Même les pires quiches en langue le savent : en espagnol, zorro signifie renard. Né en 1919 dans le roman The Curse of Capistrano sous la plume de l’écrivain Johnston McCulley, Zorro est un justicier redresseur de torts, qui cache sous son masque noir le fade mais fortuné Don Diego de la Vega. Si McCulley fut l’auteur d’une soixantaine de romans mettant en scène le personnage, c’est l’écran qui le popularisa instantanément, la première adaptation datant de 1920, à peine un an après sa création !
Premier héros officiel de ce que l’on appellera le film « de cape et d’épée », Zorro synthétise tout ce que le spectateur (généralement mâle) peut espérer être : un escrimeur et cavalier hors pair, qui jouit de sa noblesse durant la journée et botte les fesses des représentants de l’autorité toutes les nuits. Zorro n’est pas un personnage adulte : il n’affronte pas l’oppresseur à visage découvert, en assumant sa position qui l’obligerait sans doute à rejoindre une révolte paysanne et à perdre ses privilèges. Au contraire, il se cache de tous (y compris de son père) et mène un double jeu infantile mais particulièrement jouissif. Qui n’a jamais rêvé de tracer un Z sur le front d’un prof ou d’un patron particulièrement antipathique ?..
Zorro fait partie des dix personnages les plus portés à l’écran, il a été incarné par plus de 65 acteurs, et il est hors de question de tous les répertorier… Mais si vous arrivez à voir toutes les œuvres citées dans cet article, vous mériterez déjà une médaille.

Le signe de Zorro (1920)Z comme Zinéma
En 1920, Douglas Fairbanks crée un nouveau genre avec Le signe de Zorro : le swashbuckler, le film d’aventures décomplexé bourré de duels, de chevauchées épiques et de señoritas pulpeuses. Bien que muet et en noir et blanc, son film est le Pirates des Caraïbes de l’époque : producteur, scénariste et acteur principal, Fairbanks crève l’écran et déploie sans complexe ses talents d’acrobate ; aujourd’hui encore, cette version se regarde avec un plaisir fou. Cinq ans et quelques films d’aventure plus tard, Fairbanks signe une suite appelée Le fils de Zorro (Don Q, son of Zorro). Il y joue à la fois un Zorro vieillissant et son fils.
En 1940, la 20th Century Fox lorgne avec envie sur le dernier succès de Warner Bros. : Les aventures de Robin des Bois, avec Errol Flynn. Pour générer autant d’entrées que son concurrent, elle décide d’exhumer le justicier masqué dans un remake appelé (originalité oblige) Le signe de Zorro. Tyrone Power, dans le rôle-titre, essaie tant bien que mal de ressembler à Errol Flynn ; les rôles secondaires, quant à eux, sont tenus par les mêmes acteurs que dans Robin des Bois : Basil Rathbone joue à nouveau le fourbe, Eugene Palette retrouve un rôle de prêtre et Montagu Love un rôle de patriarche. Cette version, bien que parlante et réalisée par Rouben Mamoulian (le Docteur Jekyll et Mister Hyde de 1931), s’avère beaucoup plus académique que celle de 1920. On peut toutefois reconnaître que c’est sans doute celle-là qui, par ses costumes et ses décors, inspirera visuellement la série de Walt Disney vingt ans plus tard.
Les séries B qui s’approprient le héros parsèment les années 60, mais il faudra attendre 1974 pour voir une nouvelle adaptation "majeure" de Zorro. Majeure entre guillemets, puisqu’il s’agit d’une production franco-espagnole de Duccio Tessari, avec… Alain Delon. Sans être un grand film, le métrage est cependant rafraîchissant, notamment grâce à l’emploi d’une chanson rigolote : « Here’s to being free, la lalalala lala Zorro is back ».
Par la suite, plus de nouvelles majeures du renard sur grand écran jusqu’en 1998, date de sortie du Masque de Zorro de Martin Campbell. Après avoir redonné un coup de fouet à James Bond avec Goldeneye, Campbell réitère l’exploit avec Zorro. Réunissant Antonio Banderas, Anthony Hopkins et Catherine Zeta-Jones autour d’un scénario particulièrement astucieux, le Masque de Zorro est un film d’aventures enthousiasmant que n’aurait pas renié son producteur Steven Spielberg dans ses années Indiana Jones.
Malheureusement, en 2005, sa suite La Légende de Zorro sera un coup d’épée dans l’eau. En voulant à tout prix rallier un public familial autour d’une histoire diluée dans un océan de blagues vaseuses, Campbell fait honte à son premier opus.

