6/10Godzilla final wars

/ Critique - écrit par Lestat, le 03/09/2005
Notre verdict : 6/10 - Le Monstre est vivant (Ecrivez votre critique)

Tags : godzilla film films kitamura final wars ryuhei

Le Monstre est vivant

Il ne faisait pas bon sortir de chez soi durant les années 50 et 60. Théâtre d'expérimentations en tout genres et de péril atomique, ces décennies serviront de terrain de chasse à une meute de monstres mutants qui n'aiment rien tant que gambader dans les prairies ou kidnapper la belle héroïne. Des guêpes par-ci (Monster from Green Hell), des fourmis par-là (Them) en passant par les sangsues (Attack of the Giant Leeches), l'araignée, la mante religieuse, le lézard (The Giant Gila Monster)... 1953 est une date importante, celle du Monstre des Temps Perdus d'Eugène Lourié, où une créature réveillée par des tests nucléaires menace New York. C'est sans doute à partir de là que ce genre typiquement américain migrera vers un autre continent où il prendra de nouvelles lettres de noblesse, au point d'en devenir une branche bien précise : le Kaiju Eiga.
C'est en effet dès 1954 que le Japon envoie sa réponse au film de Lourié, accouchant là d'un enfant terrible, gros lézard symbolisant les traumas de tout un pays ravagé par la Bombe. Godzilla, qui prenait alors vie sous la caméra d'Inoshiro Honda, pour le compte d'une compagnie qui deviendra mythique, la Toho. Devenu fer de lance du Kaiju Eiga, puis du film de monstres en général, Godzilla se décline petit à petit en franchise plus ou moins solide, dont les films, destinés à des publics plus ou moins âgés, feront piétiner des villes à notre furibard géant jusqu'aux années 80. Pendant ce temps, Godzilla voit surgir des petits frères. Gamera, la titanesque tortue. Mothra, la mite géante, elle aussi issue de la Toho. Quant au roi des monstres, il fait le coup de poing contre d'autres créatures aussi énervées que lui. Mothra bien sûr, mais aussi Hedorah, sorte de tas de détritus sur patte, Biollante, un machin tentaculaire, Megaguirius, qui pourrait être l'enfant bâtard d'un scorpion et d'un poisson volant, Mechagodzilla, double maléfique et cybernétique de notre lézard adoré, Gigan, une scie sauteuse ambulante avec deux gros crochets à la place des mains, Rodan le ptérodactyle et bien sur, King Ghidorah, un impressionnant monstre à trois têtes. Une carrière chargée, où Godzi montra à King Kong lui même de quel bois il se chauffait. N'oublions pas non plus le mignon Minya, sosie de Casimir et fils de Godzilla. Un peu de finesse dans ce monde de brutes.
Présenté comme ceci, le Kaiju a surtout figure de grosse foire d'empoigne entre craignos-monster. Pourtant, les (bons) représentants du Kaiju font souvent preuve d'une certaine poésie, se construisant parfois moins comme des films de SF que comme des drames alarmistes, où plane cette ombre de l'atome, qui raya Hiroshima et Nagasaki de la carte. Le premier Godzilla notamment, métaphore à peine voilée des plaies d'un Japon vaincu.

2004. L'année d'un anniversaire. Godzilla est devenu une légende. Il lui fallait une sortie digne de ce nom. Pour les cinquante ans du lézard, la Toho voit grand. Un film hommage, où Godzilla reviendrait entouré des principales créatures qui peuplaient ses films, ultime barouf d'honneur avant de retourner une bonne fois pour toutes dans les eaux. A la réalisation, après une succession de noms - dont celui de Takashi Miike - c'est finalement Ryuhei Kitamura qui aura la lourde tâche de diriger tout ce petit monde dans Godzilla Final Wars, dans les intentions aussi énormes que son bestiaire.

Gruiaaaaaaaar !!!

Dans un futur proche, où Godzilla est prisonnier des glaces, les humains sont toujours victimes d'attaques de monstres géants. Pour les contrecarrer, une unité d'élite spéciale a été créée, la force M, composée de d'humains-mutants aux capacités physiques hors du commun. Alors que la recrudescence des monstres atteint un stade critique, apparaît dans les cieux un curieux astronef. A son bord, des extraterrestres, les Xiliens, qui proposent un traité de paix au peuple de la Terre. Mais bientôt, les Xiliens dévoilent leurs véritable nature et une guerre totale s'enclenche. Pour résister, une petite troupe de forces M entreprend de réveiller Godzilla, seul capable de battre l'envahisseur et les monstres géants que les Xiliens contrôlent désormais...

