C'est le premier jour pour le Lieutenant Bishop, nouvelle recrue de la police de Los Angeles. Des débuts qu'il pensait pépères, chargé par son supérieur d'assurer le service minimum au commissariat d'Anderson, en plein déménagement. Deux heures plus tard, les premiers coups de feux éclatent... L'histoire d'Assaut, tout le monde la connaît même sans avoir vu le film et pour cause, elle est devenue un canon du genre : l'alliance des intégrés et des marginaux, ou plus simplement, des gentils et des méchants, contre une menace commune. En l'occurrence, le policier Bishop et le meurtrier Napoléon Wilson, obligés de faire feux communs pour sauver leurs vies dans un commissariat assiégé par une bande de truands.
En 1976, John Carpenter a 28 ans, il est sorti depuis peu de l'école de cinéma et a fait ses premières armes avec Dark Star. Il est désormais temps pour lui de passer la seconde et de sortir le film de la confirmation. Réagissant déjà au mépris de son époque, qui préférait alors un cinéma plus hors-norme ou contestataire, où se mêlent à l'écran libérations sociale et sexuelle, Carpenter livre avec Assaut un film d'action résolument vieille école, ancré dans une conception qui doit beaucoup au western. Le réalisateur ne cachera d'ailleurs jamais ni son admiration pour Howard Hawks ni le fait que son film soit un remake urbain de Rio Bravo. Assaut sort ainsi sur les écrans américains dans une indifférence générale, premier bide d'une carrière qui en connaîtra d'autres. Les commentaires vont bon train : le film est déjà daté, parait réac', voire même défend une idéologie douteuse par son à-propos qui semble prôner une justice musclée et expéditive. Dans cette décennie qui a débuté avec Easy Rider, il n'a tout simplement pas sa place. Chez nous, il aura la malchance de sortir en pleine censure giscardienne : pas de pub, scènes coupées et interdiction aux moins de 18 ans. En Angleterre en revanche, Assaut est un joli succès, c'est même de là que Carpenter pourra embrayer sur Halloween. Mais ça, c'est une autre histoire. Si Assaut surprend lors de sa sortie, en bien et en mal, c'est également un film qui surprend dans la carrière de Carpenter. Nous sommes là devant un film d'action simpliste, référentiel, aux rôles bien déterminés et aux figures héroïques bien trempées. On ne trouve pas encore tellement cette glorification de la marginalité et de l'anti-héros qui, à sujet quasi-similaire, caractériseront le réalisateur par la suite. L'intéressé dira d'ailleurs "j'ai fait ce film alors que j'étais toujours du côté de la cavalerie, et pas encore de celui des indiens". Une déclaration qui se confirme à la vue d'autres de ses films comme Invasion Los Angeles ou New York 1997, où Carpenter retourne sa veste, aussi bien du point de vue de son engagement que de celui de ses personnages. Il ne serait ainsi pas incongru de voir en Assaut un film de droite -dans la lignée de l'Inspecteur Harry par exemple- alors qu'Invasion Los Angeles apparaît plus de gauche, montrant un laissé pour compte se révolter contre un système établi. Ceci étant dit, n'oublions pas que le cinéma est avant tout un divertissement, ne rendons pas ronge-crâne ce qui ne doit pas l'être.
"Vous auriez pas un clope ?"
