8/10Appaloosa

/ Critique - écrit par riffhifi, le 04/10/2008
Notre verdict : 8/10 - L’homme aux colts ne dort pas (Ecrivez votre critique)

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Ed Harris, qui passe derrière la caméra pour la deuxième fois, choisit de tourner un western avec Viggo Mortensen, Jeremy Irons, Renée Zellweger et Lance Henriksen. Alors oui, c'est du bon.

Bizarrement, personne n'avait encore proposé à Ed Harris de jouer les cow-boys, si l'on excepte le téléfilm Les cavaliers de la mort en 1996 (parce que les téléfilms, ça ne compte pas vraiment). Pourtant, avec son regard clair et froid, son visage dur et son maintien altier, il a toujours été un candidat idéal au chapeau et aux éperons. Comme on n'est jamais aussi bien servi que par soi-même, il s'offre ce rôle dans sa deuxième réalisation, huit ans après la biographie du peintre Jackson Pollock. A 57 ans, il commençait à être grand temps qu'il interprète enfin un vrai pistolero...

Virgil Cole (Ed Harris) est un shérif itinérant, chargé de ramener l'ordre dans les villes où des bandes de vilains font les fous-fous ; invariablement accompagné de Everett ‘Calibre 8' Hitch (Viggo Mortensen), il s'approprie la ville avec l'assentiment des habitants et y fait régner la loi d'une main de fer. Lorsque les notables d'Appaloosa font appel à lui pour les protéger contre le nonchalamment dangereux Randall Bragg (Jeremy Irons), ils ne se doutent pas que le cœur du nouveau shérif s'apprête à fondre pour la douce veuve Allison French (Renée Zellweger). Dans le
métier de Cole, il n'est pas facile de rester un homme en présence d'une femme.

Appaloosa n'a rien à voir avec The Appaloosa, western de 1966 avec Marlon Brando, sorti chez nous sous le titre L'homme de la Sierra. En revanche, on y trouve de nombreux thèmes chers au genre, rassemblés sous la bannière d'un style sec et nerveux, sans fioriture ni pause excessivement contemplative. Si le thème du protecteur embauché par la ville peut évoquer par certains aspects Les sept mercenaires ou L'homme des hautes plaines, c'est un autre film qui paraît le plus évident à rapprocher de celui d'Ed Harris : L'homme aux colts d'or (1959), avec Henry Fonda et Anthony Quinn. Deux hommes à l'amitié virile à la limite de l'ambiguïté, dont la confiance et la compréhension va au-delà des mots, qui vont remettre en cause leurs choix de vie à l'arrivée d'une femme entre les deux. Il y a chez ces personnages une volonté presque palpable de cultiver la misogynie pour se protéger de la faiblesse et de la souffrance, tandis que la donzelle campée par Renée Zellweger survit comme elle peut dans un monde qui n'est pas fait pour elle... L'issue fait forcément mal au cœur, quelle qu'elle soit.

Le film n'est pas exempt de défauts, et pâtit notamment d'une dernière partie un peu répétitive dans laquelle l'intérêt se dilue légèrement. On peut également
trouver que certains traits de caractère de Virgil Cole sont brossés au pinceau à gros poil, lorsqu'il s'agit de pointer du doigt son inculture ou sa violence latente. Mais le bilan reste largement positif pour cette deuxième oeuvre d'un acteur qui sait diriger ses semblables, et s'emploie à privilégier la mise en scène à la réalisation. Simplicité n'est pas synonyme de pauvreté, et dépouillement ne veut pas dire lenteur. Eviter les écueils d'un genre casse-gueule, en s'appuyant sur un scénario solide mais déjà-vu, est tout à l'honneur de l'acteur-réalisateur. Et puis allez, hop, on avoue, revoir Lance Henriksen en cow-boy dix ans après Mort ou vif, c'est agréable aussi.