Conte ancestral formalisé en 1757 par Jeanne-Marie Leprince-Beaumont, La Belle et la Bête a connu une dizaine d'adaptations à l'écran depuis 1903, bien qu'on n'en retienne généralement que trois : le film réalisé par Jean Cocteau en 1946, la série modernisée avec Ron Perlman, et le dessin animé de Disney. Ce dernier, sorti en 1991, est en réalité un des plus vieux projets du studio Mickey, mais n'a finalement vu le jour qu'à la suite du succès de La petite sirène, qui démontrait que le jeune public pouvait s'attacher à une créature (gentiment) inhumaine. Il sort
cette semaine en DVD et Blu-ray, agrémenté de divers bonus, de commentaires audio, d'une version "work-in-progress" constituée en partie de storyboards animés, et d'une version étendue qui compte 6mn30 de plus que la copie cinéma (elle aussi proposée en option, ce qui est toujours appréciable).
Belle, jeune fille fantasque et ravissante, est convoitée par l'arrogant Gaston, un séducteur cynique perpétuellement escorté d'un faire-valoir crétin logiquement appelé Lefou. Le père de Belle, un inventeur excentrique et marginal, se perd un jour en forêt, et tombe dans les griffes d'un châtelain terrifiant, une bête humaine frappée d'une malédiction... qui ne peut être levée que par l'amour d'une femme.
Si l'intrigue suit la trame du conte originel, elle emprunte également au film de Cocteau le personnage d'Avenant, rebaptisé ici Gaston pour la consonance typiquement française du prénom ; Lefou, quant à lui, n'est pas sans rappeler le personnage de Ludovic. L'opposition entre Gaston et la Bête est assez audacieuse pour l'époque dans une production destinée aux enfants : le personnage "positif" est un monstre velu, aux crocs acérés et au tempérament violent, tandis que l'antagoniste est un beau gosse musclé au sourire ultra-brite. C'est bien là que réside le thème du récit : la véritable beauté est intérieure... On remarque au passage que cette morale ne s'applique pas aux femmes, car Belle est avant tout une bimbo : capricieuse, sans honneur, on peut penser par moment qu'elle ne mérite pas l'amour de la Bête ; mais cette dernière est supposée porter un passé très sombre, que l'on imagine lardé de méfaits divers. Pour compenser la noirceur occasionnelle du scénario, les artisans Disney n'hésitent pas à charger la dose de guimauve dans leur peinture de la relation Belle-Bête, et à développer une idée originale à des fins humoristiques : le personnel de la Bête, frappé de la même malédiction que son maître, s'est transformé en mobilier. Ainsi, le 
majordome est devenu une pendule, la femme de chambre une théière, etc. Le chandelier Lumière, véhiculant l'image traditionnelle du dragueur frenchy, est inspiré de Maurice Chevalier !
Courageux dans ses thématiques, La Belle et la Bête fait également usage de nouvelles techniques d'animation à base d'images de synthèse, timidement testées l'an d'avant sur Bernard et Bianca 2, puis utilisées l'an d'après à plus large échelle dans Aladdin. Comme s'il était nécessaire de marquer encore davantage le statut de film-charnière de cette production, les animateurs y ont glissé bon nombre d'allusions et d'emprunts aux précédents dessins animés Disney : la scène du ravin rappelle Blanche-Neige et les 7 nains, les balais dansants renvoient à Fantasia, la danse de la Belle et la Bête est calquée sur celle de La Belle au Bois dormant, la fumée de la scène finale provient de Taram et le Chaudron Magique...
Pour la première fois, un dessin animé remporta le Golden Globe du meilleur film, l'Annie Award du meilleur film, et se vit nominé à l'Oscar du meilleur film (le vainqueur sera finalement Le silence des agneaux, une autre histoire de Belle et de Bête). Toutes ces récompenses étaient réservées jusque là aux films live, ce qui montre bien l'importance de La Belle et la Bête dans l'évolution de la place dévolue à l'animation dans la culture cinématographique. Quant aux réalisateurs Gary Trousdale et Kirk Wise, qui dirigeaient là leur premier long métrage, ils se retrouveront sur Le Bossu de Notre-Dame (à nouveau une histoire française !) et Atlantide, l'empire perdu.
riffhifi []

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