Shallow Grave se traduit littéralement par « tombe peu profonde », car il n’existe pas d’adjectif français équivalent à shallow. Bravant l’obstacle, les distributeurs hexagonaux jouent la carte "Chapeau melon et bottes de cuir" (un titre infiniment plus pittoresque que The Avengers), et diffusent ce petit film indépendant sous le titre Petits meurtres entre amis, agrémentant l’affiche de la mention « une comédie ironique, britannique, diabolique ». Britannique, oui : unique production écossaise 
DR.de l’année 1994, Petits meurtres entre amis sera le tremplin qui fera connaître Ewan McGregor et Christopher Eccleston (tous deux bien loin de se douter qu’ils incarneraient respectivement Obiwan Kenobi et Dr Who par la suite), ainsi que le cinéaste anglais Danny Boyle, qui remporterait l’Oscar près de quinze ans plus tard pour Slumdog Millionnaire. Quant au titre français, il sera populaire au point de générer quelques émules (Petits meurtres entre nous, Petits suicides entre amis, Petits meurtres à l’anglaise).
Mais revenons en 1994. Danny Boyle est un réalisateur anonyme travaillant pour la télévision anglaise (il a dirigé notamment deux épisodes d’Inspecteur Morse), contacté par le producteur Andrew McDonald (petit-fils du cinéaste Emeric Pressburger) pour mettre en scène un scénario écrit par un jeune inconnu appelé John Hodge. Boyle accepte, sans savoir que le trio qu’il forme avec les deux hommes durera sept ans et donnera naissance à quatre films. Pour l’heure, il réunit un autre trio, constitué de McGregor, Eccleston et de l’actrice Kerry Fox, pour incarner les protagonistes de sa comédie macabre.
Juliet, Alex et David cherchent un colocataire. Impitoyables avec les candidats, ils finissent par opter pour Hugo, un mystérieux écrivain qui s’empresse de mourir dans sa chambre. En laissant une valise pleine d’argent. Un ressort de film noir, qui emmène rapidement les trois amis dans les eaux les plus malsaines. Amis ? La question se pose rapidement de la relation qui les unit : amateurs de blagues cruelles, évitant les discussions, les colocs sont de grands gamins inconséquents. 
DR.Tous célibataires, ils forment une sorte de ménage à trois fantasmé sans jamais passer à l’acte. Lorsque la mort et l’argent s’invitent dans leur appartement, ils prennent des décisions qui les confrontent à de dures réalités, désagrégeant progressivement leur camaraderie de façade. Leur home coloré ultra-coloré façon Almodovar devient une antre oppressante où le danger rôde, tandis que David l’expert-comptable sombre dans la folie à l’idée de protéger la valise de billets.
L’originalité du film tient plus à sa forme qu’à son argument cynique ou à son humour noir. Offrant une structure narrative dépouillée qui relève quasiment du conte, Petits meurtres entre amis ne s’embarrasse pas d’explication sur les tenants et aboutissants de l’intrigue policière (qui est Hugo ? pourquoi et comment est-il mort ?), ni sur la psychologie sociale des personnages, qui sont définis lapidairement par leurs professions de Playmobil : médecin, journaliste, comptable. L’important n’est pas la logique du récit mais la force des ambiances et des sentiments suscités : dégoût, angoisse, douleur… Les policiers qui viennent poser des questions en savent-ils plus qu’il n’y paraît ? Suspense ! Danny Boyle déploie son talent désormais connu de formaliste inventif, avec une ostentation un peu forcée (voir l’usage de la couleur rouge, pour signifier tout au long du récit la culpabilité macbethienne des protagonistes) et un goût immodéré pour les angles de vues improbables, voire impossibles (la caméra placée derrière un écran de distributeur bancaire, par exemple) qui participent du sentiment d’étouffement général.
Deux ans avant la bande-originale culte de Trainspotting, celle de Petits meurtres entre amis offrait déjà quelques morceaux techno de Leftfield, aujourd’hui un peu datée, mais surtout un score inquiétant de Simon Boswell, compositeur pour Dario Argento et Lamberto Bava. Sa musique donne la chair de poule, avec sa ritournelle déclinée sur différents niveaux d’intensité. Quant à l’usage du standard de Nina Simone My Baby just cares for me, il coûta au film une large partie de son budget : Danny Boyle y tenait particulièrement, afin d’en faire un écho déformé du Peter’s Friends de Kenneth Branagh.
Titulaire de plusieurs prix, notamment dans de prestigieux festivals de films policiers (Cognac, Dinard), le premier film de Boyle-McDonald-Hodge leur ouvre les portes d’un deuxième, adapté d’un roman d’Irvine Welsh : Trainspotting…
riffhifi []

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