« Ceci est un Magnum 44, la plus puissante arme du monde... » La réplique est culte, le film ne l'est pas moins. Mais si l'inspecteur Harry fait partie aujourd'hui de l'inconscient collectif du cinéma, la réaction des critiques au moment de sa sortie ne fut pas tendre...
San Francisco est en émoi : un psychopathe abat d'innocents citoyens pris au hasard, en réclamant que la ville lui paie une rançon exorbitante. Harry Callahan, un flic aux méthodes peu orthodoxes mais au pantalon bien rempli, se lance à ses trousses.

DR.« Quand un gars à poil court derrière une fille la queue en l'air et un couteau de boucher dans la main, c'est drôle j'ai peine à croire qu'il est en train de quêter pour la Croix Rouge. »
L'intrigue paraît classique, elle était d'autant plus efficace en 1971 qu'elle s'inspirait des agissements du Zodiac, ce tueur fou qui s'amusait à communiquer avec la police. L'analogie est évidente : le personnage choisit comme nom un signe du zodiaque, Scorpio, ses victimes n'ont aucun lien apparent entre elles et même ses lettres sont rédigées d'une écriture qui imite celle du véritable Zodiac. A l'époque de la sortie du film, les spectateurs étaient donc particulièrement prêts à voir un flic de choc traquer ce type de personnage avec violence et ténacité. Quitte à enfreindre quelques lois par-ci par-là. Et c'est sur ce point que les critiques n'ont pas suivi, sautant sur l'occasion pour accuser l'Inspecteur Harry de fascisme, tout en reconnaissant la maîtrise technique et narrative impressionnante de Don Siegel.
Mais après tout, que représente Harry Callahan ? Un modèle, un policier idéal ? Certainement pas. En réalité, peu de gens supporteraient d'habiter une ville dans laquelle un inspecteur de police flingue les voitures sans sommation en finissant son hamburger. Dans un film en revanche, ce type d'attitude est non seulement acceptable, mais elle représente l'héroïsme absolu : Harry est un super-héros, une sorte de Batman armé d'un Magnum (Clint Eastwood aurait d'ailleurs été un excellent interprète du justicier masqué). Il fait fi des lois et se jette sur les malfaiteurs sans s'occuper de leurs droits civiques, mais le spectateur le soutient parce qu'il sait que Harry est épris de justice, et qu'il peut tirer dans l'oeil d'une guêpe à 300 mètres sans même prendre le temps de viser. Il n'est pas question de réalisme, mais d'un cinoche qui assume sa fonction d'exutoire.
La virulence des critiques lors de la sortie tient sans doute au lien entre l'actualité et le scénario : il les empêchait de faire la distinction entre fiction et réalité. Avec le recul, Dirty Harry apparaît pour ce qu'il est : un excellent polar, aux limites du western urbain, superbement mis en scène et porté par une musique impeccable de Lalo Schifrin, qui composera également les bandes originales de presque toutes les suites du film.

DR.« Il n'a pas de préférence. Il déteste tout le monde : les juifs, les métèques, les angliches, les Irlandais, les négros, les chinetoques, les japs, faites votre choix. - Et qu'est-ce qu'il pense des Mexicains ? - Les pires de tous les métèques. »
Harry Callahan a un surnom : Dirty Harry, traduit en français par « Harry le charognard » ou « ce salaud de Harry ». Un sobriquet pareil se mérite, et son jeune partenaire mexicain en cherche la raison pendant le film. Il ne découvre qu'une chose : Harry a des faiblesses, il est frustré et aigri, et emmitoufle sa tristesse dans une carapace de misanthropie bien rude. Mais il n'est ni raciste ni sadique, il croit en ce qui est juste et cherche à faire le bien, sans prendre le temps de réfléchir aux conséquences à long terme de ses actes. Don Siegel dit d'ailleurs du personnage : « C'est un puritain, un homme amer. Il n'aime pas les gens. Il n'a aucun égard pour ceux qui violent la loi et il n'aime pas la façon dont la loi est appliquée. »
L'inspecteur Harry est le deuxième rôle de flic pour Clint Eastwood, après Un shérif à New York, également réalisé par Don Siegel. Il sera la matrice de tous ses rôles suivants, mais servira aussi de modèle au héros typique de films d'action des décennies suivantes, du Martin Riggs de l'Arme Fatale au John McClane des Die Hard.
Dirty Harry connaîtra quatre suites : Magnum Force en 1973 (un bon opus), L'inspecteur ne renonce jamais en 1975 (le plus faible du lot, et le pire titre français), Le retour de l'inspecteur Harry en 1983 (un grand moment, réalisé par Clint lui-même) et L'inspecteur Harry est la dernière cible en 1988 (un petit air de téléfilm, mais quelques bons acteurs comme Liam Neeson et Jim Carrey). Mais comme souvent, aucune ne vaut l'original.
riffhifi []

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