jouer les bédouins insensés, bavards comme pas possible et amoureux des autruches.
Jerry Bruckheimer oblige, la déferlante de dollars se voit à l'écran. Les décors urbains sont somptueux, les costumes du plus bel effet, et les paysages du Maroc magnifiques. Un environnement mis diablement en valeur par la photographie de John Seale, d'une part, mais également par la musique de Harry Gregson-Williams. Ce n'est pas que celle-ci soit mémorable, mais ses accents persans sont agréables à entendre et se collent admirablement à l'action.
On ne peut vraiment pas dire que Prince of Persia : les sables du temps soit le messie des adaptations jeux vidéo / cinéma. Non pas qu'il soit fondamentalement mauvais, mais ses défauts, notamment plastiques, sont tellement nombreux qu'il devient difficile à pleinement accepter, même pour un fan absolu de la franchise. Néanmoins, le respect accordé aux valeurs de la saga Prince of Persia engage à être tolérant envers un film qui a le mérite d'être divertissant, même si c'est son principal atout..

Nicolas []

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