Tourné en quatre semaines pour une poignée de dollars, Assaut, tout aussi démodé apparaissait-il, n'en reste pas moins un petit chef d'oeuvre qui aujourd'hui n'accuse pas ses trente ans. Carpenter nous livre ici un film tendu, aride et violent, qui ne s'encombre ni de dialogues, ni de bons sentiments. La romance est littéralement évincée. Dans Assaut, on tire, on raconte pas sa vie et tout le monde peut y passer. Le passage le plus célèbre du film est d'ailleurs cette scène choc, où un délinquant assassine une petite fille. Un simple coup de pétoire, totalement dénué d'artifice, sans un mot. La scène est d'une simplicité exemplaire, rapide, sans ellipse, ce qui ne la rend que plus efficace. Elle est également annonciatrice d'un message clair : ce tabou transgressé, tout est désormais possible. Pourtant, Assaut n'est pas réellement un film musclé. Son rythme plutôt lent, son aspect silencieux le met dans une catégorie un peu à part. Ce qui caractérise Assaut, c'est son côté implacable, feutré et inexpliqué. Autour du commissariat assiégé, les truands avancent par vagues, lentement, dans une obscurité persistante. On ne saura jamais clairement qui ils sont et, hormis un vague argument de représailles, pourquoi ils sont là. Leurs visages n'apparaissent que furtivement. La fusillade qui entame le siège illustre ces principes : les armes équipées de silencieux sifflotent dans la nuit, émiettant le lieu retranché sous des impacts dont on ne peut que voir la conséquence sans en entendre le bruit. Nous avons ici un retournement de valeur, le silence, synonyme du calme et de la quiétude, en devient synonyme de mort, une mort qui vient d'on ne sait où. Pourtant, Assaut a de paradoxal d'être un film muet où le son a une importance primordiale. Le son a ici un traitement un peu particulier. Il sert ainsi à créer des antagonismes, les silencieux des assiégeants s'opposant aux rugissements des shotguns qui arment les assiégés. Il permet également de jouer sur le suggestif, comme dans cette scène géniale où deux flics en patrouille entendent un clapotis sur leur toit. "Il commence à pleuvoir", lâche nonchalamment l'un d'eux. En fait de pluie, le sang d'un cadavre suspendu, qui nous sera montré plus tard. La musique, signée par Carpenter lui même, traduit bien cette ambiguïté par rapport à l'élément sonore, tour à tour inexistante et indispensable. La musique d'Assaut est comme le film, d'une simplicité extrême, cinq petites notes et puis voilà. Pourtant en cinq notes, Carpenter parvient à créer, outre une identification immédiate, le support parfait à l'aspect rêche et implacable de son film, intervenant quand il faut où il faut, tout en n'oubliant pas la part de mystère. Assaut est encore une fois un film simple, très simple, d'une simplicité telle qu'elle en devient d'une richesse inouïe. Simplicité des scènes d'exposition, cernant la personnalité de chacun en quelques phrases. Simplicité de l'action, linéaire et brutale. Simplicité d'une mise en scène assez ample qui s'accommode parfaitement du lieu exigu qu'est ce commissariat transformé en Alamo. Par certains points, Assaut revêt même une dimension plus fantastique, avec ces lentes avancées, ces morts qui disparaissent, les assaillants qui paraissent innombrables. Il y a un aspect assez irréel qui parait surnaturel. Un parti pris pleinement assumé, Carpenter avouant -encore- qu'Assaut s'inspire autant des westerns que de La Nuit des Morts Vivants : lieu confiné et assiégé, lieu paisible rendu inquiétant, héros noir, bras qui traversent les fenêtres...la confrontation entre les deux classiques est effectivement inévitable. A la différence que Romero révolutionnait son petit monde alors que Carpenter utilise les vieilles marmites. Vieilles marmites où l'on fait comme de bien entendu les meilleurs plats.
Avec Assaut, Carpenter rend avant tout hommage au cinéma qu'il aime et ne cherche pas plus loin. Assaut, le temps d'un film, est la renaissance des héros, d'un cinéma moral et populaire porté par des figures charismatiques, courageuses et droites dans leurs bottes. Un film d'un genre résolument westernien, peut être de toute la filmographie de Carpenter celui qui en est le plus affilié, où l'on retrouve le shérif, le bon desperado et au milieu, la belle dame. A sa sortie, le film n'a pas été un pavé dans la mare, et Carpenter lui-même se détourna de ce genre "réaliste", pour y revenir sous couvert de la Science Fiction, dans New York 1997 ou dans Ghost of Mars. Bien que sans réels défauts, ce n'est pas le meilleur film de son auteur. On aura connu Carpenter plus visceral. Pourtant Assaut a clairement influencé les cinéastes. Par exemple, il est surprenant de constater que l'excellent Nid De Guêpes n'est finalement rien de plus qu'un faux remake d'Assaut, dont il reprend la plupart des scènes clés. Ne jetons pas la pierre à Florent Emilio Siri, Carpenter ayant bien repompé Hawks. Assaut est aujourd'hui un peu méconnu, le réalisateur et journaliste Christophe Gans le qualifiant par exemple de "classique un peu fantôme", ce qui lui correspond bien. Paradoxal jusqu'au bout, il fait partie de ces films démodés et indémodables, plaisir régressif que l'on regarde sans fin. Attendons le remake de Jean-François Richet qui devrait au moins rafraîchir quelques mémoires...
Lestat []

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