4.5/10Astérix aux Jeux Olympiques

/ Critique - écrit par riffhifi, le 31/01/2008
Notre verdict : 4.5/10 - Ni Alafolix, ni Padutus (Ecrivez votre critique)

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Pas aussi catastrophique qu'il en a l'air, ce nouvel épisode cinématographique d'Astérix reste une machine à fric sans âme et sans imagination.

Annoncé à grand renfort de publicité depuis de nombreux mois, Astérix aux Jeux Olympiques sort très opportunément en 2008, année des JO de Pékin. Avec son générique gavé de stars du cinéma et du sport, son budget historique de 78 millions d'euros et son origine bédétesque toujours très vendeuse, le film affiche clairement son ambition de cartonner auprès de tous les publics européens. Pas de quoi s'exciter sur les velléités artistiques d'un tel produit, mais il serait aussi injuste de le juger sur sa bande-annonce : le résultat, s'il est plus conventionnel que le Mission Cléopâtre d'Alain Chabat, est loin d'être aussi désastreux que le premier film.

Dans le village des irréductibles, un jeune Gaulois nommé Alafolix (Stéphane Rousseau) est amoureux de la princesse grecque Irina (Vanessa Hessler, connue du public pour ses apparitions dans les pubs Alice) ; on ignore comment ces deux-là ont bien pu se rencontrer, et là n'est pas le sujet. De son côté, Brutus (Benoît Poelvoorde) est le fils de Jules César (Alain Delon) ; son fils adoptif en réalité, mais les scénaristes semblent l'ignorer. Il désire lui aussi épouser Irina, et accepte le défi lancé par Alafolix : le vainqueur des Jeux Olympiques aura la main de la princesse. Que viennent faire Astérix et Obélix dans l'histoire ? On se le demande un peu... donner un coup de main à leur ami Gaulois, semble-t-il.

Tu la veux, ma main, garnement ?
Tu la veux, ma main, garnement ?
Un film, comme toute œuvre, est souvent le reflet de la personnalité et des obsessions de son auteur. On aurait tort de croire que cette vérité ne s'applique pas aux grosses productions friquées : considérons ici que l'auteur n'est pas Frédéric Forestier, probablement affecté aux scènes d'action comme dans Le boulet (une des comédies les plus pathétiques de ces dix dernières années), mais Thomas Langmann, producteur-scénariste-réalisateur et surtout fils du producteur en chef Claude Berri ; n'est-il pas amusant de constater que le film se concentre essentiellement sur les tentatives d'assassinat perpétrées par Brutus contre son père ? Au mépris de tout rapport avec le contenu de la bande dessinée ou même avec le sujet du film, Langmann s'acharne à développer ce point historique à peine esquissé par Goscinny (Brutus n'apparaît jamais qu'en clin d'œil dans les albums) qui veut que le fils de César ait participé au complot ourdi contre son père, et que celui-ci, poignardé dans le dos par ce traître, ait prononcé avant de mourir les mots « Tu quoque filii ! » (« Toi aussi, mon fils ! »). A l'écran, Brutus est le seul personnage à bénéficier d'une réelle présence, tous les autres étant réduits à l'état de simple silhouette, y compris Astérix, interprété par un Clovis Cornillac au moins aussi absent que l'était Christian Clavier. De là à dire que Thomas Langmann se projette dans ce personnage à la puissance illégitime, envieux de son père et abusant des ressources à sa disposition, il n'y a qu'un pas...

Embrasse-moi, grand fou !
Embrasse-moi, grand fou !
Sorti de ces considérations analytiques, que peut-on dire du film ? Le scénario est crétin et mal fichu, simple prétexte à aligner les personnages et les situations, parmi lesquelles on retrouve péniblement celles de l'album d'origine insérées à coups de chausse-pied dans une intrigue qui n'avait plus besoin d'elles. Les gags sont plus rares que dans le film précédent, l'humour étant partiellement gommé au profit du spectaculaire ; le résultat est plus proche de l'esprit d'Astérix que l'un ou l'autre des films précédents, bien que les dialogues ne bénéficient pas, à quelques exceptions près, de la verve d'un Goscinny. Au final, la meilleure idée du film est paradoxalement la plus improbable : présenter les acteurs célèbres comme eux-mêmes et non comme leur personnage. Alain Delon EST Alain Delon, en perpétuelle auto-parodie à base de citations de ses films précédents ; Depardieu se livre à un pastiche assez rigolo de Cyrano de Bergerac ; Franck Dubosc fait son numéro de Franck Dubosc, en admettant qu'il puisse faire autre chose ; et Michael Schumacher, présent naturellement dans la course de chars, fournit peut-être la partie la plus drôle du film. Passons en revanche l'éponge avec pudeur sur le consternant dernier quart d'heure du film, interminable défilé de vedettes du sport dont on se serait largement passé au profit d'un peu de développement des personnages (Alafolix et sa chérie, peut-être ?). On regrettera également qu'une bonne partie des célébrités ne fasse que passer, sans avoir la moindre petite occasion de s'exprimer : Alexandre Astier, feu Jean-Pierre Cassel, José Garcia et même Sim ne servent purement et simplement à rien dans ce film.

Ni hilarant ni désespérant, Astérix aux Jeux Olympiques fera sans doute le plein d'entrées sans difficulté. Faut-il pour autant renoncer à imaginer qu'un gros film français puisse faire l'objet d'un peu d'exigence artistique ?..