Plus de vingt ans séparent notre époque de celle de Coluche, mort en 1986 d'un tragique accident de moto. Difficile alors, pour la jeune génération, de bien appréhender le personnage et le contexte, même si la popularité de « l'enfoiré », comme beaucoup le surnomment affectueusement, est tout de même parvenue jusqu'aux années 2000. L'homme a en effet marqué une génération, à travers un humour corrosif (ses sketchs passent et repassent sur la radio du rire), un bagout coup-de-poing (« toujours grossier, jamais vulgaire », ce sont ses mots), et un cœur gros comme ça (Les Restos du Cœur et Les Enfoirés).
Ce film aura donc du mal à parler à beaucoup d'entre vous, surtout que De Caunes, apparemment peu désireux de survoler la vie de Coluche, décide de s'attaquer à une époque profondément déterminante pour l'humoriste, celle de l'élection présidentielle de 1981. Vous l'aurez deviné, la politique sera un des enjeux du film, il est donc nécessaire de bien comprendre ce que l'on va voir. Car si le sujet sera, d'une manière grossière, le passage de la France dans un régime de gauche, il n'est qu'un tremplin voué à une biopic qui ne se veut absolument pas conciliante envers le principal intéressé.

Highway to ElyséeEn définitive, on nous ramène constamment à La Môme de Dahan, même si les deux films jouent dans des divisions différentes. Là où Dahan s'évertuait à dresser le portrait le plus complet possible de la chanteuse, De Caunes se contente de filmer le virage que va prendre la carrière de Coluche. Pour soutenir le propos qu'il diffuse dans ses spectacles, et pour porter sa notoriété vers les strates supérieures, Michel Colucci se présente donc à la présidentielle de 1981, sans programme mais avec une verve décapante qui chamboule tout l'équilibre politique du pays. Sa popularité, son franc-parler, son apparente proximité en fait le chouchou des Français, qui commencent à considérer sérieusement ce qui n'était au début qu'une blague. Les sondages apportent une crédibilité à la candidature, et sont le point de départ d'une vaste machination où se mélangent coups bas, censure, ambitions et manœuvres politiques.
Coluche, connu de nos jours à travers ses sketchs et ses organisations de solidarité, nous apparaît différemment. De Caunes affiche une profonde sympathie pour le personnage, mais également une volonté de ne pas faire (trop) de concessions. C'est ainsi que les travers côtoient les vertus, où les négligences, ambitions, colères, comportements douteux du bonhomme affrontent sa sensibilité, son chagrin, sa peur, ses doutes. Tour à tour, Coluche nous apparaît tel qu'il est, ou qu'il devait être, quelqu'un de noyé sous son succès, investi d'une mission pas si imaginaire que ça, entraîné par une popularité qu'il réclame et qui l'étouffe en même temps. Il devient par certains moments antipathique, principalement au début, puis prend conscience de ce qu'il fait et de ce que cela représente pour les minorités.
La ligne scénaristique, clairement identifiable, est la grande réussite de De Caunes. Sa réalisation, tantôt sobre, tantôt relevée, fournit un certain nombre de jolis plans, même s'il n'évite pas les erreurs fréquentes de ce genre de films. Certaines scènes semblent ne pas avoir lieu d'être, ou prennent pour acquis un point de vue qui ne reflète pas le contexte.

T'as le look, Coco !Le film se découpe selon des reprises de sketchs de l'humoriste, ce qui nous permet d'embrayer avec la grosse surprise du film : François-Xavier Demaison. Si comme moi, vous trouvez que l'humoriste est loin de crever l'écran dans les émissions de télévision ou sur scène, devant une caméra de cinéma c'est une autre paire de manche. Les premières images du film, sur scène, sont bouleversantes. Demaison reproduit à la perfection le parler si caractéristique de l'humoriste, et sa gestuelle également très spéciale. Ses sketchs, on les écouterait des heures, comme les originaux. Bien sûr, ces quelques scènes nous ramènent à une imitation très réussie, fruit d'un long travail (une année, à ce qui se dit) de préparation, mais il est impressionnant de constater que le personnage se transcende une fois éloigné des spots. C'est Coluche, tout en n'étant pas Coluche. L'impression de connaître l'homme, à travers l'interprétation de Demaison, est persistante, on éprouve des difficultés à l'imaginer autrement. Une grande réussite, pour un acteur qui, apparemment, se montre diablement plus inspiré au cinéma qu'à la télévision ou sur scène.
De Caunes signe peut-être sa meilleure réalisation, ses meilleurs choix, son meilleur film. On peut lui reprocher son affectivité pour le sujet, le choix de la période, les quelque scènes pas franchement déterminantes pour "l'intrigue", on ne pourra cependant pas lui reprocher de vouloir coller au plus près du personnage (certains de ses travers sont évidemment abordés, comme sa dépendance à la drogue), son sens de la mise en scène, et le choix de Demaison dans le rôle-titre. Ce dernier incarne Coluche avec brio, porte le personnage sans fléchir, et se positionne comme la grande attraction du film.
Nicolas []

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