Ces dernières années, les films sur les figures emblématiques du rock se multiplient. On a vu ainsi un superbe Control sur la vie de Ian Curtis (Joy Division), Joe Strummer, The future is unwritten sur le leader des Clash, Berlin sur Lou Reed ou encore Shine a light, film de Scorsese d'un concert des Stones. En attendant Serge Gainsbourg (vie héroïque) réalisé par Joann Sfar et prévu en 2009 ! Il était donc normal que le cinéma s'intéresse désormais à une des dernières légendes du rock, Kurt Cobain, dont la vie entière est un exemple de la rock star, dans l'exubérance et la douleur. Certes, le Last Days de Gus Van Sant s'inspirait fortement du personnage de Cobain, mais le résultat était, d'une étrange façon, à la fois très éloigné et très proche du leader de Nirvana. Sans compter que la patte de Van Sant est tellement spécifique qu'il est difficile de s'immiscer dans son monde. A croire que Cobain n'a pas vraiment de chance avec ses "biographies" puisque Kurt Cobain: About a son est, une nouvelle fois, un film quasi-expérimental assez difficile à appréhender.
Nirvana sans Nirvana
Dans Kurt Cobain: About a son, AJ Schnack a en effet choisi une façon originale de raconter la vie de Cobain. Entre 1992 et 1993, Cobain a livré une série d'interviews à Michael Azerrad, interviews qui ont servi de base à une biographie intitulée Come as You Are: The Story of Nirvana. C'est à partir de ces interviews que AJ Schnack a monté son film. La voix de Cobain nous parle longuement, de son enfance, de ses premiers pas dans la musique, de ses rapports avec la drogue, de son amour pour Courtney Love et pour Frances sa fille. Sur l'écran sont projetées des images d'Aberdeen, d'Olympia et de Seattle, les trois villes qui ont guidé sa vie. Des banlieues qui s'étendent à perte de vue, des forêts sous le brouillard, des usines, des squats. Un film qui n'est pas sans rappeler Koyaanisqatsi de Godfrey Reggio, dans la succession d'images apparemment sans liens mais qui donnent finalement un aperçu du monde qui nous entoure. Sans doute AJ Schnack veut nous faire rentrer dans le monde de Cobain, de la petite ville d'Aberdeen entre montagne et mer. Entre ces paysages, la caméra s'attarde parfois sur des visages, sûrement des passants dans une ellipse encore plus incompréhensible. Pour accompagner ces images et la voix de Cobain, AJ Schnack a tenté de choisir des titres représentatifs de la vie du rockeur, des groupes qu'il mentionne dans ses interviews : on croise ainsi Creedence Clearwater Revival, Iggy Pop, The Vaselines (à l'origine du Jesus doesn't want me for a sunbeam, repris par Nirvana pour leur live unplugged à MTV), Scratch Acid... AJ Schnack réalise ainsi un petit tour de force, qui s'avèrera du coup très décevant pour les fans : faire un film sur Cobain sans pratiquement aucune image de Kurt (les premières, à visage couvert, apparaissent au bout d'une heure !) et sans aucun titre de Nirvana. Il se paye même le luxe d'utiliser The man who sold the world, l'originale de Bowie, comme pour faire regretter l'absence de la musique de Nirvana.
Cobain à coeur ouvert
Finalement, de Nirvana et plus particulièrement de Kurt Cobain, il reste ces interviews portées par la voix désabusée, ou parfois amusée, du chanteur. Et c'est là évidemment l'intérêt du film. Car c'est un Cobain qu'on n'imaginait pas forcément qui se dévoile dans About a son. De son enfance pas forcément heureuse à Aberdeen à sa vie de famille réussie avec Courtney Love et Frances, leur fille, c'est toute la vie de Cobain qui est mise à nue. On le découvre complètement sous le charme de Courtney Love, et surtout rockeur au coeur tendre en parlant de Frances (on croirait presque entendre Renaud et sa Lola), ou carrément antisocial dans sa haine des gens qu'il trouve bêtes et inintéressants. On s'étonne de l'entendre se plaindre de n'avoir jamais été considéré comme un joyeux luron car ses blagues étaient sans cesse étouffées par celles de Krist Novoselic. Evidemment il se raconte aussi dans son rapport avec la drogue, dont on n'est pas certain qu'il se soit vraiment tiré, ses propos se contredisant constamment : il faut dire aussi que l'absence de dates sur les interviews et le montage ne permettent pas d'esquisser les détails des trois dernières années de sa vie. Mais, malgré le montage, malgré les coupes, les interviews sont tellement complètes qu'il est difficile de faire la liste des éléments de sa vie qu'il aborde : le mieux est d'aller voir le film, ou plutôt de lire le livre dont le film est issu.
Car c'est le principal écueil du Kurt Cobain: About a son. Quand on n'est pas bilingue, on est forcé de lire à l'écran les mots de Kurt Cobain, portés par les images de l'Etat de Washington et par la musique qui a influencé le chanteur. Et finalement on se dit qu'il aurait suffi de se poser sur son lit, de mettre un bon CD (de Nirvana au hasard) dans le lecteur et de lire Coming As You Are, The Story of Nirvana. Poétique ou chiant, génial ou décevant, ce film n'est une oeuvre consensuelle,à l'instar de Last days. Comme si la vie du chanteur s'effaçait constamment derrière l'art.
nazonfly []

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