7/10Les aventures extraordinaires d'Adèle Blanc-Sec

/ Critique - écrit par riffhifi, le 21/04/2010
Notre verdict : 7/10 - L’héroïne de Tardi au ciné : Besson donne la vision qu’il a d’elle (Ecrivez votre critique)

Qui l'eut cru ? Lorsque l'univers de Tardi prend une forme cinématographique, il devient un croisement entre Indiana Jones et Jurassic Park dans le Paris d'Arsène Lupin. Luc Besson s'approprie le matériau, et le résultat n'est pas désagréable.

C'est l'histoire de deux barbus qui se parjurent. Le premier s'appelle Jacques Tardi : bédétiste de renom, il s'est fait connaître en racontant à partir de 1976 les aventures d'une jeune héroïne appelée Adèle Blanc-Sec ; désireux de se
consacrer à d'autres projets, il l'a abandonnée à la fin des années 90... pour finalement se décider à la faire revenir en 2007 dans Le labyrinthe infernal, première partie d'un diptyque dont on attend désormais la conclusion. Le deuxième s'appelle Luc Besson : cinéaste accompli mais producteur hétéroclite (souvent conspué pour la branche "divertissement lourdingue" de sa société EuropaCorp), il déclarait depuis longtemps que sa carrière de réalisateur ne compterait que dix films ; parvenu à ce chiffre avec Arthur et les Minimoys (avec l'entourloupe qui consistait à dire que les trois films de la saga n'en forment qu'un), il se décide pourtant à tourner lui-même l'adaptation de la BD de Tardi, qui lui tient à cœur.

Le scénario brasse librement les éléments des quatre premiers tomes, en ajoutant le personnage d'Agathe, la sœur d'Adèle qui n'apparaissait que dans le tome 8 de la série. La jeune fille est donc une écrivaine rouquine au caractère irascible (Louise Bourgoin, plus proche des traits gracieux des premiers tomes que du visage ingrat des derniers), qui vadrouille au gré de ses envies sans tenir compte des instructions de son éditeur. C'est ainsi qu'elle se retrouve en Egypte, face à une momie millénaire qu'elle compte faire revenir à la vie... Pendant ce temps, à Paris, le professeur Espérandieu (Jacky Nercessian) utilise ses capacités
télépathiques pour faire éclore un œuf de ptérodactyle ; l'animal ainsi libéré se révèle difficile à contrôler, et sème la panique dans la capitale. L'inspecteur Caponi (Gilles Lellouche) est chargé de l'enquête.

Evitant le piège de l'adaptation servile et bêtement illustrative, Besson fait son marché dans les albums de Tardi, et reconstitue une histoire à son idée, véhiculant la dose voulue d'émotion et d'aventure. Sans pour autant trahir l'esprit, il en fait un film personnel au style reconnaissable, émaillé de références cinématographiques flagrantes : Indiana Jones et Jurassic Park, dont certaines scènes sont reprises quasiment au plan près, mais aussi La momie (celle de 1932 pour le coup, pas la version 1999), Amélie Poulain ou encore Brazil  pour la scène de baignoire (on note d'ailleurs qu'il y a toujours eu un air de famille entre les cinématographies de Gilliam, Jeunet et Besson - ce dernier restant fidèle au chef op Thierry Arbogast depuis Léon), sans compter le clin d'oeil explicite à Tintin. De plus, qui osera prétendre qu'Adèle ne s'inscrit pas dans la lignée des héroïnes bessoniennes que sont Nikita ou Jeanne d'Arc ?


Dans le détail, le film souffre de trous scénaristiques, de dialogues naïfs et souvent artificiels (malgré quelques répliques amusantes), et de quelques effets spéciaux un peu trop "images de synthèse". Autant de défauts qui sont compensés par la volonté d'aller à contre-courant des conventions du blockbuster, de cultiver l'étrangeté et de conserver un ton "européen" dans l'attitude des personnages (belle galerie de tronches et de moustaches) et le côté revanchard de certaines péripéties. On regrette la brièveté du rôle de Mathieu Amalric, méconnaissable, mais la perspective d'une suite laisse un sourire confiant aux lèvres, pendant qu'on écoute le générique de fin chanté successivement par Thomas Dutronc et Catherine Ringer. Sur une musique d'Eric Serra, bien entendu.