Cabin Fever, tout comme House of 1000 Corpses du chanteur Rob Zombie, fait partie de ces films qui font s'emballer la presse spécialisée, trépigner les amateurs d'horreur à l'ancienne et dont évidemment la seule chance de passer l'Atlantique reste pour l'instant le DVD Import*. Distribué par Lions Gate, firme qui, elle, se met en quatre pour sauver ces bandes atypiques du classement vertical (dont Corpses, d'ailleurs), Cabin Fever s'inscrit dans la mouvance du moment, voulant à la fois rendre hommage aux aînés tout en injectant une bonne dose de sang frais dans le genre. Des ambitions honorables pour un résultat assez sympa.
Cinq jeunes louent une cabane au fond des bois (soit une cabin, en VO, voilà pour le titre) pour fêter la fin de leurs examens et accessoirement y pratiquer une bonne partie des activités prohibées par la Bible. Il y a là un couple bien établi, un autre qui se cherche un peu et le traditionnel pote encombrant et un peu plouc sur les bords qui ne manque pas une occasion de faire le mariole.
- Et après, le tueur des bois les massacre les uns après les autres et disparaît à la fin alors que tout le monde le croyait décapité ! Allez hop, Tchao !
Pas si vite ! Et oui, Cabin Fever débute tel un énième slasher d'adolescent, en tartinant les clichés du genre avec une facilité presque déconcertante. Et pourtant, le film se révèle être d'une autre trempe et cette entrée en matière très teenmoviesque n'est rien de moins qu'un leurre pour mieux les contourner et s'en moquer. A la manière d'un Scary Movie, Cabin Fever rit de ses propres codes, quitte à partir complètement dans le ridicule, expédiant par exemple la traditionnelle scène chaude dès le premier quart d'heure de film (et de quelle façon : à peine arrivé dans la demeure, zou, direction la chambre !). Mais Cabin Fever n'en est pas pour autant une fausse parodie comme a pu l'être Scream en 96. Il s'agit là d'un autentique film d'horreur dans le pur style année 70-80. Cabane perdue, forêt menaçante, population locale pas très chaleureuse, gore façon gros rouge qui tache... un univers en forme de classique qui fait la part belle aux hommages, repompant des choses aussi éparses qu'un plan entier de Massacre à la tronçonneuse, la trame d'Evil Dead (la fameuse cabin est d'ailleurs la réplique exacte de la cabane de Bruce Campbell...) ou deux trois idées digne d'un Troma. Rien de bien étonnant à celà d'ailleurs, Eli Roth, le réalisateur, ayant fait ses premières armes dans l'écurie de Lloyd Kaufman...
Et le danger dans tout ça ? Tremblez braves gens, la menace vient de la biologie. Pas de chance au grattage pour cette fois, voici un virus aux effets particulièrement destructeurs s'attaquant à la peau humaine, offrant son lot de plaies purulentes. Une idée bien dégoulinante et purement bis, inspirée malgré tout d'une maladie belle et bien réelle que l'on peut contracter en se frottant de trop prêt à certaines plantes vénéneuses. Trêve de botanique, passons au plat de résistance.
Cabin Fever est une sorte de film hybride entre deux époques, mêlant horreurs crasses à blagues potaches, voire éléments surréalistes totalement incohérents. Au détour d'une scène, on verra ainsi une gamine faire du kung fu (!) sans raisons apparentes ou encore un chien qui débarque sans crier gare le temps de bouffer deux filles sans que l'on comprenne trop pourquoi. Un joyeux bordel auquel la présence de David Lynch à la production ne doit pas être étrangère. D'ailleurs que l'auteur d'Eraserhead se compromette dans un film d'horreur un peu bancal est déjà une énigme en soit...
Mais le film d'Eli Roth n'en oublie pas d'être sérieux, voire très sérieux, disséminant ici et là des séquences chocs, dont un meurtre à coups de pelle particulièrement sauvage. Cabin Fever commence comme une blague et s'installe petit à petit, partant progressivement dans l'épouvante et le glauque, s'achevant sur un final complètement fou digne d'un survival des années 70. Malgré tout, Cabin Fever n'a pas la force de ses modèles. Divertissant, amusant, inquiétant parfois, mais rien de véritablement malsain, même si le film n'est finalement pas là pour rigoler et évite avec brio le registre comico-gore pour des effets assez cradingues qui retourneront peut-être les estomacs les moins aguerris. A ce niveau, et surtout sur la fin, Cabin Fever tranche plutôt dans le vif, l'ellipse étant un mot absent du vocabulaire d'Eli Roth, ce qui permet de relever à la sauce ketchup une première partie un peu mollassonne. Car il faut malgré tout avouer que le film met une bonne heure à se mettre totalement en place avant de se lâcher dans une dernière demi heure musclée et sans concessions. Sans que celà en soit gênant pour autant car à l'inverse d'un Freddy Vs Jason, qui se vautrait un peu à nous montrer des teenagers pas très charismatiques, on prend ici du plaisir à suivre la première partie, tant les personnages sont sympathiques et détonnants. Cabin Fever a pour lui d'être tout à la fois un film gore, un gros délire, un film à personnages et un hommage à "avant", le tout sur une histoire intéressante et efficace. Touillons tout ça, et voici un objet imparfait et difforme, qui colle un peu aux doigts, mais qui a le mérite d'exister et d'apporter un peu de fraîcheur dans un genre qui en dehors de quelques perles à la distribution confidentielle à tendance à se cloisonner.
Une fois de plus, pas le sauveur annoncé mais une série B bien barbare et un brin bordélique, sauvée du conventionnel par son virus vorace et des scènes gores à l'ancienne bien comme il faut. Pas un chef-d'oeuvre, certes, mais puisqu'on nous fait l'effort de sortir un film d'épouvante old school, autant ne pas cracher dessus. Et comme celui-ci n'a d'autres ambitions que de distraire à peu de frais, autant y aller franco, ça fait toujours du bien par où ça passe. Je vous laisse maintenant, j'ai comme une démangeaison depuis tout à l'heure...
(*) J'apprends avec une certaine surprise que Cabin Fever connaîtra une sortie française le 25 août 2004. Préparez votre Parfenac !
Lestat []

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