Alors que le troisième épisode cinématographique d'Astérix affûte ses gros sabots en vue d'une sortie prochaine, souvenons-nous que le premier opus, déjà produit par Claude Berri, sortait il y a près de 10 ans avec un vacarme qui n'avait d'égal que la nullité crasse de son contenu. Doté d'une production cosmopolite car franco-germano-italienne (d'où la présence des acteurs allemands Gottfried John et Marianne Sägebrecht, grossièrement doublés en post-production), Astérix et Obélix contre César était à l'époque le film le plus cher jamais tourné en langue française, avec un budget de 280 millions de francs (43 millions d'euros, ce qui ferait probablement un peu plus si on le ramenait aux valeurs d'aujourd'hui). Grâce à son pognon et un casting de stars franchouillardes (Christian Clavier et Gérard Depardieu, déjà réunis dans le faiblard Les anges gardiens, mais aussi Pierre Palmade, Sim, Michel Galabru, Daniel Prévost...) accompagnées du populaire Italien Roberto Benigni, le film n'avait guère besoin de s'encombrer d'un scénario cohérent, ni même d'un titre qui tienne la route (César n'est pas l'antagoniste de l'histoire, mais qu'importe). Là où certains des dessins animés d'Astérix mêlaient parfois, avec plus ou moins de bonheur, deux albums différents pour obtenir une intrigue plus longue, Claude Zidi prit le parti de mélanger huit albums différents pour obtenir la tambouille indéfinissable finalement étalée sur l'écran. On retrouvera donc pêle-mêle des éléments de Astérix le Gaulois, Astérix légionnaire, La zizanie, Le devin, Astérix chez les Goths, Le combat des chefs, La serpe d'or et Obélix et compagnie, saupoudrés de quelques scènes entièrement nouvelles (chic alors) comme celle où Astérix affronte divers animaux supposément féroces sous l'œil torve d'Obélix qui s'abstient d'intervenir, ou le final ridicule qu'on croirait sorti (mais en fait non) d'un des pires albums écrits par Uderzo en solo.

DR.A l'arrivée, on compte trois intrigues, sans aucun rapport entre elles : l'amourette d'Obélix (Depardieu) pour Falbala (Laetitia Casta), l'histoire du trésor public (dont le voleur restera mystérieusement impuni) et les agissements fourbes de Detritus (Roberto Benigni) pour devenir César à la place de César (Gottfried John).
Difficile d'imaginer, avec le recul, que le film ait pu rencontrer un succès suffisant pour que deux suites soient envisagés. De la bande dessinée d'origine, que reste-t-il ? L'apparence extérieure des personnages, bien que les deux héros soient bizarrement affublés de peaux de bêtes supposés les rendre plus "crédibles" en Gaulois ; la mise en image du village, reconstitué avec minutie ; et la recréation des baffes infligées aux Romains, avec décollages verticaux et chutes en piqué. Diablement insuffisant pour le spectateur curieux de retrouver l'esprit de Goscinny, remplacé ici par un humour d'une puérilité indigne d'une cour de récréation d'école primaire. Peu soucieux de répliquer la verve et l'astuce de l'auteur, Zidi et le dialoguiste Lauzier (pourtant brillant bédétiste par ailleurs) vont jusqu'à nommer un personnage Mathusalix, au détriment de la logique de la bande dessinée (pourtant simple) qui consiste à ne constituer les noms gaulois qu'à partir de mots en "isque", "is", "ique", ou même "i". Ils l'auraient appelé Vieudébrix, ça marchait. Rabougrix, Choctermix, Antinomix, ça marchait. Des noms gaulois, un enfant de 10 ans peut en faire quinze à la douzaine, et pourtant ce simple exercice semble hors de portée des auteurs d'un film à 280 millions de francs, qui préfèrent multiplier les séquences de bagarres Gaulois-Romains et oublier toute velléité de 
DR.faire rire ou d'intéresser le spectateur. Ce dernier n'aura pas même la chance de voyager, puisqu'on ne sort jamais des environs du village breton.
Ceux qui auront survécu à ce pensum, au-delà même de son interminable épilogue dépassant tranquillement les dix minutes, penseront sauver leur soirée en insérant dans leur lecteur DVD le Mission Cléopâtre de Alain Chabat. Que ceux-là soient prévenus : ce qui n'était déjà à l'époque qu'une suite de gags sans aucune ambition cinématographique est devenu aujourd'hui un soufflé dégonflé, accusant péniblement le côté "effet de mode" de son succès. Alors bien sûr, c'est supérieur à l'étron dont on parle ici, mais à vaincre sans péril...
Et si, en fin de compte, Astérix était inadaptable ? Goscinny affirmait que c'était le cas, et les projets d'adaptation mettant en scène Louis De Funès (dans les années 60) et Daniel Auteuil (dans les années 80) ont méchamment capoté. Tentative de réponse après la sortie du troisième film. Qui fait déjà très peur.
riffhifi []

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