Il fallait quelqu'un pour adapter Transformers. Apôtre de la formule badaboum, de la destruction massive et des ralentis sur fond de soleil couchant, Michael Bay était indéniablement l'homme de la situation. Tout simplement parce que son approche du cinéma est en totale concordance avec l'univers de la franchise, à la fois mercantile (à la base, nous parlons tout de même d'un dessin animé adapté d'une ligne de jouets), ludique et entièrement basé sur l'imagerie. Aussi, on ne s'étonnera pas du scénario profondément con de Transformers, le but de la manœuvre étant essentiellement de montrer des robots se métamorphoser en voiture et vice-versa. Soit grosso-modo ce dont se souviennent les téléspectateurs de Récré A2, il y a de ça 20 ans.
(Cette critique dévoile la fin du film)
Les gentils Autobots débarquent donc sur Terre pour récupérer une paire de lunettes (sic) et un gros cube. Manque de chance, leurs ennemis de toujours, les très méchants Decepticons, débarquent également sur Terre pour euh... la même chose avec destruction de l'humanité en prime, histoire de ne pas faire le voyage pour rien. Entre les deux, Sam, un adolescent, découvre que sa belle voiture jaune cache un drôle de secret. Ce magnifique postulat mis en place, il faut reconnaître une chose à Michael Bay : avoir su conserver l'aspect naïf et juvénile de ses matériaux de base, tout en développant certains aspects rétro. Le parcours initiatique du jeune héros (Shia LaBeouf, pas mauvais), tout comme la longue scène comique voyant les Autobots se cacher des parents de Sam tout en détruisant leur jardin, renvoie ainsi directement à un certain cinéma des années 80. De même, Optimus Prime et ses acolytes arborent de belles couleurs vives et déblatèrent des phrases héroïques que plus personne n'ose depuis Bioman. Mais aussi louable que soit cette note d'intention, elle n'en finit pas moins par plomber le film. Car, et cela devient une habitude, à chaque fois qu'Hollywood sort de ses cartons un projet apte à faire fantasmer les nostalgiques, geeks, nerds et autres fanatiques de la planètes, il faut toujours qu'un rouage se grippe et que l'ensemble dégringole. Ici le rouage qui se grippe, c'est de vouloir faire de Transformers une sorte de comédie familiale bon-enfant ancrée sur les personnages humains plutôt qu'un bon gros film d'action à base de robots qui se battent. C'est peu dire que Michael Bay n'y est pas à son aise et cela se sent dans les images. Comme dans The Island, il semble ronger son frein en attendant de tout faire exploser, mais le coeur n'y est plus, malgré quelques réminiscences d'un humour typiquement Bay-ien, quelque part entre la tarte à la crème et la scatophilie (ce qui nous vaut le plan immortel d'un robot en train d'uriner sur un costard-cravate du gouvernement). Pour la première fois dans sa carrière, Bay semble avoir perdu le feu sacré, celui qui le faisait repousser toutes les limites de la pyrotechnie pour le seul plaisir du public dans les blockbusters aux budgets déments, bras d'honneur au bon goût en bonus. Quand les choses sérieuses commencent, en découle alors une enfilade de scènes d'action sans âme et ennuyeuses où même la traditionnelle poursuite automobile apparaît bien fade. Reste la dernière demi-heure, où Michael Bay, dans un ultime espoir de sauver les meubles, se lance dans une foire d'empoigne en plein centre-ville et peut enfin se laisser aller à ses penchants bellicistes. Transformers se hisse alors à la hauteur de son monstrueux concept et Bay peut enfin icôniser ses héros, faire virevolter sa caméra et déclarer son amour au corps militaire, chose qui le démangeait depuis l'introduction.
Le film se termine. Les gentils ont gagné, il y a une fin bien ouverte pour un éventuel Transformers 2 (dont on pourra aisément deviner le premier quart d'heure...), Sam est devenu un mec cool et peut emmener la copine du footballeur sur la banquette arrière de sa belle voiture jaune. Il s'est passé beaucoup de choses en 2h20, tout un tas de personnages ont défilé, trop peut-être. Reste que là où il se devait d'être la concrétisation adulte de nos visions enfantines, Transformers est une déception, une frustration, notamment à cause d’une orientation malheureuse et du manque de conviction d'un Michael Bay qui passe à côté du film de sa vie. Michael, on t'aime : par pitié, retourne faire le bourrin chez Bruckheimer !
Lestat []

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