Tranquillement planqué sous la bannière Tarantino, Eli Roth continue de construire son oeuvre, pour la plus grande joie de ses amateurs, et au mépris le plus total de ses détracteurs. Donc posons les règles d'emblée : si Cabin Fever vous sert de cale à armoire et que vous considérez Hostel comme l'égal de vos déjections du matin, il y a bien peu de chance que Hostel : Chapitre 2 vous emballe. Si en revanche vous aimez l'un comme l'autre, vous retrouverez le cinéma d'Eli Roth dans toute sa splendeur, avec ses personnages attachants, son exposition trop longue, son goût pour le gore artisanal et son ambiance bégayant entre le burlesque et le glauque. Bref, dans le fond comme dans la narration, Hostel 2 ressemble à Hostel qui ressemblait à Cabin Fever. Les pro-Roth appelleront cela une cohérence artistique. Les anti-Roth parleront sans doute de foutage de gueule. Reste que quoiqu'on en pense, on ne peut enlever à Eli Roth la volonté d'avoir voulu développer son matériau de base pour faire d'Hostel 2 une vraie suite, apte à construire un univers et une thématique qui dans le premier opus jouaient un peu des coudes pour se faire une place.
Séquelle directe -l'introduction concluant en fait le premier Hostel-, Hostel 2 se mue progressivement en décalque féminine de son aîné. C'est donc à un charmant trio de demoiselles qu'il incombe ici de visiter la Slovaquie avec les conséquences qui s'en suivent, similaires au premier opus, y compris dans le modus operandi. Hostel avec des filles donc. Ecrit comme ça, on pourrait penser qu'il s'agit du dernier clou sur le cercueil de Roth et pourtant, ça change tout. Hostel héritait sa construction déconcertante de son aspect masculin, et donc de la difficulté à transformer trois touristes sexuels en proies aptes à créer l'empathie. D'où un attachement entêté aux personnages suivi d'une rupture de ton. En féminisant le concept, et en rejoignant ainsi la plus pure tradition du film d'horreur faisant des femmes les victimes désignées de toute menace, Eli Roth n'a plus besoin d'exagérer les choses et fort d'un casting rafraîchissant, peut se consacrer immédiatement au genre qui l'intéresse. Ainsi, si l'on échappe pas à une présentation qui s'éternise, Hostel 2 est mieux construit que son aîné. Alors que nos trois jeunes filles cheminent vers Prague, le récit bascule déjà, rejouant soudain La Dernière Maison sur la Gauche dans un wagon de train (et par extension, le Dernier Train de la Nuit d'Aldo Lado). La note d'intention est claire : cette fois, Eli Roth n'est plus vraiment là pour rigoler. Le monde est inhospitalier, le danger est partout. Le réalisateur le confirmera peu après, lorsqu'il quittera soudain ses héroïnes pour s'intéresser aux chasseurs. Deux hommes d'affaire à la recherche du frisson ultime : torturer, tuer, pour enfin pouvoir s'affirmer dans le monde. Contrairement à Hostel, les dessous de tout le trafic nous sont dévoilés, de la sélection aux négociations -via un système d'enchères type Ebay- jusqu'à la livraison et l'acte, propice à un dernier acte amoral et saignant où la bestialité humaine s'entrecroise avec l'instinct de survie. En noircissant ainsi son propos, Eli Roth apporte également un regard désabusé sur une société régie par l'argent et la loi du plus fort. Une société où la vie ne vaut rien, où l'on peut mourir pour avoir voulu défier les puissants et où le sang appelle le sang.
Hostel 2 n'oublie cependant pas ce qu'il est : un film d'horreur, et assurément un des meilleurs du moment. Là où Hostel oubliait un peu son genre, Hostel 2 nous ramène de plein fouet sur les terres de l'étrange. Sous la caméra d'un Eli Roth inspiré comme jamais, la Slovaquie, terre de légende s'il en est, devient un lieu intemporel où la modernité côtoie tant bien que mal les vieilles coutumes. Et le premier meurtre, éprouvant et magnifique à la fois, devient une parade d'un érotisme morbide ramenant tant au gothique transalpin qu'aux délires gores de Paul Morissey. D'ailleurs, en faisant débuter son film à Rome, Eli Roth ne laisse pas planer le doute : Hostel 2 sera italien ou ne sera pas. Hostel 2 devient alors le théâtre d'une chair détruite, où le Grand Guignol prend une résonance étrange, soulignant plus que désamorçant la sinistrose ambiante. Certes, Ruggero Deodato y va de son petit caméo jouissif, tout comme Luc Merenda, ancienne gloire du polar local et Edwige Fenech (la Toubib du Régiment...désolé). Mais honneur aux maîtres : si la "rabatteuse" semble sortir directement d'un film d'Argento, c'est à Mario Bava que l'on revient, alors que dans une dernière scène impensable, Hostel 2 rappelle soudain l'ironie cruelle du final la Baie Sanglante.
Cru et élégant, alarmiste et décomplexé, Hostel 2 manque encore un peu de maturité mais a le mérite de remuer son spectateur sans se renier. Son écriture riche (le film réserve une surprise de taille très bien gérée) et sa réalisation maîtrisés faisant preuve d'un sens esthétique indéniable laissent inaugurer le meilleur pour la carrière d'un Eli Roth ne cessant de s'améliorer. Quand à Richard Burgi, habitué du petit écran, il nous fait la surprise de son excellence.
Lestat []

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