Disons-le tout net. Si vous ne jurez que par les images de synthèse, êtes allergique au style bourrino-débile du réalisateur de Versus et que par-dessus tout, reniez tout ce qui ne ressemble pas de près ou de loin à un scénario clair et cohérent, il vaudrait mieux passer votre chemin au risque de maudire le cinéma asiatique pour dix générations. Si en revanche vous jubilez de voir des monstres en caoutchouc se foutre joyeusement sur la tronche, que petit vous fabriquiez déjà des maisons en carton pour marcher dessus en grognant, aimez le catch et que, nom de Zeus, vous êtes déjà venu à bout de scénarios plus bordéliques que celui résumé, et bien ma foi... il vaudrait mieux passer son chemin aussi ! Et oui, larmes, tristesse, détresse, là où l'on attendait un film plein de bestioles qui vocifèrent dans tous les coins, nous n'avons qu'un film de Science Fiction à l'ancienne, avec quelques bouts de lézards dedans pour faire bonne bouche et justifier le titre. Mais qu'a-t-il pu se passer ? Pourtant, il y a du monde sur l'écran. Mothra est dans la place, Hedorah aussi, Gigan également, Rodan derechef, le Godzilla de Roland Emmerich fait un peu de figuration, Minya a son petit rôle à jouer, puis il y a une mouche géante, un serpent de mer, une araignée géante, une boule de piques répondant au doux noms d'Anguirus, et un super méchant qui s'appelle Monster X et tout et tout... Qu'est-ce qui cloche ? Les effets spéciaux ? Que nenni, bond en arrière jusqu'au bon vieux temps des costumes en latex et des maquettes écrabouillées. De la destruction massive à l'ancienne, sans images de synthèses ou si peu, et c'est tant mieux parce qu'elles sont ignobles. Dans Godzilla Final Wars, tout fonctionne à l'ancienne, jusque dans l'utilisation d'effets résolument vieillots, tels ces plans typiques du film de monstres où les personnages, par un habile tour de passe-passe visuel, sont placés dans le même plan que les créatures géantes. C'est un peu kitsch, assez nostalgique, parfois tendrement Z. Il y a dans Godzilla Final Wars tout un aspect artisanal et le film a un charme fou.

Mais alors quoi ? Où donc blesse le bât dans Godzilla Final Wars ? Fonctionnons à l'exemple : vous avez vu Alien Vs Predator ? Il y a dans ce film une chose commune à ce versus géant qu'est Godzilla Final Wars. Une chose rageante, qui donnait l'impression de ne pas être à sa place. De quoi je veux parler ? Réfléchissez, vous l'avez, c'est au bout de votre langue... l'humain, tonnerre de Brest ! Ici la force M, sorte de groupe d'X-Men sans super-pouvoirs qui doivent sauver le monde des méchants extraterrestres. Et ça parlotte, et ça se bat et ça magouille... une heure plus tard, les Xiliens ont tout cassé chez nous, mais toujours point de Godzilla à l'horizon. Quelques bébêtes assurent l'intérim entre-temps, effondrant de-ci de-là. C'est peu pour le spectateur avide de lézard atomique, attiré par l'affiche montrant Big G dans toute sa splendeur. Quand il daigne enfin pointer son museau, c'est pour envoyer au tapis toute la cohorte bipède, volante ou quadrupède. Des combats parfois jouissifs - Godzilla met une raclée à son homologue américain, génialement recréé en image de synthèse -, parfois amusants d'absurdité - le combat contre Anguirus se transforme en improbable partie de foot -, mais excepté le combat final, tous sont beaucoup trop courts, quand il ne côtoient pas le subliminal - le combat contre Hedorah. Sans compter que les humains ne sont toujours pas oubliés. Qu'est-il donc passé par la tête des concepteurs de Godzilla Final Wars pour mettre ses stars au second plan ? D'autant que le film passerait presque pour ennuyeux, car lorsque Godzilla et ses amis disparaissent de l'écran, ils entraînent dans leur sillage toute la beauté d'antiquité du film. Lorsqu'il doit s'intéresser à la force M, ses petites histoires - entraînement, lutte d'égo, guerre fratricide... - et sa lutte pour sauver la planète, le style de Kitamura devient soudain beaucoup plus moderne, quitte à faire passer le dernier Michael Bay pour un Cronenberg, et de fait, beaucoup moins original. Et l'on baille devant un bullet-time inutile, on soupire devant un duel en moto semblant sortir de MI2, on hurle devant une bataille spatiale pompée sur Independance Day, alors qu'auparavant, notre Godzilla avait si bien rendu ses comptes à Emmerich. Il y a aussi quelques vrais clins d'oeils. Un peu de Versus forcément, un peu de Matrix aussi. Rien de très enthousiasmant. On peut toujours se distraire devant Don Frye, acteur proprement mauvais issu du monde du Free Fight.

Ratage, Godzilla Final Wars ? Déception plutôt. Des monstres peu présents, un argument SF et des humains pas très intéressants. A retenir le dernier combat de Godzilla, un esprit un peu revanchard, d'excellentes trouvailles et surtout, ce travail technique et visuel exemplaire qui en plus de ses parti-pris, amène une beauté et une majesté à tout ces monstres, renouant avec l'aura particulière des meilleurs films du genre. Un anniversaire, peut être pas, mais Godzilla Final Wars, le temps de quelques scènes, est un cri d'amour, braillé par un lézard magnifiquement laid en l'honneur d'un genre révolu.