Il y a des films qui laissent une marque indéniable dans l'histoire du cinéma. Les années passent, les fans s'enchaînent et un beau jour, l'un d'eux prend la caméra pour rendre hommage à ses oeuvres préférées. Le fan qui nous intéresse aujourd'hui s'appelle Robert Cummings, plus connu sous son nom de scène : Rob Zombie.
Quand le rocker annonça sa volonté de tourner un film dans le but avoué d'enterrer les slasher d'adolescents qui pullulent en salles, on était en droit de se montrer impatients, d'autant plus que les rumeurs allaient bon train : House of the 1000 Corpses contiendrait des scènes insoutenables et pourrait bien être le Massacre à la Tronçonneuse du 21ème siècle. Rumeurs qui ont été plus ou moins confirmées par les difficultés de Rob Zombie à trouver un distributeur. Universal, malgré un accord préalable, retourna sa veste pour des raisons qu'elle qualifiera de commerciales. Idem pour MGM. La légende veut que la firme n'ait pas apprécié un bon mot la concernant lancé par le chanteur face caméra. C'est finalement Lion's Gate, distributeur du sulfureux Dogma, qui repêcha Corpses, ou du moins sa version "R" (interdit au moins de 17 ans non accompagnés), classification nécessaire pour une meilleure distribution en salles et en vidéo-clubs. La version complète reste pour l'instant dans les tiroirs.
Si la sortie en salle dans nos contrées tient plus du fantasme que de la certitude, les DVD imports commencent enfin à traverser l'Atlantique, nous permettant à nous, pauvres froggies, de juger du bébé, malgré hélas une nouvelle amputation de 20 bonnes minutes.
Ce n'est un secret pour personne, j'attendais beaucoup de Corpses. Et dans l'ensemble, je n'ai pas été déçu. House of the 1000 Corpses est un hommage aux films d'horreurs des années 70, à la série Z et au cinéma en général. Tout commence comme un gros navet au ketchup, quand deux voyous décident de braquer une sorte de station service-parc d'attraction tenu par un clown et un vieillard. Ils sont caricaturaux, leurs masques sont ridicules, leurs approches soulignées par un effet de caméra grotesque. Mais la supercherie ne durera pas longtemps et après cette petite pirouette, le film montre tout de suite son potentiel. Du grand n'importe quoi bon enfant, on tombe dans le film frappadingue et sans concession. Les deux petites frappes termineront le crâne émietté au Magnum...
La suite de l'histoire est simple mais efficace. Deux jeunes couples en mal de sensations fortes visitent le train fantôme du Capitaine Spaulding (notre clown du début). Intrigué par un personnage du folklore local, le Dr Satan, ils poussent la plaisanterie jusqu'à se rendre sur les lieux de sa dernière demeure. Inutile de dire que ce voyage sera le dernier, une famille satanique voyant en ces touristes l'occasion d'accomplir certains rites...
Massacre à la Tronçonneuse, La dernière maison sur la gauche... les références sont clairement là. Pourtant Rob Zombie ne plagie pas et malgré tout, réussi à faire SON film. On aurait pu craindre un clip d'une heure et demi. Il n'en est rien. La réalisation du chanteur est intelligente, originale et surtout bénéficie d'un incroyable travail visuel qui contribue à faire du film une sorte de cauchemar éveillé. On passe du grand guignol potache au réalisme des plus glauques. On notera ainsi une scène hallucinante où deux représentants de l'ordre sont massacrés, sur fond de musique country mélancolique. Rien d'autre que cette musique, pas d'autre bruit. Un passage méchamment efficace. Et pourtant, Zombie n'a pas fini de jouer avec nos nerfs et prolonge la scène par un autre moment fort. Lorsqu'un troisième policier se fait exécuter, la musique s'arrête. Filmé de haut, ne reste qu'une image fixe de la future victime et de son bourreau, avant que le coup de feu ne trouble le silence, trente bonnes secondes plus tard...
Déjà bien violent, Corpses plonge dans l'horreur pure lors d'un final complètement fou, le fameux rituel satanique annoncé. Enterrement prématuré, séance de dissection, créatures difformes... un dénouement bien malsain dont on ne regrettera que la censure, à certains endroits visiblement apparente.
Indéniablement, House of the 1000 Corpses est une réussite et Rob Zombie a quasiment tenu toutes ses promesses. Pas d'héroïnes à la mode, pas de références contemporaines (et pour cause : le film se passe durant les années 70), pas de tueurs masqués. Malgré tout, contrairement à ce qui était annoncé, le final (que je ne vous raconterai pas, mais qu'on peut aisément deviner...) laisse une porte grosse comme une maison pour une éventuelle suite. Suite que d'ailleurs Zombie est en train de mettre en oeuvre. Autre déception : à force de varier les styles, House of the 1000 Corpses se perd un peu. Tantôt potache, tantôt glauque, tantôt surréaliste, le film aurait indéniablement gagné à être uniformément malsain. On est loin de l'absence d'humour tant revendiquée. Dommage.
Quant aux scènes gores si critiquées, finalement pas de quoi fouetter un chat à neuf queues. Corpses est surtout un film à ambiance et si Rob Zombie ne fait pas souvent dans l'ellipse, les scènes explicites sont filmées sous filtres de couleur ou façon clip. Disons que le film dans sa copie d'exploitation est bien saignant tout juste bleu. Mais peut être qu'une version uncut me donnera tort...
Mais ne boudons pas notre plaisir. Rob Zombie, pour un premier film, nous a fait un véritable cadeau et malgré quelques promesses non tenues, à incontestablement gagné son pari. Sans compter qu'il nous offre une belle famille de barjots, campée par d'excellents acteurs qui pour ne rien gâcher, sont tous de véritables "gueules" !
On trouve ainsi Bill Moseley, vu dans Massacre à la tronçonneuse 2, dont la première apparition est d'ailleurs appuyée par un vombrissement bien caractéristique...
Différent des productions actuelles, House of the 1000 Corpses est un hommage réussi à une époque où horreur et humour ne devaient pas cohabiter. J'aurais toutefois aimé que Rob Zombie pousse le vice jusqu'au bout, en faisant lui-même un film à la Fulci, dont le sérieux fait froid dans le dos. Espérons pour la prochaine fois. Il n'empêche, Corpses est un sacré coup de pied dans une porte trop longtemps fermée. Souhaitons qu'il fasse école...
Lestat []

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