Partons cinquante années en arrière, à une époque où les Studios Disney collectionnaient les succès artistiques et publics comme le ferait Pixar aujourd'hui. Nous atterrissons dans les années 50, joies de la déduction mathématique, et tombons plus ou moins sur le dix-huitième « Grands Classiques » de la collection Disney : La Belle au Bois Dormant (1959). Si l'idée vous prend de regarder la liste des métrages Disney sortis dix ans avant et dix ans après, vous remarquerez certainement que tous appartiennent à un ensemble souffrant d'une très grosse notoriété, citons en vrac Cendrillon, La Belle et le Clochard, Le Livre de la Jungle, etc. Ce temps est loin, bien loin, et même si les productions actuelles n'ont pas forcément à rougir, il faut reconnaître que le marché n'est plus la chasse gardée exclusive de Disney et que la qualité générale de ses longs-métrages d'animation a subi une perte relative de prestige.

La Belle au Bois Dormant est une des pierres angulaires de cette filmographie, d'une manière technique et artistique. Disney y fait honneur en proposant une version intégralement restaurée, aussi bien au niveau du son que de l'image, dans un format 16:9 qui lui sied à ravir. Le travail effectué sur les retouches se compte en dizaine de milliers d'heures, et sera de la plus grande évidence : si l'aspect général date un peu, l'image est absolument parfaite et admirablement compressée, un minimum pour un classique aussi inoubliable que celui-ci. Le film oublie également le monophonique d'origine et propose une piste 5.1 assez peu utilisée, privilégiant les enceintes frontales. Ce qui n'altère bien évidemment pas la bande sonore, incroyablement bien restituée après cinquante années de monophonie. Des éditions « anniversaire » aussi consciencieuses que celle-ci, on en demande plus souvent, messieurs de chez Disney !
Il m'incombe maintenant la lourde tâche de porter un regard critique sur cet œuvre increvable de l'animation, sur cette histoire qui semble être à l'origine même du mythe du conte de fées. Souvenez-vous de Shrek et de sa parodie assez explicite du genre sus-cité, tout nous ramène à la Belle au Bois Dormant version Disney : un livre qui s'ouvre et se referme pour conter l'histoire, une princesse endormie au sommet d'une tour, un dragon qui en garde l'entrée, etc. Aussi, le découvrir aujourd'hui peut sembler un brin tardif, et ne pas proposer de véritable intérêt. Une erreur, certes, même si les principaux attraits du film sont avant tout techniques. 
La Belle au bois Dormant répond ainsi d'une animation absolument bluffante, où chaque personnage semble avoir été taillé dans un bloc de réalité et se meut avec grâce et précision. Leur traitement psychologique se montre peut-être réducteur, il en devient de fait accessible à la masse, principalement aux enfants (la cible principale), et n'en sont pas moins vivants pour autant. Maléfique notamment, grande méchante de l'histoire, est absolument divine de charisme malgré une présence à l'écran peu nombreuse, et fait partie des grandes figures inoubliables de l'univers « maléfique », justement, de Disney. Il est d'ailleurs assez amusant de constater que le personnage a servi d'inspiration pour le Jafar d'Aladdin. Les décors sont également d'une grande beauté et d'un riche sens du détail, bien que les couleurs paraissent un peu austères au premier abord, et que l'ensemble manque un peu de relief.
La bande originale répond évidemment d'une grande qualité, mais se place en retrait par rapport aux autre classiques de la firme. En définitive, aucune mélodie ne ressort vraiment du métrage et ne reste à l'esprit, malgré quelques très jolis morceaux tirés du ballet éponyme de Piotr Ilitch Tchaïkovski.
Un des joyaux de la collection « Grands Classiques » de chez Disney, restauré dans les moindres détails pour une édition anniversaire tout simplement indispensable. La jeune génération aura peut-être l'impression d'avoir déjà tout vu de ce long-métrage d'animation, à l'origine de bien des légendes, mais il reste sur de nombreux aspects la preuve irréfutable de la maîtrise des studios Disney, capables d'user de fantaisie sans pour autant utiliser les poncifs sentimentales du genre.
P.S. : Le film est accompagné d'un deuxième DVD de bonus bien fourni, véritable petite mine d'or d'infos et d'archives.
Nicolas []

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