9.5/10Gran Torino

/ Critique - écrit par riffhifi, le 26/02/2009
Notre verdict : 9.5/10 - Du Gran tard (Ecrivez votre critique)

Tags : torino gran film eastwood clint france walt

Jusqu'ici, la Gran Torino était la voiture de Starsky et Hutch. Désormais, ce sera celle de Clint Eastwood, qui livre ici un de ses meilleurs films.

En 1992, Impitoyable et ses quatre Oscars scellaient la fin d'une carrière de cow-boy pour Clint Eastwood. On aurait même pu croire qu'à 60 ans passés, il renoncerait à passer de nouveau devant la caméra. Grossière erreur : en 1994 il était un garde du corps présidentiel (Dans la ligne de mire), en 1997 un monte-en-l'air piégé dans une intrigue criminelle (Les pleins pouvoirs), et en 2000 rien moins qu'un cosmonaute septuagénaire qui retourne dans l'espace (Space cowboys, un titre qui n'a rien d'innocent). Les années 2000 l'ont vu s'éloigner des objectifs (il joue cependant un énième ersatz de Dirty Harry dans Créance de sang en 2002), mais pas des caméras puisqu'il réalise quasiment un film par an et remporte à nouveau plusieurs Oscars. Après avoir livré plusieurs films sombres, impeccables et (mais ?) académiques (le plus récent étant L'échange sorti il y a moins de quatre mois !), Clint se met à nouveau en scène, dans une œuvre aussi simple que riche, à la fois synthèse et évolution de sa légende. Réalisateur révéré, acteur iconique
depuis plus de quarante ans, producteur indépendant et compositeur occasionnel de ses propres bandes originales, le gentleman grogneur d'a pas réellement d'équivalent dans le monde du cinéma. Ce qui fait de Gran Torino une œuvre unique et marquante.

« Il n'a pas de pré­fé­rence. Il dé­teste tout le monde : les juifs, les mé­tèques, les an­gliches, les Ir­lan­dais, les né­gros, les chi­ne­toques, les japs, faites votre choix. » C'est en ces termes qu'en 1971, les collègues de Harry Callahan parlaient de lui. La description peut s'appliquer telle quelle à Walt Kowalski, le personnage incarné cette année par Clint Eastwood dans Gran Torino : rien d'étonnant à ce que la rumeur ait fait de ce nouveau film un sixième épisode de L'inspecteur Harry... Il n'en est rien, et il ne s'agit pas non plus de la suite du Pink Cadillac de 1989, mais ce nouveau rôle ne se cache pas pour autant d'être une prolongation de tous les durs-à-cuire croisés dans la filmographie de l'acteur, en même temps qu'un point final (d'orgue) apposé à cette lignée. Eastwood joue avec le public, et n'hésite pas à établir une connivence basée sur la connaissance de ses rôles antérieurs (Harry Callahan en tête). Vétéran de la guerre du Corée misanthrope et raciste, prêt à sortir de chez lui l'arme au poing dès qu'on piétine ses nains de jardin, Walt méprise tout le monde ; rien ni personne ne trouve grâce à ses yeux, Clint bouffe du curé au petit-déjeuner
Clint bouffe du curé au petit-déjeuner
ni ses petits-enfants éduqués de façon laxiste, ni le jeune prêtre qui tente d'établir le dialogue, ni la famille Hmong qui habite la maison voisine de la sienne. Lorsque le jeune Thao s'introduit dans le garage du veuf aigri pour lui piquer sa Gran Torino 1972, le vieux bonhomme dégaine son fusil sans réfléchir plus loin... Il est loin de se douter que sa vie commence à changer, car il n'est jamais trop tard.

Au-delà de la fable, pétrie d'humanité mais jamais dégoulinante de mièvrerie, Gran Torino est avant tout un film généreux, qui n'hésite pas à faire le grand écart entre la franche comédie et le drame poignant : les dialogues renvoient aux réparties hilarantes de La relève et aux répliques fleuries du Maître de guerre, ce qui rend d'autant plus efficace la dernière partie du récit. Clint Eastwood prouve que l'émotion n'a pas besoin de violons, que la force d'un film ne réside pas forcément dans les fusillades, et réussit à parler de choc des cultures et de passation générationnelle sans verser dans le didactique. Chez Malpaso (la société de ... mais au dîner, il ne pensait pas manger asiatique.
... mais au dîner, il ne pensait pas manger asiatique.
production d'Eastwood), cette passation se fait à tous les niveaux : le monteur Joel Cox, fidèle depuis 1976, partage désormais la tâche avec Gary Roach, tandis que le compositeur Lennie Niehaus présent depuis 1979 se contente d'orchestrer la partition composée par Kyle Eastwood.

Réalisateur depuis 38 ans (29 films), acteur depuis 53 ans (59 films sans compter les productions télé comme la série Rawhide), Clint Eastwood a bien mérité de prendre sa retraite après un chef d'œuvre comme Gran Torino. Mais... attendez... il est en train de tourner un film sur Nelson Mandela ? Mais il met quoi dans son bol de céréales ?!