3/10Agathe Cléry

/ Critique - écrit par riffhifi, le 04/12/2008
Notre verdict : 3/10 - Si c’est une black, elle est pas drôle (Ecrivez votre critique)

Tags : agathe film clery chatiliez etienne comedie valerie

Etienne Chatiliez étire laborieusement une seule (mauvaise) idée sur près de deux heures, en usant d'odieux intermèdes chantés pour combler la vacuité du film. Valérie Lemercier est en forme, merci pour elle.

Après une décennie de comédies brillantes et désormais cultes (La vie est un long fleuve tranquille en 1988, Tatie Danielle en 1990 et Le bonheur est dans le pré en 1995), Etienne Chatiliez vient de clôturer un deuxième cycle bien moins enthousiasmant : en 2001, il gardait la tête haute avec le cocasse Tanguy, en 2004 il essuyait un bide avec La confiance règne, et aujourd'hui... misère, il sort le film le plus faible de sa carrière, dont la vision complète provoque moins de rires que la seule bande-annonce (car cette dernière n'est pas extraite du film).

Agathe ne sait pas manger les yaourts correctement.
Agathe ne sait pas manger
les yaourts correctement.
Agathe Cléry (Valérie Lemercier) vient d'être nommée directrice marketing par ses patrons Guignard, Guignard et Guignard (enfin, surtout par Guignard père, joué par Jean Rochefort). Bosseuse mais coincée, elle est peu estimée de ses collègues à cause de son racisme incroyable et quasiment anachronique. Le destin frappe : la peau d'Agathe se met un jour à foncer, à cause d'une maladie qui promet de la rendre complètement noire. Dans ces conditions, difficile de continuer à assurer la promotion d'un produit de beauté appelé Scandinav et destiné aux peaux blanches. Difficile aussi de rester raciste quand tout le monde vous prend pour une Noire.

Le racisme, il faut bien l'avouer, est un sujet terriblement tarte à la crème. Dans le drame comme dans la comédie, la démagogie et les lieux communs guettent le cinéaste au coin de la rue pour le dépouiller de sa verve et de son cynisme. Etienne Chatiliez fait les frais de ce racket, et livre un film consensuel « à l'américaine », avec son processus rédempteur et sa bluette à deux balles qui forment le pack classique des comédies romantico-fantastiques d'outre-Atlantique (souvent bien maîtrisées, voir Un jour sans fin). Chatiliez renonce à toute idée jusqu'au-boutiste (les parents qui payaient un malfrat pour tabasser leur fils dans Tanguy !), et préfère remplacer l'humour cinglant par l'introduction de séquences musicales pathétiques, d'une brièveté qui confine au jingle ; des acteurs aux sourires figés s'y emploient à bêler (oui, car les jingles bêlent) deux phrases sans intérêt, espérant que la niaiserie des dialogues sera atténuée par l'ajout de la mélodie. Raté.

Agathe broie du noir au lieu de voir la vie en rose
Agathe broie du noir au lieu de voir la vie en rose
Caricatural dans sa description de l'héroïne (et de son évolution), le scénario l'est aussi dans l'approche des personnages secondaires : alors que la première partie du film montre une Agathe Cléry stigmatisée par ses semblables au point qu'elle apparaît comme la dernière raciste de France (même ses parents la trouvent stupide), le monde semble soudainement devenir un océan de racisme dès qu'elle devient noire, au point que même les gens qu'elle connaît se détournent d'elle. En donnant dans le guignolesque à ce point, On passe à côté du propos : la xénophobie serait donc une pure question de couleur, pas de culture ou de mœurs ? Passons sur le fait que Lemercier ne ressemble jamais à autre chose qu'à une Blanche peinte en noir, le plus grave étant les réactions grotesques qu'elle suscite : une DRH qui frissonne de dégoût et bégaie à la simple vue d'une femme noire dans son bureau ? Un black (Anthony Kavanagh, en coup de vent) qui ne parvient pas à réaliser que sa chérie est une "ancienne blanche" (raciste de surcroît) ? Tout est trop facile et trop mal écrit dans cette comédie, et seule Valérie Lemercier tire son épingle du jeu en faisant preuve d'une belle énergie... même si c'est pour colporter malgré elle le cliché que « les noirs ont le rythme dans la peau ». On déplore par ailleurs la sous-utilisation criminelle d'excellents acteurs comme Dominique Lavanant et Jean Rochefort.