Zorro au service de la reine (1969)Z comme Zéries B
Dès les années 30, le personnage de Zorro est récupéré par la firme Republic, qui produit des serials. Ces ancêtres des séries télévisées étaient composés d’épisodes d’environ 20 minutes, diffusés au cinéma avant le film du jour : ils assuraient aux exploitants de salles qu’une partie des gens reviendrait toutes les semaines pour suivre ces aventures à répétition. Les places ne coûtaient pas 9.50 euros à l’époque…
Ces serials avaient pour nom Zorro rides again, Zorro’s fighting legion ou encore Zorro’s black whip. Dans ce dernier, Zorro était… une femme. Presque 60 ans avant la série Tessa, à la pointe de l’épée, la parité était déjà appliquée. Les serials survécurent jusqu’à la fin des années 40, donnant naissance à des titres tels que Son of Zorro (1947) et Ghost of Zorro (1949), mais ils laissèrent la place dans les années 50 aux séries télé.
Le cinéma, jamais désemparé, permit au personnage de survivre dans un nombre incalculable de productions plus ou moins fauchées, que nous appellerons pudiquement des séries B (parce que "séries Z" serait un jeu de mot trop évident).
Parmi les plus croustillantes, citons celle qui met en scène le fils d’Errol Flynn et porte le titre décidément très convoité de Signe de Zorro (1963) : le pauvre Sean Flynn, blondinet sans charisme excessif, y joue un jeune basque (sans rire, avec le béret et tout) qui décide de venger le meurtre de son père en portant plus ou moins un masque (plutôt moins que plus d’ailleurs, car un basque à masque ça ne fait pas sérieux). Le film n’est pas déshonorant mais n’a pas grand chose à voir avec le personnage créé par Johnston McCulley. Sean Flynn mourra durant la guerre du Vietnam.
Au cours des années 60, les producteurs baladent Zorro n’importe où, lui font rencontrer n’importe qui et faire n’importe quoi ; pour preuve, les titres suivants : Zorro et les trois mousquetaires (sorti en vidéo sous le titre plus sobre de Zorro : le piège), Zorro au service de la reine, Zorro à la cour d’Espagne, Les trois épées de Zorro ou encore le lamentable Zorro contre Maciste (l’ayant vu en italien, je ne peux pas juger objectivement de la qualité du scénario, mais ça ne ressemblait vraiment à rien).
Les plus acceptables produits de cette époque sont les deux opus mettant en scène un certain Frank Latimore : si le premier, Zorro le Vengeur (paru en vidéo sous le titre La Marque de Zorro avec de faux noms de réalisateur et d’acteur – un cauchemar pour les cinéphiles) est une adaptation assez conventionnelle, sa suite L’Ombre de Zorro s’apparente plutôt à un petit western incisif, plein d’élégance et de cruauté. Une réussite sans prétention.

Zorro (1957)Z comme Zéries télé
« Un cavalier qui surgit hors de la nuit, court vers l’aventure au galop… » Rien à dire, pour la plupart des gens, l’image de Zorro reste associée au visage de Guy Williams, interprète de la série de 1957 produite par Walt Disney. Visuellement imparable, peuplée de personnages mémorables (le sergent Garcia, le serviteur sourd-muet Bernardo, le caporal Reyes), la série a marqué les esprits et garde aujourd’hui un charme intact, malgré ses scénarios clairement écrits pour un public enfantin.
Que dire alors de la piteuse tentative de lancer une nouvelle série en 1990 sous le titre racoleur Les nouvelles aventures de Zorro ? Duncan Regehr ne fait pas oublier son prédécesseur, et la photographie couleur bien moche donne très envie de se repasser les épisodes noir et blanc de 1957. Et pourtant, croyez-le ou pas, il y eut quatre saisons de la chose.
Plusieurs séries d’animation (et une série japonaise d’anime) ont mis en scène Zorro ; en 1981 notamment, une série produite par la firme Filmation gratifiait le héros d’un surprenant partenaire : un autre bretteur masqué habillé pour sa part en rose et jaune. En réalité, il s’agissait de Miguel, le serviteur musclé et imberbe de Don Diego. Déroutant.

La grande Zorro (1980)Z comme Zygomatiques
Contrairement à ce qu’on pourrait croire, Zorro n’a pas été la cible de multiples pastiches cinématographiques.
Si la bande dessinée ne s’est pas privée de lui donner des alter egos parodiques (comme l’hystérique Zorry Kid créé par le dessinateur italien Jacovitti), le cinéma ne lui a offert qu’une seule comédie digne de ce nom : La grande Zorro (Zorro the gay blade, 1980). On y voit un Zorro mourant, confiant les rênes de la succession à ses deux fils : l’un est un macho prétentieux et l’autre une grande folle. George Hamilton interprète les deux rôles et le résultat est de bien meilleure qualité que ce qu’on pourrait craindre. Le film, loin d’être la nazerie bien grasse suspectée, est un hommage respectueux aux classiques (il est d’ailleurs dédié à Rouben Mamoulian). N’ayons pas peur de le dire : La grande Zorro est un bon film.

Les chevauchées amoureuses
de Zorro (1972)Z comme Zexe
Dans les années 70, on ne respectait rien, c’est bien connu. C’est pourquoi l’année 1972 voit fleurir ces deux incongruités que sont Les aventures galantes de Zorro (un film belge) et Les chevauchées amoureuses de Zorro (The erotic adventures of Zorro), deux variations grivoises qui cherchent à prouver que Zorro sait se servir d’autre chose que d’une épée.
Pour avoir vu le deuxième, je peux certifier que le contenu n’est pas très agressif : il n’y est pas question de pornographie, mais plutôt de glisser des allusions pleines de double sens dans les dialogues, avant de déshabiller furtivement les quelques señoritas en présence. La cinématographie est soignée, et on compte même plusieurs vrais duels à l’épée. L’honneur est sauf.
En revanche, Zorrita: Passion's Avenger est un vrai porno de 2000, dans lequel le masque est porté par une brunette peu avare de ses charmes.
Z comme Zidane
A priori, Zorro n’a jamais joué au football à l’écran. Mais il y a un début à tout.

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