6.5/10TRON l'héritage : un univers sans âme

/ Critique - écrit par Nicolas, le 10/02/2011
Notre verdict : 6.5/10 - Papa TRON (Ecrivez votre critique)

Tags : tron film sans monde daft heritage punk

A l'image de son Jeff Bridges jeune, TRON l'héritage est un film extrêmement synthétique, pour le plaisir des yeux et des oreilles uniquement.

Au beau milieu des années 80, le grand PDG de l’entreprise informatique ENCOM, Kevin Flynn, disparaît mystérieusement, laissant son film Sam sans parent. 25 ans plus tard, Sam Flynn est un marginal, loin des affaires de l’entreprise familiale même s’il détient toujours la majorité des actions. Un jour, l’ancien associé de son père, Alan Bradley, reçoit un message émis par un téléphone désaffecté de l’ancienne salle de jeux de Kevin Flynn. Il n’en faut pas plus pour Sam d’y voir un espoir de retrouver son père, mais sa quête va l’amener à poser les pieds dans le monde cybernétique de la Grille…

TRON l'héritage : un univers sans âme
DR.Dès l’introduction du film, un message nous prévient : certaines scènes seront diffusées en 2D, et c’est volontaire. Dans les faits, tous les plans se déroulant en-dehors de l’espace numérique ne bénéficieront pas du relief, un procédé qui avait déjà été expérimenté avec des films de qualité moindre (notamment le Spy Kids 3D de Rodriguez) et qui s’applique ici avec une réelle pertinence. Quoi de mieux pour souligner le changement d’univers et le passage à la bio-numérisation ? Que les futurs usagers se rassurent, ils en auront pour leur argent, les trois-quarts du film nécessitent l’usage des lunettes et peuvent être félicités d’afficher une 3D exemplaire à bien des égards – le minimum pour un film qui se revendique comme la suite de l’avant-gardiste TRON, même si ce dernier a mal supporté le poids des années. Sans avoir vu le film, effectivement, on pouvait déjà se convaincre que l’accent serait davantage mis sur la forme plutôt que sur le fond, une conviction diablement renforcée pendant la séance. Visuellement, donc, le film tient la route, et se dote d’une réelle identité physique. TRON l'héritage : un univers sans âme
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Il y a beaucoup d’idées graphiques et une réelle volonté de créer un nouvel univers, même si celui répond à certains codes esthétiques mais néanmoins formatés du cyber-punk. Les personnages se débarrassent donc de leurs horribles casques de chantier pour laisser leur tignasse s’agiter aux vents (numériques), et s’habillent désormais dans des justaucorps très moulants – mais soyez confiants, les deux ou trois filles qui apparaitront à l’écran ont suffisamment de sex-appeal pour que le résultat soit agréable à l’œil. TRON l’héritage complète son joli portrait avec une musique originale signée Daft Punk, pas désagréable à l’oreille malgré des accents musicaux plutôt étranges. Ce décalage sonore suffit à conférer au film des allures d’OVNIs cinématographiques, à la fois simple à approcher et difficile à pleinement saisir.
Le fond, on pouvait s’en douter, TRON l’héritage le néglige. A l’inverse de son enveloppe visuelle de très belle facture, la prose des scénaristes ne nous destine pas à un voyage intellectuel. Le propos est cohérent, certes, mais manque d’originalité et de saveur au point de ne susciter aucune émotion particulière.
Pas de rires, pas de pleurs, pas de pitié, rien du tout, le spectateur restera neutre et ne s’inquiètera que très mollement du sort des personnages principaux, eux-mêmes plutôt survolés. Il y a un bien un début de réflexion avec le personnage de Jeff Bridges, devenu une sorte de moine cybernétique, mais le reste des acteurs ne seront que des satellites gravitant autour d’une planète vaguement hospitalière. On gardera à l’esprit le sourire enjôleur de Garrett Hedlund et les jambes sculptées d’Olivia Wilde, chacun profitant de la moindre occasion pour les placer à l’écran.
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Le plus étonnant reste encore la version « jeune » de Jeff Bridges, positionnée en grand méchant du film ; et pour cause, son visage est un trucage numérique qui peine à reproduire le jeu de l’acteur. Sur une photo, aucun problème, on y croit, mais en mouvement, il affiche quelque chose de trop synthétique pour être crédible. Dommage.
TRON devient une franchise, et se destine à devenir un nouveau produit culturel de l’envergure de Star Wars. En a-t-il les épaules ? La question reste ouverte, mais le film se dote d’une identité visuelle assez forte pour devenir un classique de la science-fiction, où les sabre-lasers sont remplacés par des disques lumineux servant à la fois d’armes et de matérialisation existentielle. De là à imaginer que Sam Flynn devienne le nouveau héros des temps modernes, il y a un pas de géant à franchir, mais les plus affutés iront jusqu’à voir des pistes de réflexion pas désagréables, qui avaient déjà été abordées pour la plupart dans le premier volet.

Effets numériques à la pointe de la technologie, 3D relief d’une qualité estimable, et musique inhabituelle, voilà tous les éléments qui font de TRON l’héritage une œuvre décalée, porteuse d’une réelle identité à défaut d’avoir une âme. Aucune surprise à avoir côté scénario, le film utilise des ressorts scénaristiques archi-connus servant de prétexte à la création de cet univers cybernétique destiné à être le terrain d’un bon nombre de jeux vidéo futurs, on l’imagine déjà